À Chemillé-en-Anjou dans le Maine-et-Loire, une association citoyenne baptisée Atout Vent a créé et structuré un groupe d’autopartage entre particuliers. Le principe est simple : plusieurs habitants mettent en commun des véhicules pour en faire profiter un collectif d’utilisateurs. Une initiative inspirante pour les habitants de territoires ruraux.
Cinq véhicules pour 20 habitants
Au départ, l’association Atout Vent a expérimenté l’autopartage avec une voiture électrique acquise dans le cadre d’un projet de parc éolien. Progressivement, l’idée d’élargir le parc s’est imposée. « Il y a pas mal de particuliers qui se sont rendu compte qu’ils avaient une voiture qui roulait peu et qui pouvait être partagée », explique Thomas Béziat, coordinateur d’actions pour la transition écologique chez Atout Vent.
L’objectif : optimiser l’usage de véhicules souvent sous-utilisés et permettre à d’autres habitants d’y accéder ponctuellement. Désormais, le groupe d’autopartage est composé d’une vingtaine de personnes, qui se partagent l’usage de cinq véhicules correspondant à des usages différents : deux citadines électriques, une citadine thermique, un véhicule familial et un utilitaire.
Simplicité, transparence et budget maîtrisé
L’organisation de ce groupe d’autopartage est simplifiée par l’application Coloc’Auto, un outil développé par l’entreprise coopérative Mobicoop. Sur l’interface, les utilisateurs peuvent consulter les disponibilités, réserver un véhicule et suivre les dépenses en temps réel. « L’application calcule automatiquement le coût selon le nombre de kilomètres parcourus. On est à 0,22 euro du kilomètre », détaille Momo, utilisatrice régulière du service. Carburant, assurance, entretien : tout est intégré et visible. « Les tarifs sont transparents, ça me rassure de savoir ce que je paie. »
Cet usage partagé permet de réduire significativement le budget automobile. Pour certains, l’impact est même décisif. François a ainsi choisi de se séparer d’une voiture : « Financièrement, c’est avantageux. Et je voulais aussi avoir moins d’impact sur l’environnement », partage-t-il. Les propriétaires aussi y trouvent leur compte. Christelle, par exemple, qui ne conduit plus sa voiture en raison d'un handicap, met désormais sa voiture à disposition : « J’aurais pu la vendre, mais elle est utilisée par d’autres, notamment par mes amis quand j'ai besoin d'aller quelque part. Et je me suis dit : “pourquoi pas la mettre en autopartage” ? »
Selon le ministère de la Transition écologique, une voiture particulière reste stationnée plus de 90 % du temps. L’autopartage permet d’optimiser son usage tout en limitant le nombre de véhicules en circulation.
Une communauté fondée sur la confiance
Au-delà de l’aspect pratique, l’autopartage repose aussi sur une dimension humaine forte. Le fonctionnement s’appuie sur la confiance entre les membres, qui se connaissent et échangent régulièrement. « C’est avant tout un groupe de confiance », souligne Momo. « C’est important de se connaître quand on partage des véhicules. »
Le groupe se réunit de temps en temps pour accueillir les nouveaux membres ou faire évoluer le service. « On boit un coup, on mange un petit truc… Ça fait vraiment une petite communauté de partage », raconte François.
Un modèle qui gagne du terrain partout en France
L’initiative de Chemillé-en-Anjou est loin d’être isolée. Partout en France, notamment en zone rurale, des communautés similaires émergent. « On a des groupes dans la Somme, l’Aveyron, la Drôme… C’est une vraie lame de fond », observe Bénédicte Rozes, présidente de Mobicoop. Initialement, l’objectif était d’atteindre une centaine de communautés. Il est aujourd’hui largement dépassé. Selon Mobicoop, plus de 160 groupes d’autopartage citoyen utilisant l’outil Coloc’Auto sont recensés en France à ce jour.
Derrière cette dynamique, une transformation plus profonde se dessine. « Le rapport à la voiture est en train d’évoluer : on passe de la propriété à l’usage », analyse Bénédicte Rozes. Et sur le terrain, le message est clair : « On nous dit parfois qu’on est contre la voiture, mais en milieu rural, on sait qu’on en a besoin », insiste Thomas Béziat. « On n’est pas contre la voiture, on est contre le fait d’être seul dans sa voiture. »