L'automobile est une formidable fabrique d'expressions : on appuie sur le champignon, on met la gomme, on part sur les chapeaux de roues. Après les mots de nos peurs au volant et ceux de la voiture électrique, place à un argot plus rugueux, né dans les ateliers, l'univers rap ou même les commissariats. Certains de ces mots sont si répandus qu'ils ont fini par entrer dans les statistiques officielles, voire dans la loi.
Le mot « sulfateuse » désigne d'abord l'appareil qui pulvérise du sulfate de cuivre sur la vigne. En 1945, il devient le surnom de la mitraillette. Le terme a été détourné de nos jours pour qualifier les voitures LAPI, ou « voitures vampires » : elles lisent jusqu'à 1 500 plaques par heure pour repérer les conducteurs qui n'ont pas payé leur stationnement. Une confusion mérite d'être levée : elles ne relèvent jamais la vitesse, qui est le rôle des voitures radars.
Désolé pour les enfants des années 1980 : le sabot ne doit rien au dinosaure à lunettes de soleil de Denver, le dernier dinosaure, débarqué sur nos écrans en 1989. Il vient de la ville de Denver, aux États-Unis. Frank Marugg, patron de fonderie et violoniste, l'imagine en 1944 pour éviter la mise en fourrière systématique des voitures mal garées. La police de Denver l'adopte en 1955. En France, le code de la route ne parle pas de sabot mais d'immobilisation par un moyen mécanique.
Voici une expression venue de la rue que le droit a fini par adopter. Le « rodéo motorisé » est défini depuis la loi du 3 août 2018, par l'article L236-1 du code de la route : répéter volontairement des manœuvres dangereuses, au volant comme au guidon. La peine va d'un an de prison et 15 000 € d'amende à cinq ans et 75 000 € en cas de circonstances aggravantes. La loi Ripost, validée par le Conseil constitutionnel le 14 août 2026, doublera ces peines dès sa publication au Journal officiel.
Une « doublette », c'est une plaque clonée : un fraudeur roule sous le numéro d'un autre automobiliste, qui reçoit ses amendes à sa place. Le ministère de l'Intérieur a enregistré 23 072 plaintes pour usurpation de plaques en 2023. Le délit est lourdement puni : sept ans de prison et 30 000 € d'amende. La victime, elle, doit porter plainte puis contester chaque avis en joignant le récépissé, sans avoir à payer de consignation.
Une « merguez », c'est un véhicule bricolé, d'apparence un peu suspecte, clairement en bout de course : une « saucisse carbonisée » plutôt qu'une auto. L'image est cruelle mais parlante. Le mot a aussi un second sens, emprunté à l'argot policier : une voiture maquillée, souvent volée puis réimmatriculée avec les papiers d'un véhicule déclaré épave. Les deux mots se rejoignent donc : une merguez roule le plus souvent avec une doublette.
À l'opposé, un « gamos » est une belle voiture, puissante et tape-à-l'oeil. Le terme vient de l'argot des quartiers et les textes de rap l'ont rendu familier à tous. Le terme a même gagné la littérature en 2023. Son origine, en revanche, reste un mystère : plusieurs pistes circulent, notamment celle d'un raccourci de « haut de gamme » combiné avec le suffixe familier -os. Aucun dictionnaire ne tranche, ni ne donne sa date d'apparition. Une chose est sûre : ces modèles figurent parmi les plus chers à assurer.
Chez les motards et les routiers, le « mazout », c'est le gazole. Le mot est un emprunt au russe mazut, lui-même issu de l'arabe maḥzūlāt, « les restes » : il désigne à l'origine un résidu lourd de distillation, pas le carburant de nos réservoirs. « Attention, du mazout ! » signale donc une nappe de gazole sur la chaussée, souvent due à un réservoir trop rempli. Pour un deux-roues, c'est aussi glissant que du verglas.
Deux mots pour la même réalité : une vieille voiture. «Tacot » est le plus sonore : le mot imite le bruit sec et répété d'un mécanisme qui cliquette, « tac, tac ». Il désigne d'abord une pièce bruyante des métiers à tisser, avant de désigner une automobile qui n'avance pas. « Guimbarde » vient du provençal guimbardo, dérivé de guimba, « sauter » : à l'origine, le mot désignait un type de danse. Puis l'automobile en a hérité car les cahots des voitures sur la route ont pu donner à certains l'impression d'une danse mécanique. Ces deux mots ont de l'avenir : l'âge moyen du parc français atteint 11,8 ans, un record.
- ↑ : Centre national de ressources textuelles et lexicales.
- ↑ : Sam Brasch, « Yes, the Denver boot comes from Denver », Colorado Public Radio, 9 septembre 2019
- ↑ : Article R325-2 du code de la route, Légifrance.
- ↑ : Question écrite n° 1028, JO Assemblée nationale du 4 février 2025.
- ↑ : Instagrammable d'Éliette Abécassis : « Dix-huit piges, ça pilote des gros gamos de bâtards ».
- ↑ : Définition du CNRTL
- ↑ : Âge moyen du parc : SDES, 1er janvier 2026.