Sur la Route des phares dans le Finistère, une étape offre un décor particulièrement étonnant. À la pointe Saint-Mathieu, un phare de 37 mètres se dresse juste à côté des ruines d'une ancienne abbaye. Une proximité qui ne doit rien au hasard : bien avant la construction du phare actuel, des moines éclairaient déjà les marins depuis ce site.
Quand les moines guidaient les marins
« L'abbaye a été initialement construite au XIe siècle, c'est ce qu'on a de plus ancien archéologiquement parlant sur le territoire », explique Alexandre Czapla, médiateur patrimoine au phare Saint-Mathieu.
Au cœur des ruines se trouve notamment une ancienne tour. « C'est une tour qui a été construite au XIIIe siècle par les moines et qui mesurait une quarantaine de mètres de hauteur. Donc à peu près comme le phare actuel, qui mesure 37 mètres », poursuit-il. Cette tour avait une fonction bien particulière : elle permettait aux moines d'entretenir un feu destiné aux navigateurs. « C'était la tour à feu de l'abbaye, "tour-tan" en breton, qui signifie littéralement "tour feu". Les moines montaient au sommet et allumaient un feu pour éclairer la pointe Saint-Mathieu », raconte Alexandre Czapla.
Le phare Saint-Mathieu est l'un des phares les plus spectaculaires de la Route des Phares. ©Roole L'objectif était déjà celui d'un phare moderne : permettre aux marins de se repérer dans une zone délicate. « Ça permettait aux bateaux qui empruntaient ce chemin-là, le chenal du Four entre les îles et le continent, d'être éclairés à la pointe Saint-Mathieu. C'était l'ancêtre du phare. »
Peut-on vraiment parler du « premier phare de France » ?
« On pourrait même dire que le premier phare de France a été construit ici », avance Alexandre Czapla. En réalité, il s'agit du premier feu du Finistère. La tour d'Ordre de Boulogne-sur-Mer, édifiée par les Romains au Ier siècle, est quant à elle considérée comme le premier phare attesté sur les côtes françaises.
La particularité de Saint-Mathieu est donc ailleurs : pendant plusieurs siècles, un édifice religieux a rempli ici une fonction comparable à celle d'un phare, avant que la signalisation maritime moderne ne prenne le relais.
Les ruines de l'abbaye donnent un charme inégalable au phare Saint-Mathieu. ©Roole Un phare construit dans le prolongement de l'abbaye
« C'est un feu qui a perduré jusque dans les années 1830. Ensuite, les conditions n'étaient plus optimales pour garder un feu, donc la tour a été démantelée et le phare Saint-Mathieu a été construit en remplacement », explique Alexandre Czapla.
Le phare que l'on peut admirer aujourd'hui est mis en service en 1835. Haut de 37 mètres, il perpétue ainsi, à quelques mètres des ruines de l'abbaye, une fonction exercée sur cette pointe depuis plusieurs siècles.
Pour (re)découvrir la Route des Phares, retrouvez notre documentaire consacré à cette route impressionnante :