À Dunkerque, dans la vallée de la batterie, un immense projet industriel sort actuellement de terre, porté par une co-entreprise réunissant le groupe français Orano et le groupe chinois XTC New Energy. Ce site baptisé Neomat ambitionne de recycler entre 15 000 et 20 000 tonnes de métaux issus des batteries de nos véhicules électriques d'ici 2031.
Cette « black mass », du nom que l'on donne à la poudre noire composée d'un concentré de métaux obtenu lors du broyage et du traitement des batteries usagées, est au centre de toutes les attentions politiques et économiques.
La France et d'autres pays européens misent beaucoup sur le recyclage des métaux critiques contenus dans les batteries pour sortir de la dépendance aux exportations chinoises sur ces matières premières indispensables à la transition écologique. Actuellement, la Chine raffine 40 % de la production mondiale de cuivre, 60 % du nickel et plus de 90 % du graphite et des terres rares. Cette filière de recyclage représente un enjeu de souveraineté considérable pour l'Europe.
« Tous les éléments constitutifs d'une batterie sont récupérables et recyclables : lithium, cobalt, nickel…», assure Laurent Perron, coordinateur de projet automobile au sein du think tank The Shift Project. « Ça constitue un point assez fondamental de l'électrification : on va pouvoir entrer dans une économie circulaire ».
La plupart des métaux d'une batterie sont récupérés grâce à l'hydrométallurgie, une technique d'extraction et de purification des métaux par voie liquide. Le minerai broyé ou le déchet est mis en contact avec une solution aqueuse (acide, basique ou chlorurée) pour dissoudre sélectivement le métal recherché.
À ce stade, malgré le projet de Neomat à Dunkerque et l'existence d'autres acteurs de la vallée de la batterie comme l'entreprise française Battri, qui a ouvert ses portes en 2025, le recyclage de la « black mass » reste encore une filière émergente en France.
« Les filières industrielles ne sont pas complètement en place, tout simplement parce qu'il n'y a pas suffisamment de batteries à recycler aujourd'hui. Le parc automobile électrique français est encore trop jeune. L'âge moyen de mise à la casse d'un véhicule en France avoisine désormais les 19 à 20 ans, et la durée de vie des batteries est plus longue que ce qu'on imaginait, donc ça va retarder un peu la sortie du parc des batteries », poursuit l'expert. D'ici 10 ans, Maxime Trèves, le dirigeant de Battri, estime qu'il y aura 1,5 million de tonnes de batteries à recycler chaque année en Europe.
Pour encourager la consolidation d'une filière du recyclage sur le vieux continent, la Commission européenne a fixé des seuils minimums obligatoires de récupération des métaux contenus dans les batteries. D’ici 2031, les recycleurs devront extraire au moins 95 % du cobalt, du cuivre, du nickel et du plomb présents dans les batteries usagées et 80 % du lithium, un métal plus difficile à recycler.
Cette réglementation prévoit aussi des proportions de matériaux recyclés à respecter lors de la fabrication de nouvelles batteries, avec deux paliers : dès 2031 (16 % de cobalt, 6 % de lithium, 6 % de nickel, 85 % de plomb), puis à partir de 2036 (26 % de cobalt, 12 % de lithium, 15 % de nickel, 85 % de plomb).
Avant l'étape du recyclage, il existe d'autres façons de réutiliser des batteries qui ne sont plus assez performantes pour l'automobile, c'est-à-dire qui affichent un SOH inférieur à 70 %, comme l'expose Laurent Perron : « Ces batteries, on peut les utiliser pour du stockage stationnaire d'électricité, par exemple pour stocker le surplus de production des énergies renouvelables ».