Après avoir dépassé les 2 euros au printemps et diminué en juin, le prix moyen du gasoil est reparti à la hausse depuis le mois de juillet. Le 15 septembre 2026, il s’affichait à 2,33 euros le litre en moyenne en France. Depuis plusieurs jours, une projection largement relayée dans les médias estimait qu’il pourrait atteindre 2,53 euros d’ici à la mi-octobre.
Ce chiffre précis peut donner l’impression qu’une nouvelle hausse est déjà programmée, mais il correspond au résultat d’un modèle statistique établi à partir des informations disponibles au moment du calcul. Il ne s’agit ni d’une annonce du gouvernement ni d’un tarif que les stations-service seraient certaines d’afficher dans un mois.
Une projection réalisée par un acteur privé à partir de données gouvernementales
Le chiffre de 2,53 euros provient de Chiffrex, un service privé spécialisé dans l'analyse de données publiques. Ses projections sont hébergées sur data.gouv.fr et reprises notamment par Roole Data et de nombreux médias.
La publication de ces prévisions sur data.gouv.fr ne signifie pas qu’elles ont été calculées ou validées par l’État. La plateforme accueille aussi des jeux de données produits par des entreprises, des associations ou des particuliers.
Les prix réellement constatés proviennent, eux, du système officiel prix-carburants.gouv.fr. Les stations-service transmettent leurs tarifs au gouvernement, qui les met à disposition en open data. Chiffrex exploite ces relevés avant de produire ses propres estimations, à des horizons allant de 1 à 31 jours.
Graphique de l'évolution des prix des carburants et leurs projections. ©Roole Data
« Le modèle principal est un ensemble de deux algorithmes, pondérés à 50/50 », explique à Roole Média Alexis Rarchaert, fondateur de Chiffrex. « Ils ont été entraînés à partir de l’historique des prix à la pompe, du cours du pétrole, du taux de change entre l’euro et le dollar et de données calendaires, comme les vacances scolaires ou les prévisions de trafic de Bison Futé », précise-t-il.
Le cours du Brent joue un rôle central, mais le pétrole brut ne représente que 20 à 30 % du prix final.
Le système intègre également un « score d’actualité ». Un programme parcourt les informations publiées en ligne et leur attribue une note comprise entre -1 et +1 selon leur influence potentielle sur les prix. Ce mécanisme peut permettre au modèle de réagir à une évolution du contexte géopolitique une fois les premiers signaux apparus. Il ne peut toutefois pas connaître à l’avance un événement imprévisible.
Si le modèle principal ne produit pas de résultat jugé suffisamment récent ou fiable, un modèle de secours prend le relais. Celui-ci applique une logique mathématique, en prenant en compte le cours du baril de pétrole et en calculant le délai de répercussion à la pompe. Chaque méthode est pondérée selon sa fiabilité historique.
Les 2,53 euros correspondent donc au résultat obtenu par ce système pour la mi-octobre. Ils ne reposent pas sur la seule projection de la hausse récente du Brent.
Pour le 15 octobre 2026, Chiffrex projette également un SP95-E10 à 2,31 euros le litre et un SP98-E5 à 2,43 euros (projection du 15 septembre 2026).
Une fiabilité plus difficile à mesurer à un mois
Selon Alexis Rarchaert, les 366 prévisions évaluées entre le 8 et le 14 septembre ont affiché un taux d’erreur de 2,14 %. « Sur cette même période, l'erreur moyenne était de 0,58 % à J+3, 1,68 % à J+7 et 9,19 % à J+31 », détaille-t-il.
Plus l’échéance s’éloigne, plus les événements susceptibles de modifier la trajectoire sont nombreux. Une estimation à trois jours repose sur un environnement proche de celui observé au moment du calcul. À un mois, l’évolution du conflit au Moyen-Orient, du cours pétrole ou du taux de change devient beaucoup plus difficile à anticiper. « À J+31, l'écart moyen entre la prévision et le prix réel est de 0,20 €/L, contre seulement 0,01 €/L à J+3 », affirme le fondateur de Chiffrex.
Les 2,50 euros seront-ils vraiment atteints ?
Un litre de gasoil à plus de 2,50 euros reste un scénario possible. Mais rien ne permet d’affirmer qu’il sera atteint. Une baisse du Brent, un renforcement de l’euro, une diminution des coûts de raffinage, une opération commerciale des distributeurs ou une intervention des pouvoirs publics pourraient encore modifier la trajectoire.
En résumé, cette projection n’est pas une boule de cristal. La projection donne une indication sur la tendance et l’ordre de grandeur possibles, mais elle ne doit pas être interprétée comme l’annonce du prix futur du gasoil.