Routes fissurées, affaissements : après les maisons, la sécheresse menace directement les routes françaises
Fissures, affaissements, chaussées qui se disloquent : le retrait-gonflement des argiles (RGA), déjà responsable de milliards d'euros de dégâts sur les habitations, s'attaque aussi au réseau routier français. Un phénomène amplifié par le changement climatique, encore mal quantifié, mais que les collectivités locales commencent à prendre à bras-le-corps.
De nombreux Français font les frais du retrait-gonflement des argiles (RGA). Ce phénomène, qui consiste en une rétractation du sol en période de sécheresse suivie d'un gonflement au retour de l'humidité, provoque des mouvements de terrain et menace de fissurer 12 millions de maisons en France.
Avec les sécheresses à répétition, les dégâts sont devenus considérables. La seule sécheresse de 2022 a généré plus de 3,5 milliards d'euros d'indemnisations au titre du régime « catastrophe naturelle ».
Des affaissements des chaussées encore mal quantifiés
C’est moins connu du grand public, mais le RGA fissure aussi les routes. Contrairement aux logements, aucune statistique officielle n’existe encore à ce sujet.
Mais tous les mois les services techniques chargés de la voirie constatent de nouvelles fissures qui balafrent l’enrobé. Dans les cas les plus graves, certaines parties de la chaussée peuvent même s’affaisser complètement.
« Une fois qu’une fissure apparaît, l’eau s’infiltre très rapidement dans la chaussée et on constate une dégradation généralisée très rapide. Les revêtements routiers supportent très mal l’humidité », explique Mathieu Preteseille, ingénieur et porte-parole de l’Observatoire des routes sinistrées par la sécheresse. Crée en 2025, ce centre de recherche public1↓ ambitionne de mesurer l’ampleur du problème et d'y trouver des solutions techniques.
Un phénomène national : la France très exposée
Les nombreux bassins sédimentaires du sous-sol français rendent le pays très exposé au RGA. Concernant les routes, certains facteurs aggravent le risque, dont la présence de végétation aux abords des routes. « En pompant l’eau du sol, les arbres amplifient le retrait des argiles », explique Mathieu Preteseille.
« Le phénomène est national », poursuit le spécialiste. Mais certaines collectivités locales ont pris conscience du problème plus tôt que d’autres. EnHaute-Garonne par exemple, 300 kilomètres de routes sont potentiellement concernés par le RGA.
Les collectivités en action pour lutter contre ce phénomène accidentogène
Pour lutter contre le RGA, les collectivités cherchent des solutions. Le Département de Haute-Garonne et l’Observatoire des routes impactées par la sécheresse ont décidé d’injecter du lait de chaux directement dans le sol argileux, afin de réduire la plasticité et le potentiel de gonflement des sols.
Dans le département du Nord, le linéaire de route touché par le RGA a été multiplié par dix entre 2021 et 2025. Certaines routes, comme la RD 956, ont vu des fissures de 3 cm apparaître en 2019 avant que la route ne s’affaisse de plusieurs centimètres en 2025.
Il faut dire qu'avec leur couche de fondation moins épaisse que celle des autoroutes ou des routes nationales, les chaussées des routes départementales et communales sont particulièrement exposées au RGA. Pour y remédier, les services techniques du Département du Nord ont opté pour l’imperméabilisation des accotements et l’installation de grilles métalliques sous la chaussée.
Le retrait-gonflement des argiles va être la première cause de dégradation des routes dans les années à venir.
Mathieu Preteseille, porte-parole de l'Observatoire des routes sinistrées par la sécheresse
Les collectivités locales qui gèrent ces réseaux sont aussi moins bien armées que les gestionnaires autoroutiers pour détecter le RGA. Bon nombre de fissures passent sous les radars des services communaux et départementaux.
Et ce n’est pas sans conséquence sur la sécurité routière : fissures et tassements différentiels peuvent causer des sorties de route, « plus spécifiquement pour les deux roues », précise Mathieu Preteseille.
Réparer mais aussi anticiper
Avec le changement climatique, le phénomène va s’accélérer. Pour le moment le RGA est la deuxième cause de dégradation des routes après les inondations.
« Mais il devrait passer premier dans les années à venir », poursuit Mathieu Preteseille. Pour avoir une meilleure connaissance de l’ampleur du désordre, l’Observatoire des routes impactées par la sécheresse ambitionne de former les patrouilleurs à la détection des fissures grâce à des systèmes d’imagerie 3D.
Face à l'ampleur du phénomène et à son accélération annoncée, l'enjeu n'est plus seulement de réparer, mais aussi d'anticiper. En rassemblant pour la première fois des données à l'échelle nationale, l'Observatoire des routes sinistrées par la sécheresse doit permettre aux collectivités de sortir de la gestion au coup par coup pour bâtir une véritable stratégie d'adaptation.
↑ : L'observatoire des routes impactées par la sécheresse a été crée par le Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema) et l'Institut des Routes, des Rues et des Infrastructures pour la Mobilité (IDRRIM)