Cartes grises : garages piratés, automobilistes exposés, la FNA tire la sonnette d’alarme
La Fédération Nationale de l’Automobile (FNA) alerte les pouvoirs publics sur une vague de fraudes massives liées aux cartes grises, qui pourraient être rendues possibles par des défaillances du Système d’Immatriculation des Véhicules (SIV) et de l'ANTS (Agence Nationale des Titres Sécurisés). Bruno Choix, vice-président de la FNA, décrypte pour nous ces attaques informatiques, leurs conséquences pour les professionnels comme pour les automobilistes, et avance des pistes pour limiter les risques.

La Fédération Nationale de l’Automobile (FNA) tire la sonnette d’alarme face à une recrudescence de fraudes massives à l’immatriculation des véhicules. En cause : de potentielles défaillances dans la sécurisation du Système d’Immatriculation des Véhicules (SIV), qui permettraient à des escrocs d’accéder frauduleusement aux outils administratifs utilisés par les professionnels de l’automobile. Ces attaques informatiques exposeraient directement les garages habilités, tout en faisant peser des risques juridiques majeurs sur les automobilistes. Face à
Bon à savoir
Depuis 2009, une demande d’immatriculation peut être réalisée auprès de professionnels de l’automobile (garagistes, concessionnaires, etc.) habilités et/ou agréés au SIV, c’est-à-dire ayant signé une convention avec le ministère de l’Intérieur. Ces professionnels sont en mesure de prendre en charge l’ensemble des démarches d’immatriculation, aussi bien pour les véhicules neufs que pour les véhicules d’occasion.
Pourquoi la FNA a-t-elle décidé de tirer la sonnette d’alarme ?
Bruno Choix, vice-président de la FNA : Notre objectif est de faire entendre à l’État qu’il existe une problématique majeure avec les sites de l’ANTS (NDLR : l'Agence Nationale des Titres Sécurisés est devenue France Titres) et du SIV. À ce jour, on a recensé 22 garages victimes de piratage de leur accès ANTS. Cela représente plus de 3 millions d’euros de cartes grises frauduleuses, avec des véhicules qui circulent aujourd’hui dans la nature. Pourtant, l’État se désengage de toute responsabilité, en considérant que ce sont les garages qui ont accepté de faire des cartes grises et qui doivent en assumer seuls les conséquences.
Des hackers ont réussi à prendre la main sur les accès des professionnels et à produire des cartes grises à outrance en leur nom.
Bruno Chaix,
vice-président de la FNA.
En quoi les professionnels de l'automobile sont-ils impactés ?
B.C : Depuis 2009, avec la suppression des services cartes grises en préfecture, l’État a donné des délégations de pouvoir aux professionnels de l’automobile, comme des garages ou des concessions. Dans le cadre de l'élaboration d'une carte grise, ce sont désormais eux qui saisissent les données dans les systèmes administratifs de l'ANTS et du SIV pour le compte de leurs clients et avancent les frais pour eux. Lorsque des hackers prennent la main sur l'accès à ces plateformes et produisent de fausses cartes grises, ce sont les professionnels qui subissent directement les conséquences financières et juridiques de la fraude.
Les particuliers sont-ils aussi touchés par ces fraudes ?
B.C : « Oui, et parfois sans même le savoir. Lors d’un piratage, des fraudeurs peuvent utiliser des données personnelles pour immatriculer un véhicule au nom d’un particulier qui ne possède absolument pas ce véhicule. La personne se retrouve alors officiellement titulaire d’une carte grise pour une voiture qu’elle n’a jamais achetée, avec tous les risques que cela implique : amendes, infractions, problèmes administratifs, voire suspicion de fraude. »
Que deviennent les véhicules concernés par ces fausses cartes grises ?
B.C : Il y a aujourd’hui de nombreux véhicules immatriculés frauduleusement, dont on ne connaît ni la provenance
Une enquête est-elle en cours ?
B. C : Oui. Tous les garages victimes de piratage ont porté plainte et une enquête policière nationale est en cours. L’enjeu principal, maintenant, c’est de retrouver les véhicules concernés.
Comment expliquez-vous ces failles de sécurité ?
B. C : Il y a clairement un problème de laxisme en matière de sécurité informatique. Le système du SIV a été conçu en 2009, à une époque où les cyberattaques étaient beaucoup moins fréquentes. Aujourd’hui, le piratage est devenu monnaie courante. On sait d’ailleurs qu’il y a eu récemment une attaque informatique au ministère de l’Intérieur, ce qui laisse penser que le problème pourrait venir de là.
Que peuvent faire les particuliers pour se protéger ?
B.C : Il faut absolument promouvoir l’accès à l’historique des véhicules. Des plateformes comme Histovec existent et sont accessibles à tous, mais dans les faits, très peu de particuliers les consultent. Les gens n’ont pas encore le réflexe.
Un conseil avant l’achat d’un véhicule ?
B.C : Il ne faut pas s’arrêter uniquement au prix. Beaucoup de particuliers cherchent à acheter le moins cher possible, mais ce ne sont pas toujours les meilleures affaires. Derrière un prix très attractif, il peut y avoir une fraude.
Une évolution du système est-elle prévue ?
B.C : Oui, les systèmes ANTS et SIV devraient être refondus cet été, aux alentours de juin-juillet 2026.
















