Quand on parle de distraction au volant, on pense immédiatement au téléphone portable. Mais les écrans intégrés aux voitures modernes représentent aussi un danger. GPS, musique, climatisation… La manipulation de certaines commandes tactiles nécessite de quitter la route des yeux pendant plusieurs secondes. Un délai suffisant pour causer un accident.
Quand la voiture devient elle-même un distracteur
Dans les années 2010, l’ergonomie de nos habitacles a subi une vraie révolution. Auparavant, un conducteur pouvait régler la température ou changer de station de radio à l’aveugle grâce à une molette ou un bouton physique. Puis les écrans tactiles ont fait leur apparition. Ils ont peu à peu centralisé l’ensemble des commandes, du GPS à la musique, en passant par la climatisation et les aides à la conduite.
Cette révolution n’est pas qu’esthétique. Une commande physique bien positionnée permet de retrouver une fonction au toucher, sans avoir à regarder le tableau de bord. L’écran tactile, lui, peut obliger à détourner le regard de la circulation pour lire les informations affichées et repérer la bonne icône. Autant d’opérations qui mobilisent l’attention et détournent le regard de la route, comme lorsque vous utilisez votre smartphone.
Un temps d’inattention inégal selon les véhicules
Pour mesurer concrètement cet impact, le média automobile suédois Vi Bilägare a soumis plusieurs conducteurs à un test en 2022. Ils devaient exécuter une série d’actions courantes au volant de différents véhicules : activer le chauffage des sièges et le dégivrage, modifier la température, changer de station de radio, etc.
Le test a mesuré la distance parcourue avant que les conducteurs aient terminé ces manipulations :
- Au volant d’un véhicule ancien équipé de commandes 100 % physiques, comme une Volvo de 2005, les manipulations ont été effectuées sur une distance d’environ 306 mètres.
- Sur les modèles modernes testés, équipés d’écrans tactiles, les conducteurs ont parcouru en moyenne 756 mètres pour effectuer les mêmes opérations.
Les résultats variaient fortement selon les modèles. Il fallait parcourir 414 mètres au volant d’une Dacia Sandero, contre 1 372 mètres avec une MG Marvel R, pour effectuer les mêmes manipulations.
Selon les essais menés par le Centre technique d’Allianz (AZT), la conception de l’interface tactile peut faire varier jusqu’à 25 % le temps d'inattention à la route. Une interface mieux pensée permet ainsi de gagner environ trois secondes de regard détourné.
À 130 km/h, une voiture parcourt environ 36 mètres par seconde. Trois secondes représentent donc près de 108 mètres parcourus sans regarder directement la route.
Vers un retour aux commandes manuelles ?
Selon Allianz, les constructeurs automobiles ont un rôle à jouer dans la prévention de la distraction au volant. L’objectif n’est pas de supprimer les écrans tactiles, mais de concevoir des interfaces qui sollicitent le moins possible l’attention du conducteur. Plusieurs bonnes pratiques permettraient d’y arriver :
- Privilégier les commandes physiques pour les fonctions courantes ;
- Limiter les menus et les sous-menus ;
- Garder les fonctions essentielles immédiatement accessibles.
Ces recommandations rejoignent celles du programme européen Euro NCAP, qui évalue la sécurité des véhicules. Depuis 2026, l’accès à certaines commandes physiques fait partie des critères nécessaires pour obtenir cinq étoiles. Les fonctions essentielles, comme les clignotants, les feux de détresse ou les essuie-glaces, doivent pouvoir être actionnées au moyen de commandes physiques dédiées, ou être accessibles dans une zone fixe de l’écran.
Face aux risques d’accident et aux demandes de leurs clients, plusieurs constructeurs, comme Volkswagen, Hyundai ou Mercedes ont décidé de réintroduire les commandes physiques.
La distraction au volant, un phénomène plus important que prévu
Près d'un quart des accidents corporels intervenus en 2024 était lié à l’inattention du conducteur en France, d’après les statistiques du ministère de l’Intérieur. Selon l’étude menée par le Centre technique d’Allianz (AZT) et cogniBIT, ce chiffre est en réalité plus élevé. La distraction du conducteur serait soit un élément déclencheur, soit un élément aggravant dans un accident de la route sur trois.
Dans l’étude, pour un scénario simulé de freinage d’urgence sur l’autoroute, la proportion d’accidents était de 18,2 % chez les conducteurs attentifs contre 54,3 % chez les automobilistes distraits. Pour un scénario où un enfant s’engage brusquement sur la chaussée, le taux d’accident était trois fois plus important chez les automobilistes qui n’étaient pas attentifs (11,2 %, contre 3,9 %). Les personnes distraites n’ont tout simplement pas réagi dans 39 % de ces cas.
Enfin, les personnes distraites ont obtenu, dans des situations critiques, de moins bons résultats que des automobilistes présentant une alcoolémie simulée de 0,8 pour mille.