Un arrêté publié au Journal officiel le 26 août 2026 a remis la composition des carburants sur le devant de la scène. Ce texte, entré en application le 27 août, impose que les appareils distribuant du supercarburant sans plomb contenant des additifs métalliques affichent, de manière visible et lisible, la mention « Contient des additifs métalliques ».
La mention « contient des additifs métalliques » : une obligation depuis 2011
Introduite pour la première fois par l'arrêté du 10 décembre 2010, l'obligation d'afficher la présence d'additifs metalliques est entrée en vigueur le 1er janvier 2011. Si elle fait l'actualité, c'est parce que l’arrêté de 2010 spécifiquement consacré aux additifs métalliques a été abrogé le 27 août 2026, à la suite de quoises principales dispositions ont été directement intégrées aux textes définissant les caractéristiques des essences E5 et E10.
Le nouveau texte inscrit également dans les caractéristiques de ces essences une teneur maximale en manganèse de 2 mg/l. Mais ce plafond était déjà applicable depuis le 1er janvier 2014.
L'affichage de cette mention trouve son origine dans une directive européenne de 2009, qui imposait aux États membres de prévoir une étiquette là où des carburants contenant des additifs métalliques étaient proposés aux consommateurs.
Pourquoi trouve-t-on des additifs métalliques dans l’essence ?
La présence de ces additifs métalliques s’explique notamment par la nécessité de maîtriser la combustion dans un moteur à essence. Dans ce type de moteur, l’air et le carburant sont mélangés puis comprimés dans le cylindre. La bougie d'allumage déclenche la combustion et une flamme se propage dans ce mélange. Le mélange air-carburant, préchauffé par la flamme, peut toutefois s’auto-enflammer avant qu'elle ne l’atteigne. « Quand la flamme se propage dans le prémélange, elle l’échauffe et l’amène à des températures telles qu'il peut s’auto-enflammer même sans bougie », explique Guillaume Vanhove, professeur des universités au sein du département Chimie de la Faculté des Sciences et Technologies de l’Université de Lille. Cette auto-inflammation peut provoquer le cliquetis, un phénomène indésirable pour le moteur.
L’indice d’octane, le fameux 95 ou 98 affiché à la pompe, traduit la capacité du carburant à résister au phénomène d'auto-inflammation.
Certains composés permettent d’améliorer cette résistance au cliquetis. Le plus célèbre fut le tétraéthyle de plomb, longtemps utilisé dans l’essence mais devenu incompatible avec la généralisation des systèmes modernes de dépollution, au-delà des préoccupations sanitaires associées au plomb. « La raison pour laquelle on a enlevé le plomb des carburants, c’est parce qu’on a commencé à utiliser des pots catalytiques. Le plomb polluait le catalyseur », explique Guillaume Vanhove.
Depuis l'abandon du plomb dans les carburants, un autre composé organométallique peut être utilisé : le MMT ou méthylcyclopentadiényl manganèse tricarbonyle. Commercialisé dès 1959 comme complément ou substitut au plomb tétraéthyle, il permet lui aussi d’augmenter l’indice d’octane et donc la capacité du carburant à résister à l'auto-inflammation.
Mais le manganèse issu du MMT ne disparaît pas lors de la combustion. Différents composés du manganèse sont produits : une partie peut être rejetée à l’échappement sous forme de particules, tandis qu’une autre reste dans le moteur ou le système d’échappement. Un article scientifique publié en 2016 par deux chercheurs du Desert Research Institute rapporte ainsi la présence de dépôts contenant du manganèse sur différentes pièces, notamment les bougies, les culasses, les sondes à oxygène et les catalyseurs. Dans certaines conditions, ces dépôts peuvent obstruer les canaux du catalyseur et réduire son efficacité. Les auteurs soulignent toutefois que les études consacrées aux effets du MMT n'aboutissent pas toutes aux mêmes conclusions.
Au-delà de l’impact potentiel sur le véhicule, des interrogations existent aussi sur les effets des particules contenant du manganèse sur l’environnement et la santé humaine. « De manière générale, ce n'est jamais bon de relâcher des oxydes de manganèse dans l’atmosphère. Certaines évaluations pointent vers une toxicité de ces composés, en particulier lorsqu'ils sont sous forme de nanoparticules. Les quantités de MMT réglementaires [2 mg/l, NDLR] sont cependant très faibles », souligne Guillaume Vanhove.
La mention apposée à la pompe ne signifie donc pas que le carburant est dangereux ou non conforme. Elle vise seulement à informer l’automobiliste de façon transparente de la présence d’additifs métalliques.
Une essence peut-elle se passer d’additifs métalliques ?
« C’est tout à fait possible de formuler une essence qui répond aux normes d’indice d’octane sans utiliser d’additifs métalliques, par une formulation adéquate, en utilisant les bonnes molécules organiques », poursuit Guillaume Vanhove. Le MMT constitue donc un moyen parmi d’autres d’obtenir la résistance à l’auto-inflammation recherchée.
Une essence dépourvue d’additifs métalliques n’est cependant pas nécessairement une essence sans aucun additif. D’autres produits peuvent être employés pour améliorer la stabilité du carburant dans le temps ou contribuer à maintenir les injecteurs propres. « Un carburant complètement non additivé n’est pas forcément souhaitable », souligne même Guillaume Vanhove.
Mais comment faire si l’on souhaite privilégier une essence sans additifs métalliques ? Il n’existe pas aujourd’hui de liste officielle permettant de savoir à l’avance quelles stations ou quels carburants commercialisés en France en contiennent. Il faudra donc ouvrir l’œil au moment de faire le plein : si l’essence choisie contient des additifs métalliques, la pompe doit l’indiquer de manière visible et lisible.
- ↑ : MMT Effects on Gasoline Vehicles: A Literature Review - S. Kent Hoekman & Amber Broch, Desert Research Institute - SAE International, 2016.