Plaques d'immatriculation : que dit vraiment de vous ce petit numéro à droite ?

Ce petit chiffre bleu n’a rien d’anodin : il est le miroir de votre identité. Bien plus qu'un code administratif, le numéro de département sur nos plaques trahit nos racines, nos souvenirs de vacances ou nos fiertés territoriales. Entre clichés régionaux et attachement viscéral, découvrez pourquoi ce détail technique est devenu un véritable marqueur culturel pour les Français.

Sébastien Mercadié
Publié le 27/02/2026 à 16h30

Temps de lecture : 5 min

Une plaque d'immatriculation portant les mentions bretagne, breizh et le numéro de département du Finistère ainsi que le drapeau breton
Certains départements ont particulièrement la cote sur les plaques d'immatriculation ! ©iStock
Avec Roole Média, Sébastien de L'Auto Pop décrypte ce que l’auto raconte de nous et de notre société.

Depuis 2009, on peut afficher son département… de cœur

En France, une voiture peut aujourd’hui afficher un numéro de département qui ne correspond pas au lieu de résidence de son propriétaire. Techniquement, rien d’étonnant. Symboliquement, en revanche, cela dit souvent beaucoup.

Derrière ce choix que peut faire tout propriétaire de véhicule, il peut y avoir un territoire natal, une histoire familiale, un attachement intime, ou simplement un “département de cœur”. C’est précisément ce qui rend le sujet passionnant : la plaque raconte souvent autre chose qu’une adresse postale.

Quand la plaque était un repère affectif sur la route

Pendant des décennies, en France, l’immatriculation a servi de repère territorial immédiat. Sur la route des vacances, on jouait au “jeu des départements”. On guettait un 31, un 29, un 75 comme autant de balises familières.

La plaque d'immatriculation devenait une sorte de carte d’identité mobile, mais aussi un support de projection : chez moi, mon sud, mon île, mes souvenirs d’été. Un petit détail visuel, chargé de mémoire.

Deux chiffres, beaucoup de clichés

Cette lecture affective des plaques a aussi son versant plus grinçant : les clichés régionaux. Certains numéros traînent avec eux des réputations, des blagues, parfois des préjugés – sur la façon de conduire, l’image des “gens de la ville”, des “locaux”, ou de ceux qu’on imagine hors de leur territoire.

En quelques chiffres, on attribue une identité supposée à un conducteur : pressé, lent, touriste, local, “du coin”, “de passage”… La plaque agit alors comme un déclencheur de récits, de petites rivalités et de connivences immédiates. C’est minuscule, mais socialement très chargé.

Le SIV : une réforme administrative vécue comme un choc symbolique

À la fin des années 2000, l’État réforme le système avec le SIV (Système d’immatriculation des véhicules). Désormais, le numéro est attribué à vie au véhicule, et non plus au département. Sur le papier, c’est une modernisation. Dans les imaginaires, c’est une rupture.

La disparition du lien direct entre plaque et territoire a suscité une forte opposition : à l’époque, un sondage IFOP indiquait que 7 Français sur 10 y étaient défavorables. Preuve que l’immatriculation dépassait largement sa seule fonction administrative. Résultat : un compromis. Depuis 2009, le numéro est national, mais chacun peut choisir librement le département affiché sur la partie droite de sa plaque d'immatriculation.

Bon à savoir

Si vous pouvez choisir librement le numéro de département affiché sur votre plaque d'immatriculation, l’identifiant territorial doit être le même à l’avant et à l’arrière du véhicule. Autre point important : il est interdit de coller un insert décoratif par-dessus, à la place de l’identifiant territorial officiel.

Pourquoi certains départements deviennent des “best-sellers”

Le choix de ce numéro n’a rien d’anodin. Certains départements deviennent de véritables favoris : la Haute-Savoie (74), par exemple, figurait parmi les plus demandés, bien au-delà de son poids démographique, selon une étude eplaque.fr de 2021.

Ce succès dit quelque chose de très français : on n’affiche pas seulement un lieu, on affiche aussi une aspiration. La montagne, une certaine idée de la qualité de vie, un imaginaire résidentiel… La plaque devient alors un micro-signe social autant qu’un signe d’appartenance.

Un code très français… pas si européen

Ce rapport affectif à la plaque n’est pas universel. En Europe, les logiques varient : en Allemagne, la plaque débute par une lettre correspondant au district d’immatriculation. En Italie et en Espagne, le système est aujourd’hui national et ne comporte plus d’indication territoriale visible. En Suisse, à l’inverse, la plaque est attachée au propriétaire, dans son canton.

Autrement dit, derrière un objet en apparence standardisé, chaque pays projette une vision différente du lien entre individu, territoire et administration.

La pop culture s’en mêle

La pop culture s’empare elle aussi de ces codes. En France, impossible de ne pas penser à la saga de films Taxi, un exemple parmi d’autres : le 13 n’y est pas un détail de décor, c’est presque un personnage. Une signature visuelle, un morceau de folklore local.

Ce que nos plaques racontent (vraiment)

Aujourd’hui encore, choisir un numéro de département sur sa plaque revient souvent à afficher une fidélité, une nostalgie ou un désir. Son département “réel”, son département d’origine, son département de cœur : derrière ce petit badge bleu, il y a une part de biographie.

Preuve qu’en matière d’automobile, les détails ne sont jamais neutres : ils racontent notre rapport au territoire, aux autres, et un peu à nous-mêmes.

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