Permis de conduire : le financement via le CPF désormais réservé aux demandeurs d’emploi
Le budget 2026 acte un changement majeur dans le financement du permis de conduire. Le gouvernement a décidé de recentrer le Compte personnel de formation (CPF) sur les seuls demandeurs d’emploi et de supprimer l’aide spécifique accordée aux apprentis, excluant de fait une large partie des jeunes et des actifs.

Depuis 2019, le Compte personnel de formation (CPF) peut être utilisé pour financer une formation au permis de conduire, sous réserve que celui-ci contribue à un projet professionnel. Le permis B, dont le coût moyen est estimé entre 1 400 euros et 2 000 euros selon les auto-écoles et régions, figure aujourd’hui parmi les usages les plus fréquents du CPF .
Bon à savoir
La formation au permis de conduire de catégorie B représente près de 23 % de l’ensemble des formations CPF démarrées en 2023, selon la Dares, le service statistique du ministère du Travail.
Le CPF désormais réservé aux demandeurs d’emploi
Jusqu’à présent, les actifs, travailleurs âgés de plus de 16 ans (15 ans pour les apprentis) pouvaient utiliser leurs droits CPF pour payer une partie du coût du permis B. Mais l’article 81 du PLF 2026, inscrit dans le volet dépense et adopté via l'article 49.3, vise à modifier l’éligibilité du permis de conduire au financement via le CPF. Cette possibilité de financement est désormais réservée aux demandeurs d’emploi, inscrits à France Travail.
Suppression de l'aide aux apprentis
L’article 80 du PLF 2026, intitulé « suppression de l'aide au permis de conduire apprentis » prévoit également la suppression de l'aide de 500 euros réservée à ce public. Ce coup de pouce est jugé redondante avec d’autres dispositifs de soutien financier, tels que le permis à 1 euro par jour et les aides locales.
« Cet article vise à supprimer cette aide forfaitaire, dans un objectif de rationalisation des aides à l’apprentissage et de limitation des effets d’aubaine, peut-on lire dans le projet de loi. En effet, cette aide induit une rupture d’égalité vis-à-vis des autres étudiants qui n’en bénéficient pas et n’est ni conditionnée au niveau de ressources de l’apprenti, ni ajustée en fonction des autres aides qu’il perçoit. Au surplus, ce dispositif se superpose avec de nombreux dispositifs existants par ailleurs, financés notamment par les collectivités territoriales ou par l’État. »
Pourquoi le gouvernement veut recentrer le CPF ?
Avec cette réforme, le gouvernement entend réorienter l’usage du CPF vers des formations directement liées aux parcours professionnels, comme les bilans de compétences ou les projets de reconversion. Cette restriction s’appuie sur un amendement défendu au Sénat par le sénateur Xavier Iacovelli (Renaissance). L’objectif, selon lui, est de maintenir le bilan de compétences parmi les actions éligibles au CPF et d’en assurer le financement. « Le rôle des bilans de compétences est primordial » pour accompagner les reconversions professionnelles, soulignait-il, dans les colonnes du Figaro.
La colère des professionnels du secteur
Cette double mesure - suppression de l’aide aux apprentis et limitation du CPF au seul public des demandeurs d’emploi - suscite de vives critiques dans le milieu des professionnels du secteur. Certains parlent d’une double peine pour les jeunes et les actifs, qui devront désormais financer eux-mêmes un permis souvent hors de portée sans aide spécifique.
Au micro de franceinfo, Edouard Rudolf, vice-président de la Fédération des enseignants et auto-écoles d’avenir (Fenaa), évoque aussi une « bombe sociale ». L’association 40 millions d'automobilistes dénonce une mesure qui « frappe de plein fouet la France qui travaille, cotise, mais dépend de la voiture faute de transports collectifs. »



