L’hybride rechargeable-E85, plus vertueux que la voiture électrique ?

Par Grégoire Hamon
15 septembre 2022
Temps de lecture : 6 min
Un champ de betteraves pour la production de bioéthanol

Les voitures hybrides rechargeables carburant au Superéthanol-E85 seraient tout aussi efficaces que les voitures électriques en termes de bilan carbone. C’est ce qu’indique une nouvelle étude de l’IFPEN commanditée par les représentants de la filière éthanol. Cette annonce tombe à pic pour défendre les modèles hybrides utilisant du Superéthanol E85, dont l’avenir est remis en question par l’Union européenne.

La fin du moteur thermique en 2035 ?

Une étude de l’IFPEN (Institut Français du Pétrole Énergies Nouvelles) commandée par la filière du bioéthanol et publiée début septembre indique que les véhicules hybrides rechargeables roulant au Superéthanol E85 présentent un bilan carbone aussi favorable que les modèles 100 % électriques, voire un peu plus. Voilà qui pourrait redorer le blason de ce carburant, au moment où Bruxelles menace de l’interdire d’ici quelques années. Les institutions européennes sont en effet en train d’élaborer le nouveau règlement sur les émissions de CO2 des véhicules légers. Le Parlement européen a décidé, par un vote le 8 juin 2022, que tous les nouveaux véhicules vendus à partir de 2035 n’émettront plus aucune émission de CO2 à l’échappement, ce qui exclura de fait toutes les motorisations thermiques actuelles au seul profit des véhicules électriques.

Le Conseil européen a toutefois proposé, le 29 juin dernier, de prendre en compte les autres technologies « pourvu qu’elles soient aussi bonnes que les voitures électriques en analyse de cycle de vie », en étudiant la possibilité d’autoriser l’incorporation de biocarburants ou de carburants synthétiques à la pompe. Cette proposition sera prochainement débattue entre les trois instances européennes (Parlement, Commission et Conseil) et les représentants de la filière française du bioéthanol tentent logiquement de plaider en faveur de l’E85.

Hybride rechargeable-E85 contre 100 % électrique : le duel

L’IFPEN a comparé les émissions de gaz à effet de serre de plusieurs types de voitures du segment C - véhicules compacts familiaux type Renault Mégane, Peugeot 308 ou Golf VW - produits en 2022, et notamment d’un modèle thermique essence, d’hybrides rechargeables utilisant de l’E85 (dits "hybrides rechargeables flex-E85") et de modèles 100 % électriques. Pour ses calculs, l’IFPEN a pris en compte l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre avec la méthode de l’analyse du cycle de vie, qui tient compte des émissions à l’échappement, mais aussi de tout le cycle de production du véhicule, batterie comprise, de la fabrication au recyclage. Il compte également l’énergie consommée pour rouler 150 000 km, soit la distance correspondant à 10 ans d’utilisation moyenne d’une voiture en France, en alternant courts trajets quotidiens et plus longs déplacements de type vacances.

Sur l'ensemble du cycle de vie, une voiture essence génère l’équivalent de 26 tonnes de CO2, contre 13 tonnes pour une 100 % électrique ou une hybride rechargeable-E85.

Pour cet usage, un véhicule essence aura généré l’équivalent de 26 tonnes de CO2. Un véhicule électrique en aura généré deux fois moins, soit 13 tonnes, ce qui correspond aussi au bilan de la voiture hybride rechargeable roulant à l’E85. L’étude suppose que ce véhicule hybride fonctionne à 40 % en mode électrique et à 60 % avec son moteur thermique, ce qui correspond à l'usage « réel ».

Emissions de CO2 de voitures compactes neuves en France (en Europe, en analyse du cycle de vie)

Les émissions produites à l’échappement par la voiture hybride flex-E85, naturellement plus importantes que celles d’une voiture électrique, sont compensées par une batterie plus petite, qui aura généré moins d’émissions polluantes à la fabrication. C’est ce qui explique que le bilan global soit identique pour les deux motorisations, en analyse du cycle de vie, selon l'étude.

L’IFPEN ajoute que l’hybride rechargeable E85 fait même mieux que le véhicule électrique à batterie « au niveau européen », où le mix électrique est plus carboné. Malgré la fermeture de nombreuses centrales, la France reste en effet largement consommatrice d’électricité d’origine nucléaire, qui génère de faibles émissions de CO2, contrairement par exemple à l’Allemagne, qui recourt aux énergies renouvelables mais également à des sources fossiles polluantes (lignite et charbon).

Projection à 2040

Le bilan global des voitures hybrides rechargeables-E85 et 100 % électriques devrait continuer de s’améliorer d’ici à 2040, selon l’étude de l’IFPEN. L’Institut anticipe notamment d'importantes évolutions technologiques au niveau des batteries, dont la production migrera par ailleurs progressivement de la Chine vers l’Europe. Il projette ainsi, pour les véhicules produits en 2040, une consommation de 9 tonnes de CO2 pour les voitures 100 % électriques... soit exactement la même quantité que pour les véhicules hybrides rechargeables-E85 !

Ces projections supposent de « maintenir les efforts sur la baisse des émissions de CO2 liées à la production de bioéthanol » insiste l’étude. Pour y parvenir, la filière du bioéthanol a prévu de poursuivre la baisse de ses émissions de production d’au moins 80 % (captation de CO2, utilisation de résidus et déchets...), tout en remplaçant progressivement l’essence fossile utilisée dans la composition de l’E85 (entre 15 et 35 %) par de l’essence de synthèse d’origine renouvelable.

Bon à savoir

La filière du bioéthanol milite pour la préservation de ce carburant au-delà de 2035, ce qui permettrait selon elle de :

- réduire la pression sur l’utilisation du réseau électrique pour les recharges ;
- pallier un maillage de bornes peut être insuffisant ;
- proposer des véhicules plus économiques.

Sources :

« Etude des émissions de Gaz à Effet de Serre des véhicules Superéthanol-E85 en Analyse de Cycle de Vie, réalisée par la Direction Economie et Veille de l’IFPEN pour le compte du SNPAA (Syndicat National des Producteurs d'Alcool Agricole), de l’AIBS (Association interprofessionnelle de la betterave et du sucre) et d’Intercéréales », publiée le 01/09/2022.

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