À Lyon, les élections municipales de 2026 ont créé une situation politique particulière. Grégory Doucet, écologiste, a été réélu maire de Lyon, tandis que la Métropole (auparavant à majorité écologiste) est désormais présidée par Véronique Sarselli, membre du parti Les Républicains. Deux exécutifs qui ne défendent pas la même vision des politiques de mobilité. Zone à trafic limité, pistes cyclables ou projet routier : les divergences sont très concrètes. Si les désaccords politiques sont vifs, dans la rue, les avis des usagers s'avèrent bien plus nuancés.
Un tunnel sous Lyon à 2 milliards d’euros qui laisse les habitants sceptiques
Projet controversé de la nouvelle majorité métropolitaine, porté pendant la campagne municipale par Jean-Michel Aulas, la création d’une traversée routière souterraine entre l’ouest et le sud de l’agglomération vise à délester Fourvière. Estimée à près de 2 milliards d’euros pour une réalisation d’ici une dizaine d’années, l’infrastructure suscite peu d’enthousiasme sur le terrain.
« Je ne pense pas que ce soit une super idée. Je pense que ça va coûter une fortune », redoute un riverain inquiet des risques d’accident dans les tunnels. Une autre habitante préférerait clairement voir l’argent public consacré à une autre solution : « Je pense qu’il vaudrait mieux développer les transports en commun. » Au-delà de la facture, les travaux au cœur de Lyon inquiètent pour leur impact sur le patrimoine archéologique et les nuisances subies : creuser sous Lyon risquerait notamment, selon un passant, de provoquer « de la pollution pour pas grand-chose ».
ZTL de Lyon : les piétons séduits, les automobilistes beaucoup moins
Mise en service le 21 juin 2025 dans la Presqu’île pour limiter le trafic de transit, la ZTL devrait être assouplie par la Métropole, dans l’objectif de préserver l’activité économique. Le nouveau dispositif annoncé prévoit une ZTL « semaine », du lundi au jeudi entre 19 heures et 5 heures, et une ZTL « week-end », du vendredi à 15 heures au lundi à 5 heures, avec le même principe les jours fériés.
Dans notre micro-trottoir, les perceptions diffèrent nettement selon le mode de déplacement. Les piétons interrogés se montrent plutôt séduits par le dispositif. : « C’est beaucoup plus simple et agréable, l’effet est plutôt positif », apprécie un passant. « Moins de voitures, ça fait plaisir ! Et puis à Lyon, on n’en a pas besoin, on a assez de transports en commun », relève un autre.
Au volant en revanche, le bilan est mitigé : « C’est très sympa quand on marche, moins quand on doit traverser la Presqu’île en voiture », résume un Lyonnais. D’autres déplorent un manque de vision globale. « Le plan de circulation de la ville n’a pas été assez retravaillé », estime par exemple une passante. Plus critique encore, un automobiliste juge que « les voitures ne peuvent plus circuler comme il faut » et que certains secteurs sont désormais saturés.
Rue Grenette : le symbole du bras de fer entre la Ville et la Métropole
Au cœur des tensions révélées par la ZTL : la rue Grenette. Réaménagée en 2025, elle est aujourd’hui réservée aux transports en commun, taxis, vélos et services de secours. Selon la Ville, près de 90 000 usagers des transports en commun y passent quotidiennement, alors que l’axe accueillait auparavant entre 9 000 et 10 000 véhicules automobiles par jour. La Métropole souhaite y réautoriser la circulation automobile, tandis que la Ville s’y oppose, s’appuyant sur une consultation locale où plus de 72 % des répondants réclamaient le maintien de la piétonnisation.
Au-delà de la décision finale, un habitant interrogé pointe surtout le risque de voir les aménagements urbains changer à chaque alternance politique. « Ce qui me gêne, c’est que ça risque de devenir un terrain de bataille à chaque fois qu’on change de gouvernance de Métropole », regrette-t-il, redoutant que les collectivités ne passent leur temps à « défaire ce que les autres ont fait avant ».
Voies lyonnaises : entre besoin de sécurité et ras-le-bol des chantiers
Troisième sujet brûlant : le vélo. Lancé par la précédente majorité métropolitaine écologiste, le réseau des Voies lyonnaises prévoit 13 lignes et plus de 350 km de pistes sécurisées desservant 49 communes. Alors que la nouvelle majorité entend réexaminer certains aménagements sous l’angle de la sécurité, les usagers oscillent entre adhésion et pragmatisme.
« Il faut plus de vélos et plus de pistes cyclables », réclame ainsi un passant. « Si on réduit la circulation des voitures, logiquement ça devrait faciliter aussi la circulation des vélos. Évidemment, il faut continuer à favoriser ce genre d’initiatives », estime une autre. Si certains s’interrogent sur l’utilité de « séparations en dur à certains endroits », ou regrettent les perturbations liées aux travaux, un passant juge cependant dommage de stopper les chantiers engagés. Enfin, la cohabitation passe aussi par le respect du Code de la route de la part de tous les usagers : « Il faut que tout le monde joue le jeu. Si on est cycliste et qu’on ne s’arrête pas au feu rouge, il y a un risque d’accident », rappelle un passant.
Tunnel, ZTL ou pistes cyclables : notre micro-trottoir fait ainsi apparaître moins deux camps irréconciliables qu’une même demande sous différentes formes : un espace apaisé pour les piétons, de la fluidité pour les automobilistes et de la sécurité pour les cyclistes. Autant de préoccupations avec lesquelles la Ville et la Métropole devront composer au moment de concrétiser leurs choix de mobilité.