Autopartage en Île-de-France : à quoi pourrait ressembler le futur service régional en 2027 ?

Dès 2027, la région Île-de-France lancera son propre service d'autopartage public. L'objectif : compléter l'offre de transports en commun et faciliter la mobilité dans les zones mal desservies, notamment en grande couronne. Mais comment s'assurer que ce dispositif réponde vraiment aux besoins des habitants ? Pour Bruno Flinois, président de l'Association des acteurs de l'autopartage, la clé réside dans un maillage territorial fin, pensé au plus près du terrain.

Eva Gomez journaliste pour le média Roole
Eva Gomez
Publié le 06/02/2026 à 13h42

Temps de lecture : 6 min

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Le futur service d'autopartage saura-t-il répondre aux besoins réels des Franciliens ? ©Envato-Grey_Coast_Media

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Mi-janvier, la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, a annoncé le lancement d’un service public régional d’autopartage pour 2027. Un retour huit ans après l'arrêt d'Autolib’, qui avait séduit les usagers mais creusé un déficit de 250 millions d’euros pour le Syndicat mixte Autolib’ Vélib’ Métropole.

Autolib’ : un modèle en décalage avec les usages

« Autolib’ était un service en trace directe [qui permet de restituer le véhicule à un autre endroit que celui auquel on l’a emprunté, NDLR], en grande partie déployé dans le centre de Paris », rappelle Bruno Flinois, fondateur du service d’autopartage Clem’ et président de l’association des acteurs de l’autopartage (AAA). « Mais dans les faits, il n’y a pas vraiment besoin d’autopartage dans le centre de Paris : il y a des vélos, les lignes de métros, des VTC… Toutes ces solutions sont plus économiques que le service Autolib’ sur un même trajet », poursuit-il. Lancé en 2011, Autolib' n'a jamais réussi à trouver son équilibre économique. En cause : un positionnement géographique mal calibré. « Il n’était pas tout à fait adapté aux besoins », estime Bruno Flinois.

Je pense que pour la collectivité, l’objectif est de créer un service rentable.

Bruno Flinois,
fondateur de Clem' et président de l'Association des acteurs de l'autopartage.

Après cet échec, relancer un service d’autopartage n'est-il pas risqué ? Le président de l’AAA n'est pas de cet avis : « Ce n'est pas risqué, car le modèle a été éprouvé, notamment dans la région Centre-Val de Loire, où le service Rémi+ Autopartage va passer de 14 à 140 stations ! Les impacts sociaux et écologiques ont été démontrés », souligne-t-il. La différence aujourd'hui ? La mobilité du quotidien a changé. Et surtout, depuis la loi d'orientation des mobilités (LOM) de 2019, la région Île-de-France a la main sur les transports. De quoi imaginer un service d'autopartage qui vienne en complément des transports en commun, là où il répond à un vrai besoin.

Bon à savoir

À la différence d'Autolib', le futur service francilien d’autopartage fonctionnera « en boucle » : il faudra donc ramener la voiture là où vous l'avez prise.

Un futur service en complément des transports en commun

L’appel d’offres n’est pas encore lancé, mais les contours se dessinent. Premier enjeu : la composition de la flotte. « Dans une logique de transition énergétique, ce service devra proposer des véhicules électriques, mais on ne sait pas encore dans quelles proportions », précise-t-il. Deuxième enjeu crucial : où installer les stations d’autopartage ? Pour Bruno Flinois, les besoins en autopartage se situent avant tout dans les territoires de deuxième et de troisième couronne, là où les transports en commun atteignent leurs limites. « Quand on habite au bout du RER D et qu’on rate le dernier bus, c’est compliqué ! La solution d’autopartage pourrait compléter les transports existants, sans que la possession d’une voiture ne soit nécessaire », partage-t-il. « Pour la collectivité, l’objectif est de créer un service rentable : au lieu d’acheter un nouveau bus électrique ou de prolonger les rails de RER, elle complétera son offre avec de l’autopartage, qui sera accessible dans les centres des villes de deuxième et troisième couronne et sur les parkings des gares ».

Bruno Flinois en sait quelque chose : avec Clem', son service d'autopartage électrique, il a déjà testé le modèle en zone périurbaine : « Le service d’autopartage que l'on propose sur le plateau de Saclay (Yvelines) tourne tous les jours. Les besoins sont réels », confirme-t-il.

Vers une transformation des mobilités du quotidien

Si l'autopartage se développe en complément des transports existants, son retour en Île-de-France est une bonne nouvelle et s'inscrit dans une évolution profonde des mentalités. « Hier, les jeunes dès l’âge de 14 ans ne pensaient qu’à avoir une voiture… Aujourd’hui, dans les grands centres urbains, ils n’en ont plus besoin et les transports en commun les emmènent loin à moindre coût », affirme Bruno Flinois. « La voiture se consomme différemment, pour des trajets occasionnels ou pour se simplifier la vie sur un trajet laborieux en transports. »

Dans une moindre mesure, l'autopartage peut être une alternative à la possession d'une voiture utilisée de façon très occasionnelle. Cette solution est d’autant plus pertinente que sur les plus de 400 euros dépensés chaque mois par les automobilites français pour leur voiture, près des deux tiers correspondent à des coûts fixes. « Quand on peut en louer une ponctuellement pour quelques dizaines d’euros, c’est intéressant. Et d’autant plus si c’est une voiture électrique, moins abordable à l’achat mais beaucoup plus écologique qu’une voiture thermique », conclut-il. Pour la région, le défi est clair : transformer cette logique en un service public qui réponde vraiment aux besoins quotidiens des Franciliens.

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