On y accède par une passerelle enjambant le canal, avant de tomber nez à nez avec sa spectaculaire façade vitrée, par laquelle on aperçoit un flot d’automobiles en suspension. Le Musée National de l’Automobile de Mulhouse entend bien marquer les esprits avant même que ses visiteurs aient atteint le hall d’entrée. Unique par le nombre de voitures exposées - près de 420, sans compter les 180 stockées dans la réserve -, ce lieu de culte à la mobilité sur quatre roues l’est également par son histoire. Ses initiateurs, Hans et Fritz Schlumpf, sont deux industriels franco-suisses qui ont fait fortune dans le textile. Très attachés à leur mère, mulhousienne, ils ont bâti leur empire industriel dans les environs. C'est dans une usine qu'ils ont acquise en 1957 à Mulhouse qu'ils ont commencé à entreposer leur précieuse collection, constituée à partir des années 60, qui deviendra un musée en 1982.
En 1977, la faillite du groupe textile des frères Schlumpf entraîne la découverte par les salariés de la collection jusqu’alors tenue secrète. Rebaptisé « Musée des travailleurs », le site est occupé pendant deux ans avant que l’État n’intervienne pour protéger ce patrimoine exceptionnel.
Une collection unique née d’une passion pour Bugatti
Fritz, le cadet des frères Schlumpf, pilote amateur et fan absolu de Bugatti dont il côtoie le fondateur, Ettore Bugatti, a commencé à accumuler quelques automobiles d’exception à une époque où les anciennes n’intéressaient pas grand monde. Sa boulimie d’achats démarre réellement dans les années 1960 et se prolonge jusqu’à la liquidation de la société en 1976. Au total, plus de 500 voitures sont ainsi acquises puis restaurées avant d’être entreposées dans l’usine désaffectée… avec une certaine prédilection pour les marques de prestige telles que Rolls-Royce, Mercedes-Benz, Maserati, Hispano-Suiza, Delahaye et surtout Bugatti, dont on trouve ici la plus riche collection au monde avec 130 modèles amassés. Il est vrai qu’à peine 100 kilomètres séparent Mulhouse de Molsheim, siège du constructeur à la calandre en fer à cheval. « Fritz Schlumpf était un collectionneur frénétique, s’amuse Guillaume Gasser, le directeur du musée. Lors d’un séjour à Paris, il est tombé amoureux des lampadaires du pont Alexandre III. De retour à Mulhouse, il en a fait exécuter 800 répliques pour le musée ».
Parmi les 500 voitures accumulées par les frères Schlumpf, on trouve bon nombre de Mercedes, une seule Porsche et pas une BMW ! Visiblement, toutes les Allemandes n’avaient pas les faveurs des deux frères. Quant aux Américaines, elles sont carrément absentes de la collection.
Plusieurs espaces qui font la richesse du musée
Officiellement ouvert le 10 juillet 1982, le musée compte actuellement quatre espaces distincts. Le premier raconte l’histoire des deux Franco-suisses et révèle leur dévotion pour leur mère, Jeanne. L’espace Aventure est une présentation chronologique de la collection de 1878 jusqu’aux années 1980 à travers 243 voitures. Le troisième est dédié à la course automobile, avec sa palanquée de Bugatti Type 35, notamment. Enfin, l’espace Prestige regroupe 80 chefs-d’œuvre des années 1920-30, dont l’iconique Bugatti Royale coupé Napoléon. Les allées sont agrémentées d’animations en tous genres pour petits et grands et d’expositions temporaires comme celle consacrée aux voitures de Tintin actuellement.
Enfin, impossible de quitter les lieux sans un détour par l’autodrome, une piste de démonstration extérieure, ouverte en 2011, permettant à 4 500 personnes d’assister à des défilés d’automobiles de toutes époques.
Visite du musée : l'histoire de 5 modèles incontournables
Parmi tous les modèles de voitures exposés dans cet espace de 7000 m2, Guillaume Gasser en a sélectionné cinq qu’il considère incontournables. Lors d'une visite exceptionnelle à découvrir ci-dessus en vidéo, il nous explique pourquoi.
La Jamais Contente (1899)
La Jamais Contente, exposée au Musée National de l’Automobile de Mulhouse. ©Roole « On est à la fin du 19e siècle et cette voiture est un OVNI parmi les automobiles de l’époque, qui ressemblent plutôt à des calèches munies d’un volant. Développée par l’ingénieur belge Camille Jenatzi, la Jamais Contente s’apparente à une rocket (une fusée dotée de deux moteurs électriques cumulant 68 ch, NDLR). Le 29 avril 1899, elle devient la première voiture à franchir le cap des 100 km/h, un record que les automobiles à moteur à explosion mirent trois ans à battre. Preuve que l’Homme avait depuis longtemps l’idée d’expérimenter différents types d’énergie ».
Bugatti Type 41 Royale Coupé Napoléon (1930)
La Bugatti Type 41 Royale Coupé Napoléon, exposée au Musée National de l’Automobile de Mulhouse. ©Roole « C’est notre Joconde. Cette Bugatti Royale était la voiture personnelle d’Ettore Bugatti. Considérée comme l’automobile la plus fastueuse du monde, elle mesurait 6 mètres de long, pesait 3 tonnes, roulait à 200 km/h et coûtait dix fois le prix d’une Rolls. Elle se distinguait aussi par son bouchon de radiateur en forme d’éléphant, œuvre du sculpteur animalier Rembrandt Bugatti, frère d’Etorre. Conçue, comme son nom l’indique, pour les têtes couronnées de la planète, la Royale fut un échec commercial : six exemplaires furent produits et seuls trois furent vendus ».
Delahaye 135 M Coach (1949)
La Delahaye 135 M Coach, exposée au Musée National de l’Automobile de Mulhouse. ©Roole « Cette voiture, sublime, vaut aussi par son histoire. Elle a été achetée par un couple, Monsieur et Madame Marine, partis en voyage de noces aux États-Unis. Ils prirent un billet aller-retour en bateau qui comprenait le transport de la voiture et ils se sont finalement installés sur place jusqu’au décès du mari dans les années 1980. En 1985, la veuve décida de faire don de la voiture au Musée. Elle demanda alors à la compagnie américaine de transport maritime d’honorer le retour en France de la voiture avec son billet d’origine, ce que la compagnie accepta ».
Mercedes 300 SLR (1955)
La Mercedes 300 SLR, exposée au Musée National de l’Automobile de Mulhouse. ©Roole « On est ici en présence d’un véritable bijou, une automobile rarissime au destin tristement célèbre. En 1955, la 300 SLR vient de remporter la fameuse course des Mille Miglia grâce à Stirling Moss. Son 8 cylindres 3-litres de 300 ch, capable de la propulser à 300 km/h, a fait la différence et Mercedes l’inscrit donc en toute confiance aux 24 Heures du Mans. Elle y subira, malheureusement, un terrible accident, causant la mort de 80 spectateurs. Le drame engendra le retrait du constructeur à l’étoile de la compétition pendant plusieurs décennies : Mercedes ne reviendra au Mans qu’en 1998 ».
Citroën 2CV ultime (1990)
La Citroën 2CV ultime, exposéeau Musée National de l’Automobile de Mulhouse. ©Roole « La 2CV est une voiture iconique, connue de tous et produite à plus de 5 millions d’unités en 40 ans de carrière. En voici l’ultime exemplaire, une version Charleston full options, sortie d'une usine au Portugal en 1990. Elle a été acquise par le directeur de l’usine puis transmise à son fils adoptif, Patrick Bourdeaux. Malheureusement parti trop tôt, ce fidèle ami du musée avait décidé de nous en faire don avant sa mort, survenue en 2024. Nous sommes à la fois fiers et émus d’exposer ici, au Musée National de l’Automobile de Mulhouse, la dernière 2CV jamais produite par Citroën ».
Depuis son ouverture en 1982, le musée continue de s’enrichir de nouvelles pièces offertes par de généreux donateurs. Parmi elles, la Citroën C6 qu’utilisait François Fillon lorsqu’il était Premier Ministre à Matignon trône au sein des 7000 m2 d’exposition.
Le Musée National de l’Automobile - Collection Schlumpf est ouvert tous les jours de l'année, à l'exception du 25 décembre.
Les tarifs : plein tarif 18 € / Tarif réduit 14 € / Gratuit pour les moins de 4 ans.