Depuis le 1er janvier 2026, plus de 7,3 millions de trajets covoiturés ont été enregistrés en France par l’Observatoire national du covoiturage. Leur distance moyenne atteint 22 kilomètres, pour une durée de 22 minutes. Les pics observés à 7 heures et 17 heures confirment le poids des déplacements domicile-travail dans ce total.
Entre le 1er janvier et le 18 septembre 2026, cinq villes se démarquent et dominent le classement : Beauvais, Saint-Denis de La Réunion, Montpellier, Paris et Marseille. Un palmarès à lire comme une photographie du covoiturage organisé : il additionne les trajets sans les rapporter à la population et ne prend en compte que ceux déclarés par les plateformes partenaires. Ils représenteraient environ 4 % de la pratique totale.
54 % des trajets enregistrés font moins de 20 kilomètres et les trois quarts ne dépassent pas 30 kilomètres.
Beauvais, la gratuité comme accélérateur
La première place du classement revient à Beauvais (Oise), avec 170 531 trajets covoiturés recensés. Une première place qui doit beaucoup à la politique menée par la communauté d’agglomération, avec la solution BlaBlaCar Daily : le trajet est intégralement pris en charge pour le passager dès lors que son point de départ ou d’arrivée se situe dans le Beauvaisis. Le conducteur, lui, reçoit une indemnisation.
Cette gratuité pour les passagers favorise l’adoption du covoiturage dans un bassin qui mêle ville moyenne, communes rurales et zones d’activité. Le service vise d’ailleurs directement les trajets domicile-travail. Les entreprises locales sont invitées à encourager la pratique auprès de leurs salariés.
Saint-Denis de La Réunion, au cœur des déplacements domicile-travail
Pour la deuxième place de ce classement, direction l'océan Indien, à Saint-Denis de La Réunion, où 139 673 trajets ont été enregistrés depuis le début de l'année. La position de la capitale réunionnaise s’explique en premier lieu par la forte dépendance automobile sur l’île. En 2021, 83 % des Réunionnais qui se déplaçaient pour aller travailler utilisaient leur voiture.
Saint-Denis concentre un quart des emplois de l’île. Chaque jour, 21 900 actifs venant d’une autre commune y arrivent en voiture. À ces flux s’ajoutent 27 800 déplacements automobiles réalisés à l’intérieur de cette commune très étendue.
Le lancement, en avril 2026, d’un dispositif régional avec Karos a rendu le covoiturage plus attractif. Le conducteur perçoit 1,75 euro jusqu’à 20 kilomètres, puis 0,10 euro par kilomètre supplémentaire. Le passager paie 50 centimes jusqu’à 25 kilomètres. Cette aide contribue probablement à la forte progression de Saint-Denis, mais aussi de Saint-Pierre et du Tampon dans les données nationales.
Paris, malgré l’abondance des transports collectifs
La capitale française se place en troisième position du classement, avec 138 127 trajets effectués. Cette place peut surprendre au regard du réseau dense de métros, de trains et de bus que l'on y trouve. Mais un covoiturage enregistré à Paris peut commencer ou se terminer dans une commune périphérique beaucoup moins bien desservie.
Une analyse publiée par l’Observatoire montre ainsi que seuls 7,7 % des covoiturages étudiés en Île-de-France relient deux points situés à moins d’un kilomètre d’une gare. En tenant compte de la qualité réelle de la desserte, seuls 3 % de ces trajets covoiturés pourraient concurrencer les transports collectifs. Le covoiturage sert surtout à rejoindre une gare, à relier des secteurs périphériques ou à disposer d’une solution de secours lorsque le réseau est perturbé.
Depuis le 3 mars 2025, la Ville de Paris a mis en place une voie de covoiturage sur le boulevard périphérique.
L’Île-de-France soutient également financièrement la pratique. Depuis 2021, 11 millions de trajets passagers ont été subventionnés. Les abonnés Navigo peuvent notamment bénéficier de deux covoiturages offerts par jour avec le service régional.
Montpellier, plusieurs années de trajets subventionnés
En quatrième position du classement, on trouve Montpellier (Hérault) et ses 136 552 trajets enregistrés entre le 1er janvier et le 18 septembre. À Montpellier, le covoiturage a longtemps bénéficié d’une politique locale très favorable. Entre 2021 et 2026, la Métropole a pris en charge les trajets des passagers, notamment dans les secteurs moins bien desservis par les transports collectifs. En 2024, 321 000 covoiturages avaient été enregistrés sur BlaBlaCar Daily.
Ce dispositif particulièrement avantageux a toutefois pris fin le 31 juillet 2026. Depuis le 1er août, la tarification nationale de BlaBlaCar Daily s’applique. Le passager paie le prix fixe de 1,50 euro jusqu’à 15 kilomètres. Entre 15 et 80 kilomètres, le tarif est de 0,10 euro par kilomètre à partir du premier kilomètre. Le conducteur reçoit au minimum 1,50 euro pour les 15 premiers kilomètres, puis 0,10 euro par kilomètre supplémentaire, dans la limite de 8 euros.
Marseille, une ville étendue et des trajets subventionnés
Enfin, à la cinquième place du classement, avec 129 285 trajets, on trouve Marseille (Bouches-du-Rhône), où la pratique répond à une autre réalité géographique. La commune est très étendue et les réseaux de métro et de tramway desservent surtout les secteurs centraux. Pour relier des quartiers périphériques, des communes voisines ou les zones d’activité métropolitaines, la voiture reste souvent difficile à remplacer.
La Métropole Aix-Marseille-Provence encourage le covoiturage avec Karos. Les conducteurs reçoivent 2 euros par passager pour un trajet compris entre 5 et 20 kilomètres, puis 0,10 euro par kilomètre au-delà. L’aide métropolitaine est plafonnée à 3 euros par trajet et par passager. Pour les abonnés aux transports métropolitains, les covoiturages sont gratuits jusqu’à 30 kilomètres. Les autres passagers paient 50 centimes.
Les aides financières font décoller la pratique
Les cinq villes de ce top présentent des profils très différents, mais toutes bénéficient ou ont bénéficié d’un soutien financier de la collectivité. Si les aides ne créent pas à elles seules le besoin de covoiturer, elles rendent toutefois la pratique suffisamment attractive pour convaincre conducteurs et passagers de se lancer.
Les analyses publiées en juin 2026 par l’Observatoire national du covoiturage le montrent. Dans le Genevois français (Haute-Savoie), la réduction des incitations a ralenti l’arrivée de nouveaux utilisateurs et diminué les distances parcourues. Le nombre de trajets chute également lorsque les conducteurs atteignent leur plafond d’aide.
Un pic du covoiturage en France fin 2024
Les campagnes longues laissent néanmoins davantage de traces. Après la fin de certains financements, les territoires ayant maintenu leurs aides dans la durée comptabilisent encore jusqu’à sept fois plus de trajets par habitant que ceux n’ayant proposé aucune incitation. À l’échelle nationale, le nombre de covoiturages avait culminé à 1,58 million en décembre 2024, dernier mois du bonus pouvant atteindre 100 euros, avant de retomber à 770 390 en juillet 2026, selon Roole Data.
- ↑ : Observatoire national du covoiturage
- ↑ : Davantage de trajets entre communes, plus souvent en voiture ; Déplacements domicile-travail à La Réunion - Insee, octobre 2024.
- ↑ : La Réunion y roule ek Karos ! Le service de covoiturage de la Région Réunion - Région Réunion, avril 2026.
- ↑ : Top 10 des trajets les plus covoiturés - Observatoire national du covoiturage, septembre 2018.
- ↑ : Covoiturage : une solution en plus contre l'envolée des prix du carburant, des trajets offerts pour les abonnés Navigo - Île-de-France Mobilités, avril 2026.
- ↑ : Montpellier, leader du covoiturage en Occitanie - Montpellier Mediterrannée Métropole, août 2025.
- ↑ : Le covoiturage, un service bon pour le pouvoir d’achat et la planète - Métropole Aix-Marseille-Provence.
- ↑ : Analyse n°4 - Comment pérenniser les usages dans le temps ? - Observatoire national du covoiturage, juin 2026.