53 pays font
un pas de plus vers la voiture autonome
Lâcher le volant
sur l’autoroute et laisser sa voiture rouler toute seule : ce sera possible
en France le 1er septembre prochain - sous certaines conditions - grâce à une
modification de la Convention de Vienne de 1968, qui régit la circulation
routière et rend désormais possible la conduite autonome de niveau 3. Pour
cela, il a fallu que 53 pays - dont de nombreux pays européens, France incluse
– adoptent le 14 janvier dernier un amendement, entré en vigueur le 14 juillet
2022. En France, le décret autorisant la conduite autonome de niveau 3, paru au
Journal officiel en juillet 2021, prendra effet à partir du 1er septembre 2022.
L’amendement adopté par les 53 pays signataires modifie l’article 34 et crée
l’article 34 bis, qui indique que « l’exigence selon laquelle tout véhicule ou
tout ensemble de véhicules en mouvement doit avoir un conducteur est réputée
satisfaite lorsque le véhicule utilise un système de conduite automatisé ». Une
voiture n’a donc plus besoin de conducteur pour rouler sur la route !
Passer du
niveau 2 au niveau 3
Jusqu’à présent,
de nombreux pays européens, dont la France, autorisaient la conduite autonome
de niveau 2. C’est le cas lorsque la voiture utilise en même temps le
régulateur de vitesse adaptatif et l'assistance au maintien dans la voie. Dans cette
configuration, l’ordinateur de bord est capable de prendre en charge seul la
direction, l’accélération et le freinage, à condition que le conducteur garde
les mains posées sur le volant, les pieds sur les pédales et son attention sur
la route.
Le niveau 3 va
un cran plus loin dans l'autonomie. Il repose sur les mêmes technologies (le régulateur adaptatif et l'aide au maintien dans la voie), mais le conducteur peut lâcher le volant dans certaines
conditions. Impossible toutefois d’en profiter pour faire une petite sieste !
Le système demandera en effet au pilote d’intervenir quand il rencontre un
scénario complexe, ce qui signifie que la personne au volant doit toujours porter une certaine attention et être prête à reprendre le contrôle du véhicule
à n’importe quel moment. En cas de non réponse, la voiture ira se garer toute seule
sur le bas-côté.
Les 6 niveaux d’autonomie
Niveau 0 - Aucune automatisation | Le conducteur contrôle tout. |
Niveau 1 - Conduite assistée | Le conducteur garde la main sur le volant et regarde la route pour toutes les opérations de conduite mais peut se faire assister par l’ordinateur de bord pour gérer la vitesse (régulateur de vitesse adaptatif) ou la direction (aide au maintien de la trajectoire) mais pas les deux en même temps. |
Niveau 2 - Automatisation partielle | Le conducteur garde la même attention mais les assistances peuvent désormais agir en même temps sur la direction et sur l'accélération ou le freinage. |
Niveau 3 - Semi-autonomie (sous conditions) | La conduite est déléguée dans des situations prédéfinies comme sur l'autoroute ou les voies rapides (maximum 60 km/h). Le conducteur peut alors lâcher le volant et les pédales à condition de rester derrière le volant et d’être en mesure de reprendre les commandes à tout moment. |
Niveau 4 - Quasi-autonomie | Ce très haut niveau d’automatisation permet au conducteur de ne plus avoir à prendre le volant sur certaines portions de routes délimitées (sur l’autoroute mais pas sur les petites routes par exemple). Le volant reste obligatoire en cas de situations très particulières (conditions météo extrêmes) ou pour les phases d’approche. La France autorise actuellement des expérimentations de niveau 4 sur routes ouvertes mais uniquement pour des navettes passagers (type Navya ou EasyMiles). |
Niveau 5 - Véhicule totalement autonome | C’est le Graal attendu : l’automatisation est complète et ceci du départ à l’arrivée, quelles que soient les conditions de trafic, routes ou situations. Mais personne ne connaît le jour où ce niveau d'autonomie sera atteint et s’il le sera vraiment. |
Des conditions d’utilisation très spécifiques
Les conditions
d’utilisation sont toutefois encore très singulières, si bien que peu
d’automobilistes seront en mesure de tester ce dispositif. L’usage du niveau 3
n’est en effet autorisé que sur des voies interdites aux piétons et aux
cyclistes, dont le comportement, parfois très imprévisible, s’accommode mal
d’un ordinateur de bord habitué à prendre en compte les voitures, les camions
ou les motos.
La route doit
également être dotée d’un séparateur central, comme le sont la rocade de Bordeaux
ou le périphérique parisien par exemple. De plus, réglementation internationale
oblige, la voiture ne pourra pas rouler à plus de 60 km/h. Même si cette
vitesse pourra être amenée à progresser par la suite, elle n’est pas forcément
adaptée aux voies rapides en France (le plus souvent limitées à 90 km/h, 110
km/h ou 130 km/h).
Ainsi, dans
l’immédiat, l’usage du niveau 3 sera surtout dédié à ceux qui voudraient se
détendre quelques instants en cas de ralentissement ou d’embouteillage. À
condition toutefois de pouvoir débourser plus de 100 000 € pour l'un des deux modèles proposant la conduite autonome de niveau 3. Mercedes est aujourd'hui le seul
constructeur à pouvoir proposer sur le marché européen deux véhicules homologués
de niveau 3, grâce à son « Drive Pilot ». Chez la concurrence, BMW annonce un
premier modèle pour 2023, Peugeot pour 2024, et Tesla, dont l’Autopilot est
souvent épinglé, s’arrête pour l’instant au niveau 2.
Le
constructeur est responsable en cas d’accident
Imaginons qu’un
accident se produise alors que l’ordinateur gère lui-même la manœuvre. Qui en
est responsable : le conducteur ou bien le constructeur ?
Le Code de la
Route a tranché : ce sera le constructeur. Le nouvel article L123-2, en vigueur
depuis le 16 avril 2021, stipule que « pendant les périodes où le système de
conduite automatisé exerce le contrôle dynamique du véhicule conformément à ses
conditions d’utilisation, le constructeur du véhicule (…) est pénalement responsable
des délits d’atteinte involontaire à la vie ou à l’intégrité de la personne (…)
lorsqu’il est établi une faute ». Et en cas d’infraction, comme un excès
de vitesse, le constructeur devra mettre la main à la poche puisqu’il est
également « redevable pécuniairement de l'amende
encourue ». Pour parer à tout litige, une boîte noire, prévue dans
l’habitacle, pourra être interrogée pour repérer qui était réellement aux
commandes lors de l’infraction ou de l’accident.