Longtemps, le design automobile s’est raconté au masculin. Pourtant, plusieurs femmes ont contribué à façonner des modèles devenus cultes. Leur influence a souvent été décisive, bien que méconnue. Détails iconiques, expérience à bord, nouvelles façons de penser la voiture : retour sur trois pionnières qui ont marqué l’histoire de l’automobile.
Quand on pense à la Volkswagen Golf GTI, on imagine souvent une compacte sportive au tempérament affirmé. Pourtant, plusieurs des éléments devenus iconiques de la voiture ont été imaginés par une femme : Gunhild Liljequist. Arrivée chez Volkswagen en 1964, cette designer allemande participe dans les années 70 à la création de deux détails mythiques : le motif « tartan » des sièges et le fameux pommeau de levier de vitesse en forme de balle de golf. Preuve de la force de ces éléments : cinquante ans plus tard, la Golf GTI existe toujours et le motif tartan reste l’un de ses marqueurs les plus reconnaissables. Le pommeau balle de golf, quant à lui, restera surtout associé aux premières générations du modèle, avant de disparaître peu à peu avec l’évolution des intérieurs et la généralisation des boîtes automatiques.
Le musée PS.SPEICHER en Allemagne met en avant le travail de Gunhild Liljequist avec les séries spéciales Volkswagen, les couleurs, les matières et les teintes qui ont façonné l’identité visuelle de plusieurs générations de modèles. L’exposition consacrée à son parcours est à découvrir jusqu’à l’automne 2026.
En 1983, Emeline King entre chez Ford et devient la première femme noire à occuper un poste de designer au sein du constructeur américain. Quelques années plus tard, elle participe au design intérieur de la Ford Mustang « SN95 », nouvelle génération de ce modèle sportif iconique, longtemps associé à un imaginaire très masculin et à la culture « muscle car » aux États-Unis. Ergonomie, sensation d’espace, confort, rapport aux commandes ou ambiance générale : l’habitacle participe pleinement à la personnalité d’une voiture. À travers ce travail, Emeline King contribue elle aussi à façonner l’expérience Mustang.
Dans son autobiographie What Do You Mean a Black Girl Can’t Design Cars?, Emeline King revient sur son parcours chez Ford et les obstacles qu’elle a rencontrés en tant que femme noire dans l’industrie automobile américaine des années 80-90.
Dans les années 1990 chez Renault, Anne Asensio fait partie des rares femmes à occuper un poste important dans le design automobile. À une époque où le monospace séduit surtout les grandes familles, elle pilote le développement du concept-car Scénic présenté en 1991, avec l’idée de transposer cet esprit pratique dans un format plus compact et plus accessible.
Le futur Renault Scénic va contribuer à démocratiser une nouvelle manière de penser la voiture familiale : plus conviviale, plus modulable et davantage centrée sur la vie à bord. Une approche qui rencontrera un immense succès commercial dans les années 1990 et 2000 et donnera naissance à une nouvelle catégorie automobile : les monospaces compacts. Anne Asensio poursuivra ensuite sa carrière chez General Motors, notamment aux États-Unis, où elle dirigera le design avancé de plusieurs marques du groupe. Une reconnaissance internationale qui amènera même le journal Le Monde à la qualifier en 2010 de « papesse » du design automobile.