Renoncer à se rendre chez le médecin en voiture, à un entretien d'embauche ou à une fête de famille pour économiser quelques euros de carburant et réussir à boucler les fins de mois : cette réalité touche près d'un Français sur deux.
Au cours de l’année écoulée, 14 % des Français ont fait une croix sur un rendez-vous médical en raison de difficultés de transport et 10 % ont renoncé à un emploi, une formation ou un entretien d'embauche faute de pouvoir s'y rendre. Ces chiffres alarmants ont été publiés le 17 septembre dans le quatrième baromètre des mobilités du quotidien, réalisé par Ipsos pour l'association Wimoov, qui accompagne au quotidien 30 000 personnes en difficulté de mobilité.
Les familles monoparentales particulièrement touchées
Selon une autre étude d'opinion, réalisée par l'institut Bona Fidé pour Roole, 36 % des 1 373 intérimaires interrogés ont déclaré avoir fait une croix sur plusieurs déplacements professionnels en raison de la hausse des prix du carburant. Et 24 % des chômeurs n'ont pas pu se rendre à un rendez-vous d'embauche ou chez France Travail pour la même raison.
Au total, Wimoov souligne que 48 % des Français ont annulé un déplacement important pour eux sur les cinq dernières années, en raison de difficultés à se déplacer, soit en raison du coût du trajet, soit à cause de l'impossibilité technique de le faire : voiture en panne, absence de transports en commun… Cette proportion atteint 62 % dans les familles monoparentales et 63 % chez les personnes vivant sous le seuil de pauvreté.
En France, 17 millions de personnes ont du mal à se déplacer
« Dans un contexte d'inflation et d'explosion des prix du carburant, la dépendance à la voiture pèse de plus en plus lourd dans le budget quotidien, avec 17 millions de personnes dans ce pays qui connaissent d'importantes difficultés pour se déplacer, souligne Sébastien Bailleul, directeur du plaidoyer et porte-parole de Wimoov. Derrière, cela entraîne un cercle vicieux de précarisation, qui alimente lui-même les tensions sociales, comme on l'a vu au moment des Gilets jaunes. »
54 % des automobilistes interrogés dans le baromètre des mobilités du quotidien déclarent qu'ils réduiraient leur utilisation de la voiture en cas de hausse du prix du carburant de 30 centimes. Cette projection est devenue réalité : entre janvier et septembre, le litre de SP95 (E10) a augmenté de 0,48 euro, tandis que le gasoil s'est envolé de 0,71 euro sur la même période.
Évolution des prix des carburants en France. ©Roole data
« Ces difficultés de mobilité ressenties ne sont plus seulement la conséquence de la fragilité économique des ménages : elles en deviennent également une cause directe. Faute de pouvoir absorber la hausse du coût des carburants, les ménages modestes sont de plus en plus conduits à arbitrer entre mobilités, alimentation, énergie, chauffage ou santé », explique Wimoov dans cette quatrième édition de son baromètre des mobilités du quotidien.
Des aides publiques mal ciblées
Alors qu'elle pourrait être une solution pour alléger leur facture sur le long terme, la voiture électrique reste encore largement inaccessible pour une grande partie de la population. Selon les chiffres de Wimoov, seules 9 % des personnes vivant sous le seuil de pauvreté ont déjà obtenu une aide visant à faciliter le passage à un véhicule plus propre. Un chiffre qui tombe à 6 % si l'on parle des habitants des zones rurales.
L'étude de l'institut Bona Fidé pour Roole a posé la question aux personnes sondées : « selon vous, quelles seraient les mesures les plus efficaces sur le volet automobile pour faciliter l'accès à l'emploi ? » À 42 %, les actifs interrogés ont répondu que des aides financières à l'acquisition de véhicules d'occasion à destination des plus précaires seraient la meilleure solution. Arrivent ensuite des aides financières pour aider à passer le permis et des aides pour la réparation de son véhicule en cas de problème.