On les croise dans les allées d'un rassemblement de voitures anciennes, sur une petite annonce de youngtimer, ou dans la bouche d'un vendeur qui vante une carte grise collection. Après les mots de nos peurs au volant, ceux de la voiture électrique et l'argot de la route, la série s'achève sur le vocabulaire des initiés, le plus imagé de tous. Point commun de ces sept mots : presque aucun n'est né dans l'automobile.
Un break de chasse, c'est un coupé dont le toit se prolonge jusqu'à l'arrière : la silhouette basse et racée d'un coupé, mais avec un hayon et un vrai volume de chargement. Le nom vient de l'anglais shooting brake : un mot que les Anglais écrivent indifféremment brake ou break, et dont l'origine reste discutée.
Il pourrait s'agir soit du châssis nu sur lequel on dressait les jeunes chevaux (to break, « dresser »), soit du néerlandais brik, « charrette ». Dans les années 1890, ces voitures à cheval emmenaient les chasseurs, leurs fusils et le gibier : d'où le terme « shooting ». La France n'a gardé que la première moitié du terme : c'est de là que vient notre « break ».
En automobile, un gymkhana est un parcours d'agilité chronométré, slalomé entre des plots : on n'y gagne pas à la vitesse pure, mais à la précision. Le mot semble venir du gymnase, mais il n'en est rien. Il nous arrive de l'Inde britannique, où les gymkhanas désignaient au XIXᵉ siècle les clubs dans lesquels les officiers organisaient des courses hippiques et des jeux d'adresse : de l'hindi gend-khana, le khāna persan désignant une salle ou un bâtiment.
C'est l'anglais qui a déformé le mot, par ressemblance avec gymnastics. L'Académie française l'a admis, mais pas son usage automobile : les exemples de sa définition officielle s'en tiennent aux univers équestre et motocycliste.
À partir d'une certaine vitesse, le volant se met à trembler tout seul : les roues avant oscillent latéralement, d'un côté puis de l'autre, et la vibration remonte dans les mains. Les Américains ont baptisé cela le shimmy dès 1925, du nom d'une danse en vogue après la Première Guerre mondiale, où l'on agitait frénétiquement les épaules. Les causes, elles, sont nettement plus terre à terre : équilibrage, parallélisme, jeu dans la direction ou pneus déformés.
Sur le marché de l'ancienne, ces deux mots peuvent doubler un prix. Une voiture est matching numbers quand les numéros frappés sur son moteur, sa boîte et son châssis correspondent à ceux que le constructeur a consignés à sa sortie d'usine : elle roule donc encore avec ses organes d'origine. À l'inverse, un moteur remplacé, même par un modèle identique, fait chuter la valeur. D'où le réflexe avant d'acheter : relever les frappes soi-même et les croiser avec le carnet d'entretien, les factures d'époque et l'historique du véhicule.
Un restomod garde la silhouette d'une ancienne mais modernise tout ce qui ne se voit pas : les freins, les suspensions, la direction, parfois le moteur. L'idée est d'avoir l'allure d'une voiture ancienne et l'agrément d'une voiture d'aujourd'hui. De quoi rouler au quotidien sans redouter la panne. Le mot « restomod » est une contraction de l'anglais restoration et modification. Revers de la médaille : plus la voiture est modifiée, plus elle s'éloigne de la carte grise collection, qui exige un véhicule dont les caractéristiques techniques n'ont pas été touchées.
Une berline sans relief, des jantes d'origine, une couleur passe-partout : le sleeper (« dormeur » en anglais) est une voiture dont l'apparence banale dissimule une mécanique très au-dessus de ce qu'elle laisse deviner. Tout l'art consiste à ne rien montrer : pas d'aileron, pas d'échappement tonitruant, rien qui trahisse. Le mot vient de l'anglais, où un sleeper désigne ce dont personne n'a vu venir la valeur, comme un film passé inaperçu avant de devenir un succès. C'est l'exact contraire du « gamos », la voiture tape-à-l'œil croisée dans notre épisode sur l'argot de la route.
Barn find ou sortie de grange
Un barn find, ou « sortie de grange », est une voiture retrouvée après des décennies d'abandon : sous une bâche, dans une remise, parfois sous un simple toit de tôle. Contre toute logique, son état fait partie de l'argument de vente : une carrosserie jamais repeinte et sa poussière d'origine valent souvent plus cher qu'une restauration impeccable, parce qu'elles garantissent l'authenticité.