Depuis plusieurs mois, une série de témoignages de conducteurs relate des faits très préoccupants : sur autoroute ou voie rapide, en l'absence d'obstacle et de contact avec la pédale de frein, leur véhicule ralentit brutalement, parfois jusqu’à l’arrêt, provoquant la panique de l'automobiliste impliqué et causant même parfois un accident. Contacté par une victime, le ministère des Transports a annoncé, le 15 août dernier, ouvrir une enquête sur ce phénomène inquiétant.
Le cas à l’origine de l’affaire date d’avril 2025. Au volant de sa Peugeot 208 sur l’autoroute A40, Joanna Peyrache voit sa voiture freiner brutalement et sans raison apparente, entraînant une collision et le retournement de son véhicule alors qu’elle roulait à plus de 110 km/h. Puisqu'une expertise technique lui est refusée par son assureur, elle décide de lancer un appel à témoignages. En quelques semaines, elle recueille des centaines de récits similaires, provenant d’usagers de différentes marques, évoquant, systématiquement, l’intervention anarchique du freinage automatique. « À chaque fois, ce sont des véhicules récents, commercialisés entre 2017 et 2025 », déclare la conductrice à nos confrères du Parisien.
Depuis 2022, les véhicules neufs vendus en Europe sont équipés d’un système de freinage d’urgence automatique (AEBS). Cette aide à la conduite s’appuie sur des capteurs, des caméras ou des radars pour repérer un danger imminent et intervenir si le conducteur ne freine pas à temps.
Pressé par l’ampleur du phénomène, le Service de surveillance du marché des véhicules et des moteurs (SSMVM), rattaché au ministère des Transports, a pris contact avec la conductrice début août et a décidé d’ouvrir une enquête officielle. Le ministère envisage d’interroger les constructeurs et de mener des essais en condition réelle pour déterminer si ces freinages fantômes sont causés par des défaillances techniques systémiques ou s’il s’agit de cas isolés.
Le freinage fantôme est un phénomène souvent causé par l'interprétation erronée d'un capteur ou par un algorithme identifiant, à tort, des objets comme des dangers potentiels (reflets, marquages, portiques…). C'est ce qu’on appelle techniquement des « faux positifs ».
Première étape de cette enquête : l'ouverture fin octobre 2025 d'un questionnaire d'appel à témoins sur la plateforme Démarches Simplifiées. Le but est de réunir sur un même canal officiel, les témoignages qui étaient jusque-là dispersés sur les réseaux sociaux ou dans les médias. Les autorités disposent ainsi d’un outil standardisé pour recueillir des informations techniques précises : marque et modèle du véhicule, circonstances du freinage, éventuelles traces d’erreur électronique, météo, état de la route... Il s'agit, à partir des informations recueillies, d'établir si certains modèles sont plus touchés que d'autres et si un défaut logiciel ou matériel peut être mis en cause.