Les roches rouges de l'Estérel, le vert du massif et le bleu turquoise de la Méditerranée : les paysages de la Corniche d'Or ne cessent d'impressionner les voyageurs. Dès la fin du 19e siècle, l'arrivée du chemin de fer permet de les découvrir plus facilement. Mais c'est surtout à partir de 1903, avec l'inauguration de la Corniche de l'Estérel, que ces panoramas deviennent accessibles et attirent de nombreux artistes en quête de nouveaux sujets.
Quand le paysage devient une œuvre à part entière
Les couleurs et la lumière de l'Estérel fascinent rapidement les peintres du début du 20e siècle. « Les artistes, au tournant du 20e siècle, veulent proposer une nouvelle esthétique et choisissent des thèmes jusqu'alors inexploités de cette manière-là, notamment les paysages », explique Marine Roux, directrice adjointe du musée des Beaux-Arts de Draguignan et commissaire de l'exposition Les Roches Rouges. « Jusque-là, les paysages étaient des cadres contextuels à une scène où il y avait des personnages. Au 20e siècle, cela change : le paysage devient le sujet en lui-même. Ainsi, l'Estérel et ses roches rouges deviennent un sujet autonome et n'ont besoin ni de figure humaine, ni de narration pour exister. »
Alors que les impressionnistes avaient trouvé leur inspiration sur les côtes normandes, les peintres postimpressionnistes se tournent davantage vers la Bretagne et le Sud de la France. « Les artistes vont à La Ciotat, à Saint-Tropez, à l'Estaque, qui sont alors de petits ports de pêche. Mais ils vont aussi dans l'Estérel, c'est moins connu », souligne Marine Roux.
Parmi leurs lieux de prédilection figure notamment le secteur de Camp Long sur la baie d'Agay, avec des points de vue qui dominent les roches rouges et la Méditerranée. « C'est un site coloré et flamboyant. Il a aussi une histoire particulière : ces paysages sont d'origine volcanique. Ils étaient associés à un territoire primaire, originel, qui n'aurait pas été altéré par la civilisation. »
Albert Marquet, Baie d’Agay, 1905, huile sur toile, 65,4 x 81,5 cm. Collection particulière. ©Artprice Maurice Eliot face aux roches rouges de l'Estérel
Le peintre Maurice Eliot notamment, a représenté le paysage depuis les pointes de Camp Long. Né à Paris en 1862, il a le vent en poupe au début du 20e siècle car il multiplie les disciplines : peinture, aquarelle, pastel, lithographie… Depuis son poste d’observation de Camp Long, il réalise deux peintures et un pastel. « Sur le pastel, il représente à la fois les rochers qui sont au bord de l’eau, et les paysages au loin, avec le Saint-Pilon, le pic du Cap Roux, le rocher de Saint-Barthélémy et la colline d’Anthéor », décrit Marine Roux.
Maurice Eliot, Les roches rouges à Agay, 1899, pastel sur toile, 54 x 65 cm, collection particulière. @1900sp La vue depuis les pointes de Camp Long, sur la baie d'Agay en 2026. ©Roole En un peu plus d’un siècle, mis à part les habitations qui ont fleuri, le paysage n’a pas changé. « On a toujours cette roche étincelante au milieu et en fin de journée. D’ailleurs, c’est le moment que les artistes privilégient, car la lumière est rasante », explique la commissaire d’exposition. « Maurice Eliot, justement, représente cette lumière sur les facettes de la roche. »
Henri Matisse parlait du « pays de Valtat »
Parmi les autres artistes venus s’inspirer des roches rouges, le plus renommé n’est autre que Louis Valtat, originaire de Dieppe et considéré comme le peintre emblématique de l’Estérel. « Aujourd’hui, on l’a un peu oublié car il n’est pas associé à un courant en particulier. Mais il découvre l’Estérel en 1897 et y construit sa maison deux ans après, juste en face de l’île des Vieilles », raconte Marine Roux. « Il y séjourne très régulièrement jusqu’en 1914 et y peint des dizaines de toiles, à tel point qu’Henri Matisse parlait de l'Estérel comme du pays de Valtat ».
Louis Valtat, Les Roches Rouges à Anthéor, 1901, huile sur toile, 60 x 80 cm, donation Adèle et George Besson (1963), Paris, Centre Pompidou, musée national d’art moderne, Centre de création industrielle, en dépôt à Besançon, musée des beaux-arts et d’archéologie, inv. DA.970.1.105 ©Besançon, musée des beaux-arts et d’archéologie – Photographie C. Choffet Pour (re)découvrir la Corniche d’Or et les paysages de l’Esterel, retrouvez notre documentaire consacré à cette route mythique :