Depuis leur création, les ZFE font l'objet de débats politiques passionnés. Au point que l'Assemblée nationale a voté en avril dernier leur suppression, avant que le Conseil constitutionnel ne sauve in extremis ce dispositif créé en 2017 dans la métropole parisienne.
Si les ZFE sont régulièrement critiquées pour leur coût social, rares sont les données objectives sur leur efficacité en matière d'écologie et de santé publique. Publiée fin août, une étude de l'Insee vient justement éclairer d'un jour nouveau les discussions sur les bénéfices de ce dispositif.
Dans les métropoles concernées par une ZFE, le nombre de voitures Crit’Air 1 et électriques en circulation a augmenté de 88,4 % en cinq ans. Au total, l'Insee estime que la part totale des voitures Crit’Air 1 et électriques dans le parc roulant est passée en dix ans de 8,7 % à 42,0 % dans les ZFE régionales, et de 9,8 % à 48,6 % dans la Métropole du Grand Paris. C'est plus que dans les territoires hors ZFE, où la part de Crit'Air 1 et électriques dans le parc total tourne autour de 31,7 %.
Une baisse structurelle des émissions de polluants
Le verdissement du parc « s’accompagne d’une forte baisse des émissions de polluants locaux, particulièrement marquée dans les ZFE », note l'Insee. Sur une période de cinq ans, les émissions d’oxydes d’azote (NOx) y ont baissé de 38,9 %. Les concentrations en particules fines dans l'atmosphère ont quant à elles chuté de 31,1 %.
Les défenseurs des ZFE ont donc de quoi se satisfaire. Mais ces bons résultats ne sont pas entièrement attribuables aux restrictions de circulation imposées aux véhicules les plus polluants par les zones à faibles émissions. « Le verdissement du parc tient d’abord au renouvellement tendanciel des véhicules. Celui-ci correspond au remplacement progressif de véhicules anciens, arrivés en fin de vie et homologués selon des normes Euro moins strictes, par des véhicules plus récents soumis à des normes plus exigeantes », indique l'Insee dans son étude.
Un impact confirmé pour les ZFE, qui s'ajoute aux effets du renouvellement naturel du parc
Pour isoler les effets des ZFE d'une part et du renouvellement naturel du parc auto d'autre part, les chercheurs ont opté pour une méthode statistique. Ils ont comparé, sur cinq ans, l'évolution du parc automobile dans les villes soumises au dispositif à celle de 26 agglomérations de taille similaire n'appliquant pas de restriction de circulation. Résultat : sur les 88,4 % d'augmentation du nombre de voitures Crit’Air 1 et électriques annoncés plus haut, l'Insee estime que seuls 5,8 points de hausse seraient directement imputables aux ZFE. Cette estimation ne couvre toutefois pas la Métropole du Grand Paris, jugée trop atypique par l'Insee pour être comparée aux 26 agglomérations de contrôle.
| Évolution du nombre de véhicules sur cinq ans au sein des métropoles concernées par une ZFE | Dont part imputable aux ZFE |
Parc Crit'Air 1 / électrique | +88,4 % | +5,8 points |
Parc Crit'Air 3 | -34,5 % | -4,5 points |
Parc Crit'Air 4 | -53,6 % | -5,5 points |
« À l’inverse, le parc Crit’Air 2 diminue de 4,3 %, alors qu’il aurait augmenté de 2,8 % en l’absence de ZFE. Pour les voitures Crit’Air 3 et 4, les ZFE accentuent une baisse déjà engagée », explique encore l'Institut statistique.
Selon la même logique, la baisse des émissions de polluants atmosphériques observée ces dernières années n'est pas entièrement attribuable aux ZFE : sur les 38,9 % de baisse des oxydes d'azote, 4,6 points seraient la conséquence directe du dispositif d'après l'Insee, contre 1,4 point sur les 31,1 % de baisse des particules fines. L'effet des ZFE se retrouve aussi sur les émissions de CO2, ce qui est notable, car le dispositif cible les polluants locaux (NOx et particules fines), pas les gaz à effet de serre.
| Évolution des émissions de polluants atmosphériques sur cinq ans au sein des métropoles concernées par une ZFE | Dont part imputable aux ZFE |
Émissions de NOx | -38,9 % | -4,6 points |
Émissions de particules fines (PM2,5) | -31,1 % | -1,4 point |
Émissions de CO2 | -10,0 % | -1,7 point |
L'étude de l'Insee ne dit pas que les ZFE sont inefficaces : certes le renouvellement naturel du parc explique l'essentiel du verdissement observé, mais les ZFE y ajoutent un effet propre, statistiquement significatif. Cette contribution, même minoritaire en proportion, se traduit par une exposition réduite à la pollution dans les zones denses, l'objectif sanitaire initial du dispositif. C'est ce bénéfice qu'il faut mettre en balance avec le coût social dénoncé par les détracteurs des ZFE.
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