Prix du carburant : pourquoi vos petites stations-service de village sont au bord de l'asphyxie
En plafonnant ses prix à la pompe depuis mars 2026, TotalEnergies attire les automobilistes… mais étouffe les stations-service indépendantes qui n'ont pas les moyens de s'aligner. La Fédération qui les représente vient de saisir l'Autorité de la concurrence.
Le plafonnement des prix du carburant par TotalEnergies depuis mars dernier ne fait pas que des heureux. La Fédération française des combustibles, carburants et chauffage (FF3C), qui représente 700 entreprises de distribution de produits énergétiques – dont des stations-service indépendantes – a saisi le 22 juin dernier l'Autorité de la concurrence pour « pratiques anticoncurrentielles et déloyales ».
2 700 distributeurs indépendants en difficulté
Une dizaine d’entreprises membres de la FF3C se sont associées à cette saisine. À en croire les requérants, les prix plafonnés pratiqués par TotalEnergies depuis le 8 avril – 1,99 €/L pour l’essence et 2,25 €/L pour le gazole– tueraient les 2 700 distributeurs indépendants français à petit feu.
Alors que TotalEnergies maîtrise toute la chaîne de production, des puits de pétrole au raffinage en passant par la distribution, les petites stations-service sont souvent dépendantes du groupe pétrolier pour l'approvisionnement. Et les tarifs pratiqués par TotalEnergies en direction de ces revendeurs n’ont quant à eux pas été plafonnés.
Selon les données de Roole Data,entre le 6 février et le 27 mai, en plein coeur de l'envolée des prix du carburant, le tarif moyen du SP95 chez les indépendants a bondi de 21% - soit + 0,368 euros du litre. Sur la même période, les prix à la pompe dans les stations TotalEnergies n'ont grimpé que de 12,6% soit une hausse de 0,223 euros par litre.
Entre le 6 février et le 27 mai, les prix à la pompe ont augmenté de 21% dans les stations services indépendantes. @Roole
Des marges quasi-nulles
D’où l’accusation « d’abus de position dominante » lancée par la FF3C, qui s’inquiète pour l’avenir des 2700 stations-service indépendantes qui maillent encore les territoires ruraux, à l’écart des autoroutes et des agglomérations.
« Avec des marges comprises entre un et trois centimes par litre vendu, nos entreprises sont dans l’impossibilité de sortir des prix compétitifs par rapport à TotalEnergies », explique Jacques Goisque, directeur général de la FF3C.
Tandis que le bénéfice du géant pétrolier a doublé au premier trimestre 2026 pour atteindre les 5,8 milliards d’euros de bénéfices, les volumes de carburant vendus par les stations essence membres de la FF3C auraient chuté de 70% par rapport à avril dernier.
Les stationsindépendantes apportent du dynamisme à de nombreux villages »
Jacques Goisque, directeur général de la FF3C
Les difficultés financières de ces petites entreprises, souvent familiales, ne datent pas de la crise pétrolière. Une étude publiée par Mobilians1↓ en février dernier révélait que 41% des exploitants envisageaient de cesser leur activité de distribution de carburant à l’horizon 2035. Cette trajectoire pourrait conduire à la disparition de 1500 stations-service dans 10 ans.
Les bornes électriques : l'avenir des stations indépendantes ?
« Aujourd’hui, le plafonnement des prix par TotalEnergies fragilise encore un peu plus nos stations-service », déplore Jacques Goisque. Selon Mobilians, la moitié de ces 2700 stations dégageraient un résultat inférieur à 30 000 euros par an.
Leur disparition progressive pénaliserait d’abord les habitants des zones rurales, car près de 2400 sont implantées à la campagne. « Ces stations ont aussi un rôle connexe, avec des activités d’épicerie, de garage… Elles apportent du dynamisme à de nombreux villages », rappelle Jacques Goisque. Pour survivre, certains patrons misent sur de nouvelles activités, dont l’installation de bornes de recharge électriques.