Voitures de collection : comment ces communes rurales transforment la passion pour les anciennes en moteur économique
Tous les week-ends, partout en France, des clubs de passionnés et des équipes municipales organisent sorties, expositions et étapes de voitures anciennes, qui font vivre et parfois revivre bourgs et centres-villes le temps d'une journée. Un mouvement populaire que la FFVE accompagne désormais avec un label dédié aux communes d'accueil. Reste à savoir si la passion automobile peut vraiment devenir un levier d'attractivité pour les petites municipalités.
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À découvrir
Documentaire « La voiture créatrice de liens » : quand la passion auto rassemble
Dans notre documentaire, « La voiture créatrice de liens », nous avons suivi les membres d’un club de passionnés d’automobile qui ont tissé des liens forts, au volant de leur voiture préférée, malgré les kilomètres qui les séparent. Rencontre.
Un panneau à l'entrée du village, un emplacement réservé au cœur du bourg, et des voitures d'un autre siècle qui font étape le temps d'un café : cette scène se répète chaque semaine dans des centaines de communes françaises, portée depuis longtemps par des amicales, des clubs et des élus locaux. Depuis 2023, la FFVE accompagne cet élan avec un label « Ville et Village d'Accueil des Véhicules d'Époque1↓ ». Pour comprendre ce que les voitures anciennes apportent à ces territoires, il faut regarder à la fois les initiatives sur le terrain et le soutien de la fédération.
Un plaisir qui rassemble, toutes les semaines
Le point de départ, ce sont des initiatives locales, souvent portées par des commerçants ou des associations d'amateurs, bien ancrées dans le calendrier des communes partout en France le week-end. Cet écosystème constitue à lui seul une source d'animation et de curiosité pour des villes et villages de toutes tailles. C'est ce terrain fertile, fait de bonnes volontés locales, que la FFVE a voulu accompagner et faire connaître plus largement.
À Villeréal, dans le Lot-et-Garonne, une amicale de commerçants dynamique organisait déjà des rassemblements de voitures anciennes d'avril à octobre, sur la place de la bastide, avant que la commune ne rejoigne le réseau labellisé par la FFVE. Une élue de la commune raconte comment les deux se complètent aujourd'hui : « En cumulant notre événement mensuel et ce label FFVE, on multiplie nos chances d’animer le village toute l'année. »
La FFVE, un fil qui relie les passionnés et les élus
Yves Bergeret, bénévole à la FFVE et à l'initiative du label « Ville et Village d'Accueil des Véhicules d'Époque », est parti d'une observation sur son propre milieu : « Le monde de la voiture ancienne était beaucoup dans l'entre-soi : entre collectionneurs et amateurs avertis, avec finalement peu d'ouverture sur le grand public. »Un cercle qu'il jugeait utile d'élargir, dans un contexte où les voitures anciennes doivent composer avec des menaces bien réelles : réglementations antipollution, vignettes Crit'Air et zones à faibles émissions et raréfaction progressive de certaines pièces détachées.
D'où l'idée de tisser un lien plus direct entre les passionnés et les décideurs locaux : « Il fallait aussi trouver un moyen de sensibiliser et d'impliquer les élus, car ce sont eux qui auront, à l'avenir, le pouvoir de laisser circuler les autos anciennes », explique Yves Bergeret. Sa méthode : « Aller démarcher les maires des petites et moyennes communes, qui sont les mieux placés et globalement appréciés. » Lancé fin 2023 à l'occasion du salon Époqu'Auto, le programme fédère aujourd'hui plus de 300 collectivités. Le label a ainsi trouvé sa place naturellement, en donnant un cadre et une visibilité nationale à un élan d'enthousiasme qui ne demandait qu'à être structuré.
Le mode d'emploi d'un village qui roule pour les anciennes
Le principe du label « Ville d'Accueil des Véhicules d'Époque » s'articule avec les initiatives déjà en place. Yves Bergeret précise : « Ce n'est pas un rassemblement auto. L'idée ici, c'est d'être une étape de parcours des clubs. »Une convention est signée entre la FFVE et le conseil municipal, suivie d'une remise de panneaux et d'une plaque explicative sur le lieu de rassemblement.
Bon à savoir
Pour être labellisée, la commune doit disposer d'un parking identifié en cœur de ville, d'au moins un café ou un restaurant, et de réels atouts touristiques ou patrimoniaux. En échange d'un accès facilité et d'un stationnement gratuit, les clubs font vivre les commerces locaux et intègrent souvent une visite de la commune à leur itinéraire.
Sur le terrain, les retombées prennent des formes variées. À Juigné-sur-Sarthe, le maire Daniel Chevalier, passionné d'automobile, avait d'abord créé son propre événement avant de rejoindre le réseau : « Le label nous aide à être connus en amont par les clubs », pour « un investissement moindre ». À Albi, c'est le circuit historique, théâtre de grands prix dans les années 1950, qui a reçu le second label de la fédération, « Lieu de l'Histoire Automobile », la commune cumulant ainsi les deux distinctions. Pour Yves Bergeret, l'enjeu dépasse d'ailleurs le tourisme et revêt une dimension de transmission : « J'y vois aussi un moyen de faire approcher la jeune génération du patrimoine automobile et de la "vraie mécanique", qui tend petit à petit à disparaître ».
Il fallait trouver un moyen de sensibiliser et d'impliquer les élus, car ce sont eux qui auront, à l'avenir, le pouvoir de laisser circuler les autos anciennes.
Yves Bergerat, bénévole à la FFVE.
La preuve par les chiffres
Sur le plan économique, l'enquête FFVE-YouGov 20242↓évalue le secteur des véhicules de collection à 3,5 milliards d'euros et 23 000 emplois, dont un milliard lié au tourisme des collectionneurs et 1,5 million de nuitées générées chaque année. Un constat que confirme, à son échelle, l'Agence nationale de la cohésion des territoires3↓, qui range désormais la culture et le tourisme parmi les leviers concrets de l'attractivité rurale.
Objets de passion de tous temps sur les places de village, aujourd'hui mises en lumière par un réseau national : les voitures anciennes ont bel et bien pris leur place parmi les vrais leviers d'attractivité des petites communes. La question n'est donc plus de savoir si cette passion peut faire vivre un village, mais jusqu'où ce mouvement, porté par les clubs et désormais soutenu par la FFVE, ira dans les années qui viennent.