À Castanet-Tolosan, près de Toulouse, amiGo s’impose comme un véritable laboratoire de mobilité. À l’origine du projet, Franck Derache, fondateur d’amiGo, s’interroge sur l’évolution de l’automobile : « Pourquoi les voitures sont devenues si grosses, si lourdes, si technologiques ? ». Séduit par le concept minimaliste de la Citroën Ami, il en acquiert une fin 2024. Alors qu’il souhaite la prêter, il se heurte à des contraintes inattendues : « J’ai été confronté à des sujets assurantiels et pratiques : les plateformes classiques de location entre particuliers excluent ces voiturettes », explique-t-il. De cette limite naît l’idée d’amiGo, qui ambitionne de structurer le partage de voitures sans permis.
Du laboratoire local au service opérationnel
Lancée en 2025 sous une forme associative, amiGo démarre avec deux véhicules loués de manière artisanale. « On a testé pendant six mois pour voir s’il y avait un besoin », explique le fondateur.
Le test est concluant. Aujourd’hui, la flotte compte 15 voitures (des Citroën Ami et des Fiat Topolino), majoritairement d’occasion. « On a structuré l'offre avec une assurance flotte et un vrai cadre juridique », précise-t-il. Le service couvre déjà 36 communes de la Communauté d’Agglomération de Toulouse Sud-Est (Sicoval), et compte une quarantaine d’utilisateurs depuis le lancement.
Des locations de deux mois en moyenne
Contrairement aux services classiques de location et de location entre particuliers, amiGo mise sur des locations de moyenne durée, pour répondre à des besoins concrets et souvent urgents. « En moyenne, les usagers louent une voiturette pour deux mois. Les utilisateurs s’approprient la voiture… et sont un peu tristes quand ils la rendent », observe Franck Derache.
Deux profils d’usagers se dessinent : ceux qui ont perdu leur permis temporairement, et ceux qui n’ont pas les moyens de le passer. Dans les deux cas, le besoin est immédiat : travailler, se former, se déplacer au quotidien.
Un modèle solidaire pour rendre la mobilité accessible
Le tarif est fixé à 10,90 euros par jour, soit un peu plus de 300 euros par mois. « Ça reste beaucoup », reconnaît Franck Derache. Mais le cœur du projet repose sur la recherche d’un équilibre économique : « Les locations dites "de confort”, pour des personnes qui ont perdu leur permis, permettent de financer une partie des locations “sociales” », explique le fondateur.
Concrètement, les clients qui paient un tarif proche du marché contribuent à réduire le coût pour les publics en difficulté. L’objectif est clair : proposer à terme une offre autour de 200 euros par mois pour les profils les plus fragiles. « C’est un choix volontaire pour rendre le service accessible », insiste Franck Derache, qui cherche désormais des financements publics et privés pour renforcer ce modèle.
Les voitures sans permis sont accessibles dès 14 ans avec le permis AM.
Un modèle appelé à se déployer ailleurs
Fort de ses premiers résultats, amiGo commence à s’exporter. Des expérimentations d'autopartage ont déjà lieu dans des petites communes de la Communauté d’Agglomération, et d'autres projets sont en cours d'étude dans plusieurs grandes agglomérations françaises. « On veut essaimer le modèle au niveau national », affirme Franck Derache, tout en continuant à tester localement de nouveaux usages.
Mais amiGo n’est que la première brique d’un projet plus global. En parallèle, Franck Derache et les bénévoles de l'association développent Raymoove, une plateforme nationale dédiée à la location de voitures sans permis. « L’idée est d’identifier toute l’offre existante et de la rendre visible pour ceux qui en ont besoin », explique-t-il. Déjà en ligne sous forme d’annuaire, Raymoove devrait devenir une plateforme complète de réservation d’ici fin 2026.