La France a franchi durant l'été 2026 la barre des 200 000 points de recharge ouverts au public, avec précisément 200 926 points au 31 août, soit 13 % de plus qu'un an auparavant. À l'échelle européenne, la France fait d'ailleurs partie des pays les mieux équipés en infrastructures de recharge publiques, derrière l'Allemagne et les Pays-Bas. Mais lorsqu'on regarde le maillage français dans le détail, certaines régions semblent nettement moins bien dotées que d'autres.
Oui, les bornes sont inégalement réparties en France
L'Île-de-France, l'Auvergne-Rhône-Alpes et la Nouvelle-Aquitaine sont les trois régions comptant le plus de stations de recharge, avec respectivement 5 074, 4 511 et 4 321 stations déployées. À l'autre bout du classement, la Bourgogne-Franche-Comté en compte 1 617, le Centre-Val de Loire 1 548 et les Pays de la Loire 1 840.
Répartition des stations de recharge en France en septembre 2026. ©Roole Data
Une station de recharge peut réunir plusieurs bornes, qui peuvent elles-mêmes comporter plusieurs points de recharge.
Mais dans la pratique, répartir les bornes de manière uniforme ne répondrait pas forcément aux besoins réels des automobilistes. « On a un territoire qui est très hétérogène, avec une répartition de la population différente d'un territoire à l'autre et des flux différents d'un territoire à l'autre. Le maillage de la recharge suit les mêmes tendances », explique Clément Molizon, délégué général de l'Avere-France.
Plus de bornes là où les besoins sont les plus importants
Les territoires qui concentrent le plus d'habitants et de trafic ont logiquement besoin de davantage de points de recharge. « Historiquement, la région la mieux dotée en points de recharge, c'est l'Île-de-France. C'est aussi là où on a le plus important bassin de population », souligne Clément Molizon. Mais un nombre élevé de stations ne signifie pas nécessairement que tous les besoins sont couverts. Rapportée à la population, l'Île-de-France n'arrive d'ailleurs plus en tête : elle compte 126 stations pour 100 000 habitants, contre 277 en Occitanie, 204 en Nouvelle-Aquitaine et 192 dans le Grand Est.
Nombre de stations de recharge pour 100 000 habitants. ©Roole Data
Cet indicateur ne dit toutefois pas tout. Il faut aussi tenir compte du trafic, des déplacements touristiques ou professionnels et surtout des possibilités de recharge à domicile.
Davantage de recharges à domicile à la campagne
À première vue, la carte des points de charge publics peut donner l’impression que les zones rurales sont les moins bien équipées. Mais le nombre de bornes ne suffit pas à mesurer les besoins réels d’un territoire. « Les zones où on a besoin d’encore plus de bornes, ce n’est pas forcément en pleine campagne limousine, mais dans le cœur des grandes villes », précise Clément Molizon. Cette différence tient principalement au type de logement. Dans les grandes villes, de nombreux automobilistes vivent en appartement, parfois sans parking, et stationnent dans la rue. Pour eux, la recharge publique peut devenir indispensable au quotidien, même si leur ville compte déjà de nombreux points de charge. Dans les territoires ruraux, les habitants résident plus souvent en maison individuelle et disposent d’un garage ou d’une place de stationnement. « Les gens peuvent installer une solution de recharge plus facilement chez eux », rappelle Clément Molizon.
Un réseau public moins dense ne rend donc pas nécessairement la voiture électrique moins pertinente en zone rurale. « Aujourd'hui, c'est à la campagne que la voiture électrique est la plus intéressante, parce qu'il y a des personnes qui roulent beaucoup, qui ont des trajets pendulaires et qui utilisent leur voiture chaque jour », estime Clément Molizon. Pour les gros rouleurs qui disposent d'une borne de recharge à domicile, les bénéfices économiques et environnementaux de l'électrique peuvent être atteints plus rapidement.
Sur les grands axes, ce sont les flux qui comptent
Pour les longs trajets, la logique est encore différente : ce sont les flux de circulation qui déterminent les besoins en recharge. Autoroutes et routes nationales représentent seulement 2 % environ du réseau routier français en longueur, mais concentrent un tiers du trafic.
En avril 2026, environ 4 500 points de recharge étaient répartis sur plus de 420 aires du réseau routier national, auxquels s'ajoutent près de 7 500 points de recharge rapide à proximité des grands axes du réseau non concédé.
Le vrai sujet : pouvoir se recharger quand on en a besoin
« Pour savoir si les bornes publiques sont bien réparties, il faut vraiment regarder dans le détail sur chaque territoire si les personnes trouvent des solutions de recharge », résume Clément Molizon. Car si la carte des bornes françaises est inégale, elle n'est pas mal équilibrée pour autant. L'enjeu n'est pas d'avoir la même densité de bornes partout, mais suffisamment de solutions de recharge publique là où les automobilistes en ont réellement besoin.