Freinages fantômes : un mauvais calibrage des ADAS peut-il expliquer certains incidents ?
Un pare-brise ou un pare-chocs remplacé sans recalibrage précis des caméras et radars peut perturber les systèmes d'aide à la conduite. Cette piste est avancée par des professionnels pour expliquer certains freinages fantômes, alors que plus de 700 cas ont été signalés aux autorités.
Les « freinages fantôme » font parler d'eux en France. Depuis plus d'un an, des centaines d'automobilistes disent avoir été confrontés à ce phénomène, qui se manifeste par un déclenchement sans raison apparente de leur système de freinage d’urgence automatique, allant parfois jusqu’à provoquer des accidents. Alors que le ministère des Transports enquête actuellement sur ces freinages dangereux, les professionnels estiment qu'ils pourraient être liés à un défaut de calibrage des aides à la conduite.
Même un décalage de quelques millimètres peut fausser la perception du système.
Jean-Christophe Canavesio, dirigeant de Digital Car.
Pourquoi un recalibrage des ADAS est-il indispensable après le remplacement d'un pare-brise ou d'une carrosserie ?
Depuis 2022, les véhicules neufs vendus en Europe sont tous équipés du système de freinage d’urgence (AEBS). Ce dispositif repose sur des caméras et des radars placés dans le pare-brise ou sur la face avant du véhicule. Comme toutes les aides à la conduite, ces systèmes doivent être recalibrés avec précision pour éviter les fausses alertes. C’est ce que rappelle Jean-Christophe Canavesio, dirigeant de l’entreprise Digital Car, qui dispense ces services de calibrage ainsi que des opérations de programmation électronique. « Quand on démonte et remonte un pare-brise ou un élément de carrosserie, le recalibrage des caméras et radars des ADAS (systèmes d'aide à la conduite) est essentiel. Même un décalage de quelques millimètres peut fausser la perception du système : par exemple, il peut se déclencher trop tard ou trop tôt, ou mal percevoir un obstacle », souligne Jean-Christophe Canavesio.
Bon à savoir
Le calibrage est obligatoire après un changement de pare-brise, de pare-chocs ou d’éléments de carrosserie touchant les capteurs.
Une erreur de calibrage des capteurs peut dérégler tout le système
Les systèmes d’aide à la conduite fonctionnent les uns avec les autres : freinage d’urgence, alertes de franchissement de ligne, remise dans les voies… Toutes les caméras et radars permettent une analyse complète des situations afin de parvenir aux bonnes décisions.« Dans le pare-brise, il y a une ou plusieurs caméras, qui analysent l’image et perçoivent qu’un objet se rapproche d’une manière non conforme. Le radar installé dans la face avant permet de détecter la présence d’objets avec une certaine portée. Le cumul de ces analyses permet au système de réagir avec précision », détaille le dirigeant de Digital Car. Un mauvais calibrage peut donc dérégler l’ensemble du système des ADAS et provoquer des réactions inappropriées.
Et si les freinages fantômes étaient provoqués par l’absence de recalibrage ?
Les freinages fantômes observés pourraient être liés, du moins en partie, à une absence de recalibrage. Selon Jean-Christophe Canavesio, près de 4 véhicules sur 10 repartent du garage avec des caméras non recalibrées après un remplacement de pare-brise. Même constat pour la pose ou la dépose d’un pare-chocs impliquant le déplacement d'un capteur.
Le réflexe à adopter pour l’automobiliste : demander un rapport de calibrage, seule preuve que l’opération a bien été effectuée. « En cas de réparation liée à un accident, c’est aux assurances de veiller à ce que tous les contrôles et réglages soient faits », ajoute-t-il.
Bon à savoir
Le calibrage des systèmes ADAS coûte entre 100 et 300 euros selon l’opération à effectuer.
Freinage fantôme : comment réagir au volant ?
Si votre véhicule freine brutalement sans raison, l'essentiel est de garder le contrôle.« Il faut garder les mains sur le volant et, si nécessaire, accélérer pour reprendre la main », explique Jean-Christophe Canavesio. Il faut garder en tête que les aides à la conduite n’ont pas vocation à remplacer le conducteur dans son attention et ses réflexes, mais seulement à l’assister.
Un sujet sous tension en France
Le sujet a été pris en main par le Service de surveillance du marché des véhicules et des moteurs (SSMVM) durant l'été 2025, afin de déterminer si ces freinages fantômes sont des cas isolés ou s’ils sont causés par des défaillances techniques systémiques. Alors que l'enquête est toujours en cours, une dizaine de conducteurs a lancé fin juin 2026 une action de groupe auprès du tribunal d’Aix-en-Provence. Tous ont subi des freinages violents et injustifiés qui leur ont fait craindre le pire.
Le 9 juillet 2026, le Ministère des Transports a partagé un point d'étape au Journal Officiel du Sénat. À date, 700 signalements ont été reçus sur la plateforme officielle depuis le 22 octobre 2025. Une dizaine de constructeurs ont été interrogés, des essais ont été effectués sur 6 véhicules et 4 expertises ont été lancées. « Par ailleurs, des essais sont réalisés dans le cadre des plans de contrôle annuels du SSMVM sur les fonctions de maintien ou de correction de la trajectoire. Un modèle de véhicule a fait l'objet de mesures correctives à la suite de ces contrôles, tandis que des procédures contradictoires faisant suite à des résultats d'essais non-conformes sont en cours pour trois autres modèles de véhicules », précise le ministère, sans en dire davantage sur les modèles en question. En attendant les conclusions de l’enquête, les automobilistes confrontés à un freinage fantôme peuvent le signaler au SSMVM et faire vérifier le calibrage de leurs aides à la conduite.