En 2019, la vie de Romain Poirot bascule. Son ex-compagne et son fils Stefan, âgé de 4 ans, meurent dans un accident de la route. Le téléphone, retrouvé écran allumé au pied de la conductrice, laisse peu de doute sur les circonstances du drame. Après avoir échappé de peu à un premier choc frontal – une voiture arrivant en face a réussi à dévier dans le fossé, sans faire de blessés – le véhicule percute de plein fouet une autre voiture. L'ex-compagne de Romain Poirot décède sur le coup. L’enfant, lui, est héliporté dans un état critique. « Il était en mort cérébrale, les médecins le maintenaient juste en vie », nous confie-t-il aujourd’hui. Dans l’épreuve, une décision est prise : le don d’organes. « Il a sauvé la vie de quatre enfants. »
Depuis, Romain Poirot vit avec l’absence, mais aussi avec une mission. Recruteur dans le milieu du football, il choisit chaque jour de transformer le deuil en combat. Celui de la prévention contre l’usage du téléphone au volant. « Il suffit de quitter le regard de la route une seconde, vous êtes déjà de l’autre côté », affirme-t-il.
Quelques mois après le drame, Romain Poirot crée l’association Stef Cares en hommage à son fils. « La création de l’association, c’était aussi un merci à lui. Pour faire en sorte que d’autres familles ne vivent pas ce qu’on a vécu. » Autour de lui, des spécialistes s’engagent, comme Marie-Pierre Bruyas, chercheuse à l’Université Gustave Eiffel (ex-IFSTTAR), qui travaille sur des programmes de tests liés à l’usage du smartphone. « Le problème, c’est l’addiction, assure Romain Poirot. C’est comme la cigarette, la drogue. On touche à un sujet de santé publique ». Ensemble, ils posent un constat sans détour : le téléphone a envahi le quotidien au point de devenir un réflexe difficile à contrôler. « On s’est dit qu’il fallait faire quelque chose, on ne peut pas laisser ce téléphone envahir nos vies. »
Dans les clubs de football, là où Romain Poirot intervient, les discours ne suffisent pas toujours. Alors il met les jeunes sportifs en situation. Parmi les exercices proposés, certains ateliers consistent à slalomer entre des plots tout en écrivant un message sur le téléphone. Rapidement, les trajectoires des joueurs deviennent hésitantes, les erreurs s’enchaînent. La démonstration est immédiate et concrète pour les participants. À travers ces ateliers, Romain Poirot ne cherche pas à culpabiliser, mais à transmettre des messages : derrière chaque notification, chaque regard baissé vers un écran, il y a un risque bien réel. « Quand je m’adresse aux jeunes joueurs, je leur dis : “Pensez en équipe. À vos âges, il y a souvent du covoiturage. Si vous voyez le conducteur prendre son téléphone, rappelez-vous de l’atelier.” »
Il leur rappelle surtout qu'une seconde d’inattention peut suffire à faire basculer une vie. « N’allez pas vous mettre dans ces situations-là, n’allez pas vous suicider », conclut-il.