Le quotidien de l'automobiliste tient à quelques gestes machinaux : on ajuste sa distance de sécurité, on désembue son pare-brise, on se faufile dans un bouchon d'autoroute. Après les mots de nos peurs au volant, ceux de la voiture électrique et l'argot de la route, place au vocabulaire du trajet ordinaire, qu'il soit né au Québec, dans une association cycliste des Yvelines ou dans un atelier de carrosserie. Point commun de ces huit mots : presque aucun ne figure dans le code de la route, qui décrit pourtant très précisément ce qu'ils désignent.
Le mot « emportiérage » a des allures de vieux terme juridique, et pourtant il est tout jeune : apparu en 2013, il nous vient du Québec, où il traduit l'anglais dooring. Il est entré au Petit Larousse en 2019. Il désigne le choc qui se produit entre une portière qu'on ouvre et un usager qui arrive par l'arrière, le plus souvent un cycliste. Curiosité : le code de la route ignore l'existence de cette infraction. Son article R417-7 interdit seulement d'ouvrir une porte quand la manœuvre « constitue un danger » et sanctionne cela par une contravention de première classe. L'indemnisation, elle, est sans ambiguïté : le cycliste blessé obtient réparation intégrale de son dommage corporel, sa propre faute ne pouvant lui être opposée, sauf faute inexcusable et cause exclusive de l'accident.
La « poignée hollandaise » est l'antidote au précédent : ouvrir sa portière avec la main la plus éloignée d'elle, la droite pour le conducteur, la gauche pour le passager. Croiser le bras oblige l'épaule à pivoter, la tête suit, et le regard passe mécaniquement par le rétroviseur puis par l'angle mort. Impossible d'ouvrir sans avoir vu ce qui arrive vers nous. Enseignée en auto-école aux Pays-Bas, la poignée hollandaise figure dans les supports de la Sécurité routière depuis 2023, même si elle reste facultative.
Contraction de « CHAUssée pour les CIrculations DOUces », le mot « chaucidou » est né hors de l'administration : formulé en 2004 par Werner Ried, cofondateur de l'association VeloBuc, dans les Yvelines. Rien d'officiel : la fiche de référence du Cerema s'en tient à « chaussée à voie centrale banalisée ». Les élus, eux, l'ont adopté sans réserve : il figure jusque dans des délibérations intercommunales.
Le principe : plus de ligne axiale, les voitures roulent au centre sur une voie unique à double sens trop étroite pour se croiser. Pour croiser, on ralentit et on mord sur les rives, réservées quant à elles aux cyclistes. Son intérêt : une continuité cyclable là où une piste est impossible, sur un pont ou un passage contraint, obligeant par la même occasion les véhicules motorisés à réduire leur allure.
Cette bande noire qui borde le pare-brise et se finit en une pluie de points porte un nom : la fritte, qui n'a rien à voir avec « la frite » (une déformation courante en atelier), encore que : en verrerie, la fritte est un mélange de sable et de fondants qu'on a fait cuire, de l'italien fritta, participe passé de friggere, « frire ». C'est donc bien de l'émail « frit », sérigraphié sur le verre. Son rôle est triple : offrir une surface rugueuse où la colle polyuréthane accroche, la protéger des UV, et limiter les déformations optiques sur les bords du pare-brise.
Le trafic se fige puis repart, sans accident ni rétrécissement : c'est l'effet accordéon, ou « bouchon fantôme ». Un conducteur lève le pied un peu trop franchement, celui de derrière réagit avec 0,8 à 1,2 seconde de retard et freine plus fort. De proche en proche, l'onde remonte le flot à contre-courant, à 18 ou 20 km/h. Des chercheurs japonais l'ont prouvé en 2008 : 22 voitures lancées sur un anneau de 230 mètres, sans le moindre obstacle, et le bouchon apparaît spontanément. La parade ? Tenir ses distances de sécurité et lisser son allure.
Devant une voie neutralisée, deux écoles : ceux qui se rabattent 500 mètres avant, et ceux qui remontent jusqu'au bout. La « tirette », ou fermeture éclair, donne raison aux seconds : on occupe les deux voies jusqu'au rétrécissement, puis on s'intercale une voiture sur deux, comme les dents d'une glissière. Le ministère des transports du Minnesota, qui en a fait une campagne, mesure des bouchons jusqu'à 40 % plus courts. Certains de nos voisins l'ont inscrite dans leur code : il est en effet obligatoire en Allemagne et en Belgique, où l'ignorer coûte 64 €. En France, aucun texte n'oblige à laisser s'intercaler, tout repose sur la courtoisie.
La voiture freine sans action du conducteur, parfois brutalement, alors que la route est vide. Le freinage fantôme est une réaction inappropriée du freinage d'urgence automatique. L'origine peut venir d'un désaccord entre capteurs : le radar voit la voie libre, la caméra est troublée par l'ombre d'un pont ou un soleil rasant et l'ordinateur, par précaution, freine. Le freinage d'urgence automatique étant désormais obligatoire sur tout véhicule neuf en vertu du règlement européen GSR2, le phénomène de freinage fantôme concerne un parc en croissance rapide.
Le mot « marsouinage » vient du marsouin, ce cétacé qui bondit hors de l'eau pour y replonger aussitôt. Il décrit une oscillation verticale d'avant en arrière, entretenue et rythmée : les aviateurs l'emploient pour le rebond à l'atterrissage. Attention, ce n'est pas un terme officiel du contrôle technique : la nomenclature utilise le terme « amortisseur endommagé ou donnant des signes de dysfonctionnement grave » pour désigner ce symptôme qui, lui, est bien réel : amortisseurs usés, distances de freinage allongées, ABS et ESP moins efficaces.