Pour aider les aides à domicile à faire face à la flambée des prix des carburants, le Département de la Creuse a décidé d'agir. Le 28 mai dernier, Valérie Simonet, présidente du Conseil départemental de la Creuse a remis les clés de treize véhicules électriques à sept services d’autonomie à domicile actifs sur le territoire (ALIAD UNA, AGARDOM, LABEL VIE, ASSIF, ADEC, Horizon Limousin Service et O2).
Concrètement, le Département a subventionné l’achat de Citroën électriques à hauteur de 20 000 euros chacune, grâce à un financement de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA). Dans ce territoire rural, les aides à domicile peuvent rouler jusqu’à 150 kilomètres par jour pour se rendre chez les personnes âgées et les personnes en situation de handicap ou de fragilité qu'ils et elles accompagnent.
Faire sa tournée en une seule charge
Basée à Aubusson – 3 000 habitants – l'association d'aide à domicile AGARDOM a bénéficié de trois véhicules électriques de service à partager entre ses 300 salariés. « Comme on ne peut évidemment pas les proposer à tout le monde, on se sert de cette flotte électrique pour dépanner nos auxiliaires de vie quand leur véhicule personnel tombe en panne », explique Frédérique Rivalier, la directrice d'AGARDOM.
La portée sociale du dispositif reste limitée pour le moment mais permet de faire changer les représentations collectives autour du véhicule électrique : « Celles qui utilisent les voitures électriques voient qu'elles peuvent faire leur tournée en une seule charge », poursuit Frédérique Rivalier.
Dans un an, le Département a prévu de faire un premier bilan de ce dispositif, et notamment de la disponibilité des bornes de recharge. Le syndicat départemental des énergies de la Creuse doit réaliser une cartographie fine du territoire afin d'identifier de potentielles « zones blanches ».
Une façon de veiller à la continuité des soins
Pour le moment, la plupart des 300 salariés de l'AGARDOM et des autres structures d'aide à domicile du département continuent de rouler au gasoil. Elles sont remboursées aux frais kilométriques.
Cette dépendance à la voiture a conduit à l'explosion des coûts pour les services à domicile « sans que les tarifs des prestations ne soient ajustés en conséquence » s'est alarmée l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA). Une situation qui « met en péril la pérennité des structures et, in fine, la continuité des soins.»
Inflation des coûts d'entretien
Les professionnels qui utilisent leur véhicule personnel pour travailler souffrent aussi de la hausse des carburants. Le plus souvent, leurs trajets domicile-travail ne sont pas pris en charge par l'employeur.
Une partie des coûts d'entretien du véhicule peuvent être remboursés par l'employeur mais leur inflation pèse aussi sur le portefeuille des aides à domicile. Deux facteurs qui contribuent à rendre le métier moins attractif, alors qu'il est déjà pénible physiquement.
Une flotte de voitures hybrides
Pour recruter plus facilement et pérenniser l'équilibre financier du secteur, le Département de la Creuse planche sur le sujet de la mobilité des aides à domicile depuis 2022. Le Conseil départemental avait alors lancé une expérimentation inédite : la mise en disposition d’une flotte interdépartementale de véhicules de fonction hybrides, en partenariat avec Toyota.
Aujourd’hui, les services d’aide à domicile creusois disposent d’une centaine de voitures hybrides en contrat de location à 350 euros par mois, avec une contribution départementale de 100 euros par mois comprenant les frais de location et d’assurance.
Chez AGARDOM, une quarantaine d'auxiliaires de vie bénéficient de ces contrats de location. L'année prochaine, le Département songe à proposer des voitures électriques en leasing. Convaincus par le test des Citroën, certains salariés en ont fait la demande à leur direction.
Dans le sillage de la Creuse, de nombreuses initiatives similaires ont essaimé en France, formalisées dans la loi « Bien Vieillir » de 2024. Le texte prévoit une enveloppe nationale de 75 millions d’euros pour soutenir la mobilité des aides à domicile, sous condition d’acquisition de véhicules à faibles émissions.
- ↑ : https://ad-pa.fr/docs/communiques/2026/20260402102312-com-adpa-2026-04-02.pdf