Affirmer que l’extraction des métaux critiques nécessaires à la fabrication des batteries et moteurs électriques est plus polluante que celle du pétrole est une idée trop simpliste : on ne compare pas des réalités homogènes. Les métaux critiques regroupent une grande variété de matériaux, extraits et raffinés selon des procédés très différents. « En fait, c’est très compliqué de comparer ces deux types d’extraction », explique Marine Hautsch, chargée de projet à l’Institut mobilité en transition. « Selon les matériaux critiques, on va avoir différentes techniques d’extraction et de raffinage. »
Surtout, la notion de pollution recouvre plusieurs réalités « selon qu'on regarde l’impact sur le climat, sur les sols, sur l’eau ou sur l’air. Il est donc compliqué de les comparer », poursuit l'experte.
Deux filières à fort impact environnemental
Les études internationales confirment cette complexité. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) souligne que l'extraction de matériaux critiques est très gourmande en énergie et constitue une source d’émissions non négligeable, mais avec des niveaux très variables selon les métaux et les procédés. L'institution rappelle notamment que « la teneur en métal de nombreux minerais est très faible », ce qui implique de traiter de grandes quantités de roche. L’AIE insiste aussi sur les impacts environnementaux associés à l’extraction : certaines exploitations peuvent nécessiter d’importantes quantités d’eau et générer des dizaines de milliards de tonnes de déchets miniers chaque année, avec des risques de pollution des sols et des cours d’eau.
Même s'ils sont de nature différente, la production de pétrole pose également des problèmes environnementaux majeurs. L'extraction du pétrole et surtout son raffinage génèrent d’importantes émissions de polluants. À l’échelle mondiale, le raffinage du pétrole représente à lui seul environ 6 % des émissions industrielles de gaz à effet de serre. Il est aussi responsable d’émissions de dioxyde de soufre, d’oxydes d’azote et de composés organiques volatils, qui dégradent la qualité de l’air et affectent la santé humaine.
Surtout, contrairement aux métaux utilisés dans les batteries, le pétrole continue de générer des émissions de CO2 lorsqu'il est utilisé comme carburant. C'est pourquoi il faut dépasser la seule question de la production et regarder l’ensemble du cycle de vie des véhicules.
Raisonner à l'échelle du cycle de vie
Les études convergent sur ce point : « Un véhicule électrique acheté aujourd’hui va émettre 3 à 4 fois moins de gaz à effet de serre qu’un véhicule thermique sur l’ensemble de son cycle de vie », rappelle Marine Hautsch.
D'après une étude publiée début juillet 2025 par l’International Council on Clean Transportation (ICCT), une voiture électrique utilisée et rechargée en France émet même jusqu'à 5 fois moins de CO2 qu'un modèle thermique sur l'ensemble de son cycle de vie, malgré un surcoût carbone à la fabrication lié à la batterie. Autrement dit, même en tenant compte de l’extraction des métaux, le bilan reste largement en faveur de l’électrique.
Le recyclage des métaux : la vraie différence
La véritable rupture entre métaux critiques et pétrole tient en réalité à leur usage. « Ces matériaux-là, on les extrait une fois et ensuite on peut les réutiliser, on peut les recycler », souligne Marine Hautsch. « Tandis que pour les carburants fossiles, on va devoir extraire du pétrole continuellement. C’est une course infinie pour plus de ressources. »
C’est un point clé. Le pétrole est brûlé et disparaît définitivement, libérant dans l'atmosphère le carbone qu'il contenait sous forme de CO2… À l’inverse, les métaux peuvent rester dans une boucle de réutilisation. Si le recyclage progresse rapidement, il ne permet toutefois pas encore de se passer totalement de nouvelles extractions. La demande liée à la transition énergétique continue d’augmenter et les filières de recyclage sont encore en cours de développement.
Selon l’Agence internationale de l’énergie, le recyclage des métaux critiques pourrait néanmoins réduire de 25 à 40 % les besoins en nouvelles extractions à long terme. En Europe, les projections de Transport & Environnement vont encore plus loin : en intégrant les rebuts de production, les matières recyclées pourraient couvrir jusqu’à 40 % de la demande européenne dès 2030, et près des deux tiers à l’horizon 2040.
À court terme, la forte croissance des véhicules électriques implique nécessairement une hausse de la demande en matières premières. Mais à mesure que les volumes disponibles au recyclage augmenteront, une part croissante des besoins pourra être couverte par des matériaux déjà en circulation, contrairement aux énergies fossiles qui nécessitent une extraction continue de nouvelles ressources.
Peut-on donc dire que l'extraction des métaux critiques est plus polluante que celle du pétrole ? Non. Les deux activités ont des impacts environnementaux importants mais de nature différente, ce qui rend la comparaison difficile. Et lorsqu'on raisonne à l'échelle du cycle de vie des véhicules, le bilan climatique reste largement favorable à l'électrique.