Dans ce village du Morbihan, la mairie gère elle-même la station-service municipale
À Plouray, dans le Morbihan, la mairie a ouvert sa propre station-service en 2015 pour compenser la fermeture de la dernière pompe à essence du village. Un modèle qui séduit de plus en plus de communes rurales en centre Bretagne, confrontées à la disparition progressive des stations-service de proximité.
À Plouray, le maire est aussi le patron de station-service. Depuis 2015, cette petite commune du Morbihan possède sa propre station essence municipale. « C’est un service public de proximité qui fait désormais partie du paysage au même titre que le stade municipal et qui facilite la vie des gens », explique Michel Morvant, maire de Plouray depuis 1983.
Dans les années 2000, la dernière station essence de la commune met la clé sous la porte. Pendant 15 ans, les habitants du village doivent parcourir une vingtaine de kilomètres pour faire leur plein dans les supermarchés de cette région très rurale du centre Bretagne.
« On s’est dit qu’il fallait vraiment faire quelque chose »
« Quand les pompiers, qui s’approvisionnaient dans cette station, nous ont alertés sur la situation, on s’est dit qu’il fallait vraiment faire quelque chose », se rappelle Michel Morvant. En faisant ses recherches, l’équipe municipale entend parler d’une station-service municipale en fonctionnement à Lonlay-l'Abbaye, dans l'Orne.
Les élus partent en voyage d’étude chez leur voisin normand. Ils en reviennent convaincus et se lancent. « On a trouvé un terrain idéalement situé, à la croisée de trois routes départementales. On s’est fixé l’objectif de vendre 500,000 litres de carburant par an pour financer les dépenses de fonctionnement ». La commune investit alors 300 000 euros dans le chantier de sa nouvelle station-service, complètement automatisée.
Des prix légèrement plus chers qu'en grande surface
A la mairie, l'équipe s'organise. La secrétaire de mairie s’occupe de commander le carburant à deux fournisseurs ; les employés municipaux sont chargés de l’entretien de la station municipale, qui compte aussi une station de lavage. Dix ans après son lancement, la station-service municipale écoule un million de litres par an. Finalement tout juste de quoi couvrir les dépenses de fonctionnement.
Les habitants ont pris l’habitude de s’y approvisionner, malgré des prix légèrement au-dessus de ceux des grandes surfaces des communes proches de Guéméné, Rostrenen ou Le Faouët. « On vend le carburant4,5 centimes plus cher qu’on l’achète à nos fournisseurs », précise le maire.
Trois autres stations municipales en centre Bretagne
Dans le sillage de Plouray, trois autres communes du centre Bretagne se sont lancées dans l'aventure. Dans les Côtes-d’Armor, Le Mené a décidé en 2023 de rénover et de gérer en régie municipale deux stations-service qui venaient de fermer. L’année suivante, la commune de Querrien(Finistère) ouvrait aussi sa station municipale. À Trébry (Côtes-d’Armor), elle existe depuis 2020.
Une station ferme tous les trois jours en France
Dans les années 1990, la petite commune de Coupiac (Aveyron) a été l’une des pionnières. S’il est difficile de recenser le nombre de stations-service municipales en France – aucun chiffre officiel n’existe – il est certain que leur nombre monte en flèche depuis ces trente dernières années.
« Le carburant, c’est une denrée rare en milieu rural. »
Michel Morvant, maire de Plouray
Les élus de territoires ruraux y voient une réponse à la raréfaction des stations-service dans les villages et le long des routes départementales. « Le carburant, c’est une denrée rare en milieu rural », déplore Michel Morvant.
Face à la concurrence des grandes surfaces et des gros réseaux de distribution, les petites stations-services en milieu rural souffrent. Leurs petits volumes et la guerre des prix ont rendu l’activité très peu rentable. « Ici on arrive tout juste à l’équilibre, c’est impossible de dégager la moindre marge », souligne Michel Morvant.
Pourtant, ces équipements sont un facteur important d’attractivité et de dynamisme commercial pour les petites communes. À Plouray, c’est même devenu un argument pour convaincre de nouvelles familles de s’installer dans la commune.