Le principe peut surprendre, mais il repose sur un constat très concret : tous les jours, des milliers de poids lourds parcourent la France avec leur seul conducteur à bord, tandis que des milliers de Français cherchent des solutions de mobilité.
Dans les communes rurales en particulier, la voiture occupe une place prépondérante dans les déplacements, ce qui pose problème pour ceux qui n’en détiennent pas : selon le baromètre Wimoov de 2024, 15 millions de Français sont en situation de précarité de mobilité.
C'est pour répondre à cette demande que l'entreprise Truckly vient de lancer son concept de co-camionnage, calqué sur celui du covoiturage. L'idée est simple: puisque le camion va de toute façon effectuer son trajet, pourquoi ne pas embarquer un ou deux passagers sur les sièges libres ?
Le fonctionnement rappelle forcément celui du covoiturage : des trajets déjà programmés sont proposés sur la plateforme et un particulier peut réserver une place pour voyager dans la cabine du camion.
Mais Marion Choppin, cofondatrice de Truckly, tient à distinguer son service d'une plateforme comme BlaBlaCar. « Ce n’est pas un service de particulier à particulier. Ici, les conducteurs sont des professionnels », souligne-t-elle. La plateforme noue ainsi des partenariats avec des entreprises de transport, qui renseignent les lignes effectuées par leurs véhicules. La participation repose ensuite sur le volontariat des chauffeurs salariés.
Pour l'instant, tout passe par une application web. Le voyageur indique son point de départ, sa destination et la date recherchée afin de voir les trajets disponibles. Si aucun camion ne correspond à sa recherche, il peut créer une alerte. Quand il souhaite réserver un trajet, le chauffeur routier reste libre d'accepter ou non sa demande. Une application mobile doit venir compléter le dispositif à l'automne 2026.
La plateforme vérifie l'identité et les documents professionnels des conducteurs et propose une assurance dédiée aux passagers.
Déjà plus de 7 000 voyageurs sur des lignes allant jusqu'en Lituanie
L'histoire de Truckly est particulièrement récente. La société a été créée en janvier 2026 et son service est devenu opérationnel à la fin du mois d'avril. À la fin de l'été, Marion Choppin revendiquait déjà 7 259 voyageurs inscrits, alors que l'entreprise n'a encore lancé aucune véritable campagne publicitaire. « Ce n'est que du bouche-à-oreille, ce qui confirme qu'il y a un besoin », explique la cofondatrice.
Le nombre de trajets disponibles augmente également au fil des mois. « 750 lignes sont déjà ouvertes par des transporteurs français, et certains trajets franchissent même les frontières. On a des trajets en Belgique, en Espagne, en Italie et même jusqu'en Lituanie », précise la cofondatrice.
11 centimes par kilomètre
Le tarif du trajet est fixe. Un algorithme le détermine en fonction de la distance parcourue, sur une base de 0,11 € par kilomètre. Un trajet de 200 km revient donc théoriquement à 22 €, tandis qu'un parcours de 500 km coûte environ 55 €. À titre de comparaison, parcourir la même distance coûte environ 25 € de carburant avec une voiture diesel consommant 5,6 L/100 km et environ 32 € avec une voiture essence au SP95-E10 consommant 7,7 L/100 km.
L'argent versé par le voyageur permet aussi de créer un revenu supplémentaire pour les professionnels du transport routier.. « Une flotte de 15 camions peut générer en moyenne 1 500 € de revenus complémentaires par an pour les conducteurs et 15 000 € pour le transporteur », précise Marion Choppin.
Des jeunes aux seniors, le co-camionnage séduit des profils variés
Sympathie des conducteurs, possibilité de transporter de gros bagages, ponctualité… Pour les passagers, l’expérience est déjà concluante selon la cofondatrice. « Au départ, on pensait n’avoir que des jeunes, mais c’est finalement assez varié et on a beaucoup de seniors », relève-t-elle.
Passagers et conducteurs sont ravis de partager des trajets ensemble. ©Truckly Du côté des chauffeurs, cette solution offre une occasion de rompre ponctuellement la solitude. « Souvent, ils disent avoir choisi ce métier en partie pour la solitude. Mais ils admettent finalement passer leur temps au téléphone pour la combattre. En devenant chauffeurs volontaires pour Truckly, ils peuvent décider des moments où ils cassent cette solitude », raconte Marion Choppin.
Les aéroports dans le viseur
Quelques mois après le lancement, l’objectif est désormais d’identifier des zones où la demande est suffisamment importante pour concentrer les trajets. L’entreprise mise notamment sur les aéroports, qui génèrent des flux réguliers de voyageurs et peuvent être difficiles ou coûteux à rejoindre depuis les territoires alentour.
Truckly a ainsi noué un premier partenariat avec l’aéroport Marseille Provence. L’idée est ensuite de reproduire ce modèle dans d’autres régions françaises, puis en Europe.