Peur sur l'autoroute, vertige à l'approche d'un pont, colère dans un embouteillage… La conduite fait naître des émotions que près de huit Français sur dix disent ressentir sous une forme ou une autre. Pourtant, nous avons rarement les mots pour les décrire. À côté du vocabulaire technique de l'automobile, il existe tout un lexique méconnu, parfois insolite, qui met un nom sur ces peurs, ces sensations et ces réactions. En voici six.
L'amaxophobie vient du grec amaxa (le char) et phobia (la peur). Ce mot désigne la peur de conduire, ou même d'être simplement passager d'une voiture. Elle toucherait, à des degrés divers, près d'un quart des automobilistes français. Ce trouble n'est pas reconnu comme une maladie à part entière, mais il peut pousser à éviter les autoroutes ou les créneaux, et provoquer de vraies crises de panique au volant.
Plus connue sous le nom de « mal des transports », la cinétose vient du grec kinesis (« mouvement ») et désigne le phénomène qui donne des nausées et des vertiges en voiture, en bateau ou en avion. Elle vient d'un conflit entre ce que voient les yeux et ce que ressent l'oreille interne. Les enfants y sont plus sensibles, car cette partie de leur corps n'est pas encore mature.
À l'inverse de l'amaxophobie, la dromomanie (du grec dromos, la course, et du latin mania, la folie) désigne un besoin irrépressible de rouler, de partir, de bouger. À l'origine, ce terme de psychiatrie décrivait des fugues pathologiques. Aujourd'hui, par extension on l'emploie parfois pour parler, avec humour, des passionnés de road trips.
N'avez-vous jamais vécu cette sensation, sur une autoroute longue et monotone : rouler, freiner, tourner normalement, sans vraiment vous souvenir des derniers kilomètres ? Ce phénomène a un nom, l'hypnose de la route (ou « fièvre de la ligne blanche »). Le conducteur reste bien éveillé : ce n'est pas la somnolence qui est en cause, mais le manque de stimulation. Une route droite, un paysage qui ne change pas, une vitesse stable : le cerveau reçoit moins d'informations et se met en pilote automatique. La fatigue, elle, n'explique pas ce phénomène, mais elle l'aggrave, en réduisant encore la vigilance.
Certains automobilistes ont surtout peur d'un endroit précis de la route : les ponts. La géphyrophobie (du grec gephyra, le pont) est la peur de les franchir. Elle vient souvent moins du vertige que de la sensation de ne pas pouvoir s'échapper. Certaines personnes préfèrent même faire plusieurs dizaines de kilomètres de détour pour les éviter. Le viaduc de Millau en est un bon exemple : avec son pylône qui dépasse de 13 mètres la hauteur de la tour Eiffel, c'est l'un des ponts les plus hauts du monde.
Cet anglicisme désigne la colère soudaine qui prend certains conducteurs : klaxons, insultes, queues de poisson… Ce n'est pas qu'une question de caractère : des chercheurs ont même mis au point une véritable « échelle de colère au volant » pour mesurer le phénomène. Pour la faire retomber, les spécialistes conseillent des gestes simples : respirer profondément, s'étirer à l'arrêt, ou écouter une musique qui détend.