Jeunes conducteurs : les pistes pour améliorer leur sécurité sur la route

Par Grégoire Hamon
Publié le 19/12/2022
Temps de lecture : 7 min
Un jeune homme écrivant un SMS au volant

Un parent qui possède plusieurs véhicules aura tendance à prêter à son enfant sa plus vieille voiture, celle qui craint le moins. Or il vaudrait mieux faire l’inverse, car les véhicules les plus récents disposent des meilleures aides à la conduite, un précieux allié contre les accidents de la circulation routière, première cause de mortalité chez les jeunes de 18 à 24 ans. C’est l’un des enseignements du rapport sur la sécurité routière 2022 publié par Dekra, que nous commente Christophe Ramond, Directeur des études de l’association Prévention Routière.

Les jeunes conducteurs hommes parmi les plus accidentés

En France, rappelle le rapport sur les jeunes conducteurs et la sécurité routière, les jeunes adultes (18 à 24 ans) constituent 8 % de la population mais représentent 17 % des personnes tuées sur la route*. La plupart de ces accidents ont lieu en dehors des agglomérations (63 %) et sont causés par des garçons (85 %). Les moyens de transport utilisés sont surtout des voitures (65 %), suivies des 2 roues motorisés (19 %).

« Les jeunes conducteurs représentent le groupe le plus à risque, avec les plus de 75 ans (bien évidement pas pour les mêmes raisons). Après avoir passé leur permis, ils sont encore très inexpérimentés le premier mois de conduite, mais une fois les automatismes atteints, on remarque une prise de risque, essentiellement chez les garçons. Les accidents mortels sont pour les deux tiers liés à l’alcool ou une combinaison avec des substances psychotropes et se déroulent surtout le week-end. Les mesures spécifiques pour les jeunes conducteurs, avec un permis probatoire à 6 points et quasiment aucune tolérance à l’alcool se montrent bénéfiques », décrypte Christophe Ramond, Directeur des études de l’association Prévention Routière. Cette dernière mène des actions de prévention dans les universités et les entreprises, notamment via la distribution de kits, comprenant entre autres des éthylotests, et la création d’un rôle « d’ambassadeur », avec des formations prévues dans toute la France.

Bon à savoir

En France, le taux légal d'alcoolémie a été abaissé à 0,2 g/litre de sang depuis 2015 pour les conducteurs novices. Ce taux a été fixé à 0 g/l dans plusieurs pays, entrainant une baisse de 17 % des infractions routières en Allemagne par exemple.

Le téléphone : redoutable objet de distraction au volant

Souvent accros à leur téléphone portable dans leur quotidien, les jeunes le sont également au volant. Selon l’étude, les jeunes conducteurs touchent leur smartphone 1,7 fois par minute pendant leur trajet. 65 % entrent une destination dans un GPS mobile (souvent sur leur téléphone), 34 % lisent ou écrivent des SMS et 29 % écoutent de la musique avec des écouteurs.

Parler avec un passager présent dans la voiture n’a rien à voir avec le fait de tenir la même conversation par téléphone.

Christophe Ramond, Directeur des études de l’association Prévention Routière

« Des études américaines ont indiqué que taper un SMS au volant multiplie par 23 le risque d’avoir un accident », commente Christophe Ramond. Le simple fait de parler avec quelqu’un, même sans toucher son téléphone par le biais d’un kit main-libre par exemple, n’a rien d’anodin. « Parler avec un passager présent dans la voiture n’a rien à voir avec le fait de tenir la même conversation par téléphone, car votre l’interlocuteur n’est plus placé dans le même contexte. Un passager regarde aussi la route et la conversation est modulée selon les circonstances de conduite, elle ralentit ou s’interrompt en fonction des difficultés. Un interlocuteur à distance n’en a pas conscience et cela peut perturber le conducteur », insiste Christophe Ramond.

Les aides à la conduite : un allié pour la sécurité routière des jeunes

Les jeunes conducteurs sont parmi les plus enclins à utiliser les systèmes d’aide à la conduite lorsqu’ils sont présents dans leur véhicule. Ils plébiscitent ainsi le régulateur de vitesse (utilisé par 61 % des jeunes contre 53 % des conducteurs en général), les caméras de recul (54 % contre 50 %) et l’assistance au freinage d’urgence (43 % contre 27 %). Une bonne chose, puisque l’usage du limiteur de vitesse automatique permet de diminuer les risques routiers. Il est d’autant plus pertinent que les vitesses excessives, ou inadaptées à une situation, « restent l’une des principales causes d’accidents chez les jeunes conducteurs ».

Malheureusement, les jeunes conducteurs roulent souvent dans les véhicules les moins équipés. « De nombreux jeunes conducteurs roulent avec des véhicules plus anciens présentant des défauts importants et peu ou pas réparés, surtout pour des raisons financières et par absence de prise de conscience des défauts techniques » rappelle Karine Bonnet, directrice générale de Dekra. « Les jeunes sont ceux qui ont le moins d’accès aux véhicules récents, avec les options de conduite et d’assistance. On le voit d’ailleurs quand les parents prêtent une voiture à leurs enfants : ils ont tendance à leur donner le véhicule qui a le moins de valeur - s’ils en ont plusieurs -, or ils devraient faire l’inverse et leur confier le plus récent », propose Christophe Ramond.

Un grand oui pour la conduite accompagnée

En plus des systèmes de sécurité passive et active, d’autres facteurs vont également jouer sur la sécurité des jeunes conducteurs. Le port de la ceinture de sécurité, encore trop négligé, doit être systématisé. « En France, le taux de non-port de la ceinture de sécurité chez les jeunes conducteurs tués est de 23 % versus 20 % pour l’ensemble des usagers tués en voiture » rappelle Dekra, qui insiste aussi sur la bonne position de réglage du siège conducteur comme du siège passager.

La pratique de la conduite accompagnée est à privilégier pour les jeunes conducteurs (dès 15 ans), selon Christophe Ramond. Elle permet de tester de nombreuses configurations routières dans toutes les conditions météo et fait des conducteurs « beaucoup moins stressés sur la route ». Une approche d’apprentissage également accessible aux adultes de plus de 18 ans sous le nom de conduite supervisée.

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