La composition du prix des carburants en France repose sur plusieurs éléments : le coût du pétrole brut, le raffinage, la distribution… et une part importante de taxes. C’est précisément ce point qui alimente les interrogations, dans un contexte de tensions géopolitiques et de flambée des prix des carburants depuis plusieurs semaines.
Des taxes élevées mais en partie fixes
En France, les carburants sont soumis à deux taxes principales : l'accise sur les produits pétroliers (ex-TICPE) et la TVA. La première est un montant fixe par litre, tandis que la seconde est proportionnelle au prix total.
Concrètement, cela signifie que lorsque le prix du carburant augmente, seule la TVA évolue mécaniquement à la hausse. L'accise sur les produits pétroliers, elle, ne change pas en fonction des fluctuations du marché.
Selon le ministère de la Transition écologique, l'accise sur les produits pétroliers représente historiquement la principale recette fiscale liée aux carburants. Elle est fixée par la loi de finances et reste stable, sauf décision politique spécifique (gel, baisse exceptionnelle…).
Hausse des prix : des recettes fiscales pas si automatiques
L’idée selon laquelle l’État gagnerait systématiquement plus lorsque les prix augmentent mérite donc d’être nuancée. « Lorsque les prix montent, la TVA augmente mécaniquement, ce qui peut accroître les revenus de l’État », confirme une analyse de Roole Data.
Mais dans le même temps, quand les prix augmentent drastiquement, les comportements évoluent. Face à des prix élevés, les automobilistes peuvent réduire leurs déplacements, adapter leur conduite pour économiser du carburant ou se reporter vers d’autres modes de transport. « Si la hausse des prix entraîne une baisse de la consommation de carburant […], les recettes issues de la TICPE peuvent diminuer », poursuit l'analyse. Résultat : l’État peut percevoir davantage de TVA… mais enregistrer une baisse des recettes liées aux volumes consommés.
Des variations visibles dans le prix à la pompe
Les données analysées par Roole Data montrent clairement cette mécanique. Entre le 27 février et le 20 mars 2026, le prix du gasoil passe de 1,701 €/L à 2,109 €/L. Dans le même temps, la part des taxes recule proportionnellement, passant de 62 % à 53 % du prix total.
Evolution du prix du gasoil entre le 27 février et le 20 mars 2026. ©Roole Data Même constat pour le SP95-E10 : sur la même période, le prix grimpe de 1,708 €/L à 1,944 €/L, mais la part des taxes recule, passant de 65 % du prix total à 59 %.
Evolution du prix du SP95 (E10) entre le 27 février et le 20 mars 2026. ©Roole Data L'évolution rapide des prix à la pompe s’explique ainsi par la part croissante de la matière première dans le prix final, qui augmente plus rapidement que les taxes.
Une idée reçue à relativiser
Le prix des carburants ne dépend donc pas uniquement de la fiscalité de l'État, mais aussi des marges des distributeurs et des coûts liés au raffinage et à la distribution. L'analyse Roole Data rappelle ainsi que « le distributeur peutajuster sa marge lorsque le prix du carburant augmente soudainement ».
Et l'impact sur les recettes de l'État « dépend de l’équilibre entre hausse des prix et évolution des volumes de carburant consommés », résume l'analyse. Autrement dit, affirmer que l’État « s’enrichit » automatiquement grâce à la hausse des carburants est faux. Les recettes peuvent augmenter… mais aussi stagner, voire diminuer, selon les comportements des automobilistes.
Depuis 2011, les distributeurs de carburant sont soumis aux certificats d'économies d'énergie (CEE), qui imposent aux vendeurs d’énergie de financer des économies d’énergie. Depuis 2026, les obligations imposées aux distributeurs ont fortement augmenté, ce qui a un impact sur le prix des carburants.