En longeant la Méditerranée, la Corniche d’Or, inaugurée en 1903, traverse le massif de l’Estérel et ses célèbres roches rouges. Un décor unique façonné par une histoire géologique hors du commun, marquée par le volcanisme et la tectonique des plaques.
Tout au long de cette route, les reliefs de l’Estérel attirent le regard. Leur couleur rouge contraste avec le vert du massif et le bleu de la mer Méditerranée. Leur forme interpelle aussi, avec des pics, des dômes ou encore des aiguilles qui semblent plonger dans la mer. « Ce sont des roches volcaniques, c'est-à-dire d'anciennes laves qui se sont refroidies », explique Jean-Marc Lardeaux, géologue au laboratoire Géoazur de l'Université Côte d'Azur.
Ces roches portent un nom scientifique : les rhyolites. Leur couleur si particulière provient de l’oxydation du fer contenu dans la roche. Riches en silicium, elles étaient particulièrement visqueuses lorsqu’elles sont remontées à la surface. « C’est pour cela qu’elles ne se sont pas écoulées facilement et qu’elles ont formé des sortes d’aiguilles », précise le géologue.
Pour comprendre l’origine de ces paysages traversés aujourd’hui par la Corniche d’Or, il faut remonter très loin dans le temps. « Il y a 300 millions d'années, le visage de la Terre était très différent d'aujourd'hui. Il n'y avait qu'un seul supercontinent, que l'on désigne sous le terme de “Pangée” », explique Jean-Marc Lardeaux. Mais ce supercontinent finit par se fracturer sous l’effet des mouvements de la croûte terrestre. « Et au moment où ce continent éclate, le manteau terrestre est remonté. Et cette remontée a généré du magma ».
Dans ce qui deviendra plus tard l’Estérel, une intense activité volcanique se met alors en place. « Cet épisode volcanique est contemporain d'une modification de la géographie de la Terre absolument phénoménale », poursuit Jean-Marc Lardeaux. « C'est la plus grande crise biologique qu'ait connue notre planète : plus de 90 % des espèces vivantes disparaissent parce que la configuration des continents change, le climat change et le volcanisme amène du CO2 dans l'atmosphère », détaille-t-il. Il y a 280 à 260 millions d’années, ces vastes éruptions façonnent progressivement les paysages de l’Estérel, dont les roches rouges sont aujourd’hui l'emblème.
Sur cette Corniche sinueuse ornée de roches rouges aiguilleuses, on pourrait presque se croire en Corse : les panoramas de la Corniche d’Or évoquent en effet les paysages du Cap Corse ou des célèbres Calanques de Piana. Une ressemblance qui ne doit rien au hasard. « Ce sont les mêmes roches, elles ont le même âge et la même origine », affirme Jean-Marc Lardeaux.
L’explication se trouve une nouvelle fois dans la tectonique des plaques. Il y a environ 35 millions d’années, la Corse et la Sardaigne étaient encore rattachées au continent européen. Mais il y a environ 25 millions d’années, les mouvements des plaques tectoniques ont provoqué leur séparation. « Cela a permis l'ouverture du domaine océanique qui est devant nous : la mer Méditerranée », poursuit-il. Les roches présentes le long de la Corniche d’Or témoignent de cette histoire commune avec la Sardaigne et l’île de beauté. « Finalement, la Corse n'est indépendante que depuis peu de temps ! », plaisante Jean-Marc Lardeaux.
Les géologues peuvent reconstituer le puzzle formé par la Côte d’Azur, la Corse et la Sardaigne avant leur séparation. Les ensembles rocheux s’emboîtent alors presque parfaitement, preuve qu’ils appartenaient autrefois à un même territoire.