Après près de 200 kilomètres à longer le littoral finistérien pour une plongée dans l'histoire maritime du territoire, la Route des phares s'achève sur la presqu'île de Crozon. Ses deux derniers phares, le Toulinguet, à Camaret-sur-Mer, et le Kador, à Morgat, se dressent au cœur d'un territoire remarquable pour ses paysages, sa géologie, mais aussi pour sa biodiversité.
C'est ici que nous avons rencontré Yvan Sionneau, responsable des espaces naturels de la presqu'île de Crozon, pour découvrir les richesses naturelles du territoire et comprendre comment elles sont protégées.
Le phare du Toulinguet et le phare du Kador à Morgat sont les deux derniers édifices de cet itinéraire breton. ©Roole Pour observer le phare du Toulinguet et admirer les beautés de la Presqu'île, une pause détente est possible sur la plage de Pen Hat. Deux parkings se situent à proximité.
Une biodiversité façonnée par un territoire hors normes
Avant même de s'intéresser aux espèces qui peuplent la presqu'île, il faut regarder sous ses pieds. « Sur la presqu'île de Crozon, il y a 27 sites classés pour leur intérêt géologique. Ici, une grande partie de l'histoire de notre planète est enregistrée dans les roches », explique Yvan Sionneau.
Les falaises de la presqu'île de Crozon sont les témoins de l'histoire de notre planète. ©Roole Cette richesse géologique s'accompagne d'une faune et d'une flore remarquables. Certaines espèces sont même particulièrement associées à ce territoire et à son climat. « Il y a des espèces qu'on ne trouve quasiment qu'ici – et un peu dans le Pays basque aussi car on a à peu près le même climat », raconte Yvan Sionneau.
« La Crozonnaise » et l'escargot de Quimper, deux emblèmes locaux
Parmi ces espèces figure le grémil à rameaux étalés, une petite plante vivace particulièrement rare en France. Sur la presqu'île, elle possède même son petit surnom. « On l'appelle ici "la Crozonnaise", car on est un peu chauvins. C'est une petite plante qui fait des fleurs d'un bleu très intense », sourit Yvan Sionneau.
Côté faune, un autre animal est étroitement associé au territoire : l'escargot de Quimper. « Il est très présent en Bretagne. Ce sont les deux espèces totems car elles sont vraiment liées au territoire et au climat qu'on a ici », poursuit le responsable des espaces naturels.
La presqu'île accueille aussi des habitants plus inattendus. C'est le cas du crave à bec rouge, un oiseau au plumage noir reconnaissable à son long bec rouge. « C'est un oiseau qui est plutôt montagnard normalement, mais on a une dizaine de couples qui nichent sur le territoire », précise Yvan Sionneau. Les falaises littorales de Crozon lui offrent en effet un habitat favorable.
Des espèces sous haute protection
La présence de cette biodiversité donne au territoire une responsabilité particulière en matière de conservation. « La Crozonnaise et l'escargot de Quimper sont très protégés car ils sont peu répandus. On a une responsabilité de conservation », souligne Yvan Sionneau.
"La Crozonnaise" est l'une des espèces les plus emblématiques de la presqu'île de Crozon. ©Roole Mais les espèces rares ne sont pas les seules à retenir l'attention des gestionnaires. Certaines, autrefois considérées comme communes, voient aussi leurs populations diminuer. « On a beaucoup d'espèces qui semblent banales mais dont les effectifs commencent à s'éroder, comme la loutre d'Europe, même si aujourd'hui elle se porte un petit peu mieux. »
Pour les protéger, la première étape consiste à répertorier précisément les espèces locales. « On mène des inventaires scientifiques pour connaître les différentes espèces végétales et animales présentes », explique-t-il. Ces connaissances permettent ensuite d'adapter les mesures de conservation : acquisition de terrains, réglementation de certains usages, sensibilisation des visiteurs ou encore verbalisation lorsque des comportements mettent directement en danger les milieux naturels.
Sortir du sentier peut laisser des traces pendant 20 ans
« Le fait de sortir des sentiers est un comportement qui porte atteinte à la biodiversité. Quand on piétine en espace naturel, on le dégrade très vite », prévient Yvan Sionneau. Le phénomène est particulièrement visible lorsque beaucoup de visiteurs se concentrent au même endroit, par exemple pour observer une manifestation nautique depuis le littoral.
« En une demi-journée, on va avoir des surfaces de landes ravagées. Pour les restaurer, il va nous falloir 10, 15 ou même 20 ans parfois », alerte le responsable des espaces naturels de la presqu'île de Crozon.
Autre conseil plus surprenant : limiter l'usage des bâtons de marche, notamment lorsqu'ils possèdent une pointe métallique. « La pointe métallique va venir accélérer l'érosion des sentiers et déchausser des pierres », explique Yvan Sionneau.
Au terme de la Route des Phares, découvrir les paysages de Crozon implique donc aussi de veiller à les préserver. « L'idée, c'est vraiment d'être le plus discret possible lorsqu'on vient sur le territoire et sur nos espaces naturels », résume Yvan Sionneau.
Les paysages de la presqu'île de Crozon émerveillent petits et grands. ©Roole Pour (re)découvrir la Route des phares, retrouvez notre documentaire consacré à cette route impressionnante :