Pollution due au trafic routier : l’Île-de-France respire mieux... mais pas encore assez !

Bien que la qualité de l’air en Île-de-France se soit nettement améliorée au cours des vingt dernières années, le trafic routier demeure une source majeure de pollution atmosphérique. Le renouvellement du parc automobile et les politiques publiques, comme la mise en place de Zones à faibles émissions (ZFE), ont contribué à cette amélioration, mais des efforts importants restent à accomplir pour atteindre les objectifs de santé publique.

Eva Gomez journaliste pour le média Roole
Eva Gomez
des voitures dans un embouteillage à l'entrée du périphérique parisien
50% des émissions d’oxydes d’azote (NOx) et 16% des émissions de particules fines en Île-de-France sont dues au trafic routier. ©Roole

En vingt ans, la qualité de l’air respiré par les Franciliens s’est nettement améliorée : entre 2012 et 2022, la concentration annuelle moyenne de dioxyde d’azote (NO2) a diminué de 40 % et celle de particules fines a baissé de plus de 30 %. Au cours des vingt dernières années, les émissions de ces deux polluants ont été réduites de 55 % en moyenne, en particulier le long des axes routiers.

En Île-de-France, 50 % des émissions d’oxydes d’azote (NOx) et 16 % des émissions de particules fines sont dues au trafic routier.

Le seul polluant pour lequel les niveaux de concentration stagnent depuis 20 ans est l’ozone de basse altitude. Si l’amélioration globale de la qualité de l’air préserve la santé des habitants de la région, ils sont encore plus de 7 900, chaque année, à décéder de façon prématurée en raison de la pollution atmosphérique (source : Observatoire régional de santé).

Bon à savoir

Depuis la promulgation de la loi sur l’air et l’utilisation rationnelle de l’énergie en 1996, la surveillance de la qualité de l’air est confiée aux AASQA (associations agréées de surveillance de la qualité de l’air). En Île-de-France, il s’agit d’Airparif.

Evolution de la concentration annuelle moyenne en NOx dans la Métropole du Grand Paris. ©Metropole Grand Paris/Airparif
Evolution de la concentration annuelle moyenne en NOx dans la Métropole du Grand Paris. ©Metropole Grand Paris/Airparif

Zone à faibles émissions : un dispositif efficace depuis 2019

Ces résultats encourageants sont, en partie, dus à la mise en place de politiques de lutte contre la pollution liée au trafic routier qui représente, à lui seul, en Île-de-France, 50 % des émissions d’oxydes d’azote (NOx) et 16 % des émissions de particules fines. L'instauration d'une Zone à faibles émissions mobilité (ZFE-m) dans le Grand Paris, en 2019, a interdit la circulation des voitures les plus polluantes dans 77 des 131 communes de la métropole : « Sur les 42 % de baisse des émissions d’oxydes d’azote (NOx), dues au trafic routier entre 2017 et 2023, 6 % seraient attribuables à la ZFE-m », précise Airparif, l'association de surveillance de la qualité de l’air en Île-de-France. Concernant les particules fines, « 3 % de baisse des émissions seraient liées à la mise en place de la ZFE-m sur les 32% constatées ».

Bon à savoir

11 % des décès qui surviennent chaque année en Île-de-France sont dus à la pollution atmosphérique. On estime, en moyenne, que chaque adulte vivant en Île-de-France perd 10 mois d’espérance de vie.

L’interdiction depuis le 1er janvier 2025 des véhicules Crit’Air 3 dans le périmètre de la ZFE devrait permettre, d'après l’association de surveillance de la qualité de l’air, d’obtenir des diminutions d’émissions de polluants encore plus importantes. « Selon les estimations d’Airparif, le plein respect de ces restrictions entraînerait une diminution (…) de 14 % des émissions d’oxydes d’azote (NOx) dues au trafic, soit -4 % des émissions totales ; et de 13 % des émissions de particules fines (PM2.5), soit -1 % des émissions totales ».

Normes Euro, renouvellement du parc et recul du diesel 

Bien que la ZFE-m ait contribué à une réduction notable des émissions (6 % de la baisse totale des NOx et 3 % des particules fines), elle ne représente qu'un levier parmi d’autres pour lutter contre la pollution. Antoine Trouche, ingénieur chez Airparif, souligne que « la mise en place des normes Euro et le remplacement des vieux véhicules par des modèles plus récents et moins polluants sont cruciaux pour la réduction des émissions ».

Bon à savoir

Les normes Euro imposent aux constructeurs qui mettent de nouveaux véhicules sur le marché européen, des émissions de polluants de plus en plus faibles. Actuellement, c'est la norme Euro 6 qui est en vigueur.

« Il y a de moins en moins de véhicules diesel dans le parc global. Leur proportion, qui a culminé à 57,3 % en 2015, est en recul permanent depuis », confirme la direction régionale de l’environnement dans un rapport de septembre 2021. Malgré tout, cette motorisation reste majoritaire : en 2021, 49,7 % du parc de voitures particulières franciliennes étaient des véhicules diesel, 48,2 % des véhicules essence et 2,1 % des véhicules à motorisation alternative (électrique, hybride rechargeable, GPL…). « La proportion de véhicules à motorisation alternative (qui augmentait d’environ 2 % par an jusqu’en 2014, puis de 11 % à 14 % entre 2015 et 2019) a cru de près de 50 % en 2020 », précise le rapport. Si on compare les émissions de NOx et de PM2,5 (particules de diamètre inférieur ou égal à 2,5 microns) des véhicules non classés avec celles des véhicules Crit’Air 1, on prend conscience de l’importance du renouvellement du parc automobile : une voiture diesel non classée émet, en moyenne, 682 mg/km de NOx et 122 mg/km de PM2,5, alors qu’une automobile à essence Crit’Air 1 émet, en moyenne, 41 mg/km de NOx et 15 mg/km de PM2,5 (source : Airparif). Les effets combinés de l’évolution des normes Euro, du renouvellement naturel du parc automobile et de l’incitation par la ZFE au remplacement des véhicules polluants par des modèles moins émissifs, expliquent cette amélioration globale de qualité de l’air.

Autre constat qui joue sur la diminution de la pollution atmosphérique liée au trafic routier : sur les 20 dernières années, le nombre moyen de kilomètres effectués en véhicule motorisé a diminué de 25 % sur la zone Paris-petite couronne. Dans Paris intra-muros, ce nombre moyen de kilomètres effectués a même diminué de 50 %. À l'évidence, les habitants de la métropole du Grand Paris utilisent de moins en moins leur voiture pour se déplacer, privilégiant des modes de transport alternatifs moins polluants tels que le covoiturage, les transports en commun et les mobilités douces.

Bon à savoir

En 2021, 66 % des véhicules du parc francilien étaient classés Crit’Air E, 1 ou 2, contre 57 % au niveau national (source : Direction régionale et interdépartementale de l'environnement, de l'aménagement et des transports d’Île-de-France).

Des concentrations toujours au-dessus des seuils réglementaires

Toutefois, malgré la nette amélioration constatée, il reste encore du chemin à parcourir pour atteindre les seuils réglementaires applicables en 2030 et même davantage pour se conformer à ceux recommandés par l’OMS. « Les valeurs limites réglementaires fixées par l’UE et la France ne sont toujours pas respectées sur tout le territoire alors qu’elles devaient l’être depuis 2008. La France a d’ailleurs été condamnée plusieurs fois pour cela », rappelle Antoine Trouche.

En 2025, 4,5 millions de Franciliens sont encore exposés à un air qui dépasse les valeurs limites réglementaires applicables à horizon 2030.

Antoine Trouche,
ingénieur chez Airparif.

Les centrations en polluants mesurées à Paris en comparaison avec les seuils réglementaires 

Oxydes d’azote (NOx)

Particules fines PM2,5

Mesures dans Paris intra-muros en 2023

De 28 à 38 µg/m3

10 µg/m3

Mesures aux abords des grands axes routiers de la Métropole du Grand Paris en 2023

50 µg/m3

Non précisé

Seuil réglementaire actuel

40 µg/m3

25 µg/m3

Seuil réglementaire 2030

20 µg/m3

10 µg/m3

Recommandation de l’OMS

10 µg/m3

5 µg/m3

En 2023, la totalité des Parisiens respiraient un air dont les concentrations en dioxyde d’azote (NO2) ne respectaient pas la valeur limite réglementaire exigée en 2030. Ils étaient également 900 000 à être exposés à des concentrations en particules fines PM2,5 ne respectant pas non plus la réglementation 2030. « En 2025, 4,5 millions de Franciliens sont encore exposés à un air qui dépasse les valeurs limites réglementaires applicables à horizon 2030. Les seuils de l’OMS sont, quant à eux, dépassés partout en Île-de-France », conclut l’ingénieur d’Airparif.

Bon à savoir

Les villes d’Europe où les concentrations en particules fines étaient les moins élevées en 2024 sont situées en Finlande (Kittilä), au Royaume-Uni (Dunblane) et au Luxembourg (Diekirch) (source : Statista/IQAir).

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