Près de Millau, ils ont troqué leur voiture contre un véli : un an après, quel bilan ?

Entre le vélo et la voiture, les véhicules intermédiaires promettent une mobilité plus sobre et moins coûteuse. Mais sont-ils vraiment adaptés à la vie rurale ? À Millau et sur le plateau du Larzac, trois volontaires ont testé ces engins pendant plusieurs mois. Nous les avons recontactés pour savoir ce qui a vraiment changé dans leur quotidien.

Eva Gomez journaliste pour le média Roole
Eva Gomez
Publié le 27/02/2026 à 11h05

Temps de lecture : 9 min

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Les véhicules intermédiaires peuvent-ils répondre aux besoins de mobilité en milieu rural ? ©Roole

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En France, la voiture représente 18 % des émissions de CO₂, selon le ministère de la Transition écologique1↓. Alors que 86 % des ménages possèdent au moins un véhicule, de plus en plus d’automobilistes s’interrogent : peut-on réellement se passer d’une voiture pour les trajets domicile-travail ou les loisirs quand on vit en zone rurale ou périurbaine ?

Le véhicule intermédiaire comme alternative à la voiture

Parmi les alternatives émergentes, les véhicules légers intermédiaires – aussi appelés « vélis » – cherchent leur place. Ces engins électriques à deux, trois ou quatre roues s’intercalent entre le vélo à assistance électrique et la petite voiture. À Millau (Aveyron), l’association In’VD (« innovation véhicules doux ») pilote depuis 2023, avec le Parc naturel régional des Grands Causses, une expérimentation locale baptisée Vitamines12. « On fait tester une dizaine de modèles très différents, du vélo à 45 km/h à la petite voiture électrique limitée à 90 km/h, en passant par des prototypes carrossés à quatre roues », explique Julien Salès, qui supervise le dispositif. Chaque participant teste deux véhicules, pendant un mois chacun, après une journée de formation lors de laquelle il reçoit des rappels sur le code de la route, des conseils de conduite, et peut en tester plusieurs sur une piste d’essai. En février 2025, nous avions rencontré trois de ces testeurs, au moment où ils se lançaient. Fin 2025, nous les avons recontactés pour tirer un premier bilan.

Sur le Larzac, le défi du dénivelé et des longues distances

Au Caylar, sur le plateau du Larzac, Benoît cherchait une alternative pour aller faire ses courses à Lodève, malgré 400 à 500 mètres de dénivelé. Son premier essai, un speed bike roulant jusqu’à 45 km/h, ne l’a pas convaincu. « À l’aller ça va, mais au retour, je l’ai trouvé assez peu performant pour remonter jusqu’au plateau. » La météo pluvieuse du printemps a aussi limité son usage de ce vélo. Surtout, le véhicule ne répondait pas à ses besoins. En cause : une capacité de chargement insuffisante pour les courses et le transport de matériel, ainsi qu'une impossibilité d’envisager les 70 kilomètres qui le séparent de Montpellier, où il se rend régulièrement.

En campagne, on a souvent besoin de transporter des charges. J’aimerais tester un petit véli utilitaire qui a une capacité de chargement.

Benoît,
participant à l'expérimentation Vitamines12.

En revanche, l’essai d’une Citroën Ami lors du second mois de l’expérimentation s’est révélé plus pertinent pour ses trajets vers Lodève. « Pour les courses et les services, c’est très pratique. On est au sec, ça se recharge sur une prise classique. » Mais le temps de parcours triple, la voiturette n’étant pas autorisée sur l’autoroute : il faut quinze minutes en voiture classique, contre trois quarts d’heure à une heure avec l’Ami. « Je suis retraité donc ce n’était pas un problème, mais il faut en tenir compte », souligne-t-il. Pour Benoît, l’Ami semble davantage correspondre à un usage urbain ou périurbain. Mais il ne renonce pas pour autant aux véhicules intermédiaires : « En campagne, on a souvent besoin de transporter des charges. J’aimerais tester un petit véli utilitaire adapté, avec une vraie capacité de chargement », confie-t-il.

À Millau, un déclic pour abandonner la voiture en ville

Flora, qui habite à Millau et travaille à 35 kilomètres, envisageait de tester une petite voiture électrique pour se sentir en sécurité sur un axe fréquenté. Mais son premier essai tourne court : le modèle testé n’est pas assez puissant pour gravir la pente d’accès à son garage et permettre la recharge. Elle se rabat alors sur un speed bike pendant un mois. « Je ne l’ai pas utilisé pour aller travailler, mais pour tout le reste, je n’ai plus pris ma voiture. Courses, loisirs, sorties… J’ai fait énormément de choses », partage-t-elle. L’expérience agit comme un déclencheur : depuis, elle a investi dans un vélo à assistance électrique.

« Je n’utilise plus du tout ma voiture dans Millau, sauf pour aller travailler ou pour des trajets très spécifiques. » Équipé de sacoches et d’un panier, son vélo lui permet de transporter jusqu’à 30 kilos. Elle souligne aussi un sentiment de sécurité accru en ville : « À 25 km/h, on ne va pas beaucoup moins vite que les voitures limitées à 30 km/h. On se fait moins doubler et on se sent plus légitime sur la chaussée. » Pour les trajets plus lointains, faute de transports en commun adaptés, elle continue d’utiliser sa voiture, mais essaie de recourir davantage au covoiturage.

Bon à savoir

Entre 1999 et 2019, dans les territoires ruraux français, la distance médiane domicile-travail a augmenté de 4,4 km, pour atteindre 12,5 km (source : Insee).

Entre plaisir de conduite sur les petites routes et stress sur les nationales

Installée à une vingtaine de minutes de Millau, avec environ 500 mètres de dénivelé, Laëtitia a testé une Citroën Ami pendant un mois. Pour ses trajets quotidiens, la petite voiture s’est révélée adaptée… à condition d’anticiper. « Il me fallait environ 60 % de batterie pour monter chez moi. Mais en descente, elle se recharge, donc je pouvais faire l’aller-retour avec une organisation adaptée. » Pour les déplacements locaux – école, médecin, activités – elle se dit satisfaite. « Même à 45 km/h, sur une dizaine de kilomètres, on ne perd pas tant de temps que ça », reconnaît-elle. Le silence du moteur électrique et la vitesse limitée à 45 km/h a aussi changé son rapport à l’environnement : « J’ai vu plein d’animaux que je ne vois jamais en voiture à cause du bruit », observe-t-elle.

Le principal point noir, selon elle, reste la cohabitation sur les routes nationales. « Avec les camions et le trafic dense, c’est stressant. Je me mettais au centre de la voie pour éviter les dépassements dangereux. » Paradoxalement, lors d’un voyage itinérant à vélo, elle s’est sentie davantage respectée par les automobilistes. « Quand on a une carrosserie, les autres usagers sont moins prudents », a-t-elle remarqué. Pour améliorer la cohabitation, elle suggère davantage d’aménagements : « Il y a déjà des panneaux qui indiquent que des véhicules innovants sont en test. Peut-être faudrait-il des marquages au sol, comme pour les vélos. »

Une solution complémentaire à la voiture ?

Un an après le début de leur expérimentation, aucun des trois volontaires n’a totalement abandonné la voiture thermique. Mais tous ont revu leurs habitudes et identifié des usages précis où ces véhicules plus légers trouvent pleinement leur place, y compris en territoire rural. « Le but de l’expérimentation est justement de permettre aux gens de voir s’ils pourraient se passer d’au moins une de leurs voitures », conclut Julien Salès. L’expérimentation a amené ces trois volontaires à remettre en question leur usage de la voiture et, parfois, à décider de la laisser au garage.

(Re)voir notre documentaire « Veni Vidi Véli : un avenir possible pour la mobilité du quotidien ? »

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