En juin, des pics de pollution à l'ozone ont poussé plusieurs métropoles françaises (Paris, Marseille, Lyon…) à imposer des mesures de circulation différenciée aux automobilistes. Les voitures les plus polluantes ont été exclues de la circulation afin de limiter les émissions d'oxyde d'azote, un composé chimique à l'origine de la formation de l'ozone dans l'atmosphère.
Pour mieux comprendre la formation de ces épisodes de pollution à l'ozone et l'efficacité des mesures de circulation différenciée, Roole média a interrogé Damien Piga, directeur des relations extérieures et de l'innovation chez AtmoSud. Cet organisme est chargé de la surveillance de la qualité de l'air pour la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.
L'ozone troposphérique – à ne pas confondre avec l'ozone stratosphérique qui nous protège des UV – n'est pas un polluant émis directement par une source identifiable, comme peuvent l'être les particules fines ou le dioxyde d'azote. Il s'agit d'un polluant dit « secondaire ». Il se forme chimiquement dans l'air, par une réaction entre les oxydes d'azote (NOx) et les composés organiques volatils (COV).
Les NOx proviennent majoritairement du trafic routier, tandis que les COV ont des origines plus variées, à la fois humaines (industries, solvants, peintures, deux-roues) et naturelles (émissions de la végétation). Cette réaction nécessite de l'énergie, apportée par le rayonnement solaire,— d'où le terme de pollution « photochimique ». Plus les températures sont élevées et plus les pics de pollution à l'ozone sont importants.
« En Provence-Alpes-Côte d’Azur, 46% des émissions de NOx proviennent du trafic routier. L'autre moitié vient de l'industrie. Côté COV, 73 % sont issus de la végétation », explique Damien Piga. Ces proportions sont différentes lorsqu'on se concentre sur les grandes villes, où l'industrie est responsable d'une plus grande part des émissions de NOx et de COV.
Des effets sur la pollution atmosphérique difficiles à mesurer
« C'est difficile à observer : on ne voit pas de variation significative entre une journée de circulation différenciée et une journée sans restriction », explique Damien Piga. À Marseille, c'est la météo qui a mis fin à la circulation différenciée : le retour du Mistral a dispersé l'ozone accumulé.
La circulation différenciée peut même contribuer à augmenter les taux d'ozone dans l'atmosphère. Car nos pots d'échappement n'émettent pas seulement des oxydes d'azote mais aussi des monoxydes d'azote. Ces composés chimiques détruisent l'ozone dans l'atmosphère. « Quand une masse d'air chargée d'ozone passe au-dessus d'une autoroute, on observe une baisse des niveaux d'ozone, qui remontent une fois que la masse d'air a dépassé l'axe routier », poursuit le spécialiste d'AtmoSud.
Pourquoi, dès lors, ne pas encourager la circulation routière pour lutter contre la pollution à l'ozone ? « Cela ne ferait que déplacer le problème : l'air au-dessus des routes serait déchargé en ozone mais on retrouverait des concentrations beaucoup plus importantes un peu plus loin. »
Selon les projections d'AirParif, l'organisme chargé de la surveillance de la qualité de l'air en Île-de-France, un abattement de 10 à 50 % des NOx du trafic routier peut réduire l'ozone de l'ordre de 5 µg/m³ dans le périurbain. Dans le même temps cette baisse contribuerait à augmenter les taux d'ozone dans l'atmosphère de 5 µg/m³ au cœur des agglomérations.
La circulation différenciée est-elle respectée par les automobilistes ?
Il n'y a pas de statistique officielle centralisée et publique du nombre de verbalisations pour non-respect de la circulation différenciée en 2025 ou 2026.
Nous avons obtenu le nombre de verbalisations en région parisienne lors du dernier épisode de circulation différenciée. « Lors des deux derniers pics de pollution, 8 911 infractions ont été verbalisées dans l'agglomération parisienne pour celui du 18 au 27 juin 2026, et 6 815 lors du pic du 26 au 29 mai 2026 », rapporte le service communication de la Préfecture de police.
Ces infractions concernent des excès de vitesse, des défauts de contrôles techniques et antipollution, des vignettes Crit'air inadaptées, des dépassements de la charge autorisée, des émissions de fumées et des contournements poids lourds.
Pour Damien Piga, les contrôles restent trop rares et ne permettent pas un effet réel de la circulation différenciée sur les niveaux de pollution. « La plupart du temps, il n'y a pas de verbalisation », estime l'expert. Selon les simulations d'Airparif, si le dispositif était totalement respecté, il conduirait à une baisse de près d'un quart du trafic routier dans les périmètres concernés.
Les automobilistes sont-ils les seuls à qui on demande des efforts ?
« Désigner un coupable visible, mobilisateur, moralement connoté – la voiture – est une stratégie de communication efficace. Cela donne l’impression d’agir », s'est récemment indigné Olivier Blond, conseiller régional d’Île-de-France et délégué spécial à la lutte contre la pollution de l’air, dans La Tribune.
La réalité est plus complexe. Les mesures de circulation différenciée s'accompagnent le plus souvent de restrictions à destination des industriels. « Mais ces mesures sont très peu médiatisées. Elles sont communiquées en direct par les préfectures aux industriels, rappelle Damien Piga. De son côté, la circulation différenciée est annoncée dans les médias, affichée sur le bord des routes. Donc les automobilistes ont souvent l'impression qu'ils sont les seuls à être mis à contribution. »
Quels sont les impacts sanitaires des pics de pollution à l'ozone ?
En France, le seuil sanitaire d'exposition à l'ozone est fixé à 180 µg/m³. Au-delà, le corps humain s'expose à des problèmes et à des maladies respiratoires comme de l'asthme. Selon l'Observatoire européen du climat et de la santé, 24 000 personnes seraient mortes prématurément sur le continent en raison d'une exposition aiguë à l'ozone. Les principales victimes vivent dans des Balkans, ou les vieilles motorisations polluantes sont majoritaires sur les routes.
« En période de canicule, le problème n'est pas seulement l'ozone mais le fait qu'il y ait un effet cocktail avec les polluants présents le reste de l'année : particules fines, NOx… Ces épisodes arrivent aussi à un moment ou le corps humain est plus vulnérable à cause de la chaleur », alerte Damien Piga.