On perd la garantie constructeur… en partie
Lorsque vous faites installer un boitier de conversion au
bioéthanol sous le capot de votre voiture, vous devez d’abord vous assurer
que le boitier est homologué et que votre installateur est agréé. Dans ce cas, vous
bénéficiez d’une garantie sur le boîtier et les faisceaux qui s’y raccordent. L’installateur
peut donc être tenu responsable en cas de problème consécutif à la pose du
boitier.
Méfiance cependant car si votre voiture est déjà âgée
et son kilométrage élevé, vous aurez bien du mal à prouver qu’une éventuelle
panne est liée à l’installation du boitier… même pour les pièces en contact
avec le carburant comme le moteur, le filtre ou la pompe à essence. En plus, le
constructeur et l’installateur de boitier risquent de se renvoyer la balle à
propos de leur responsabilité et, en attendant, votre voiture est immobilisée.
Modifier son certificat d'immatriculation est obligatoire
En cas de pose d'un boitier superéthanol E85, modifier sa carte grise est indispensable pour circuler en toute légalité. Votre
voiture est homologuée pour rouler avec un certain type de carburant et ce
dernier figure sur le certificat d'immatriculation. Si vous convertissez votre automobile au
carburant E85, vous modifiez sa source d’énergie. Il est alors nécessaire de le
faire apparaître sur le certificat d’immatriculation… comme on fait apparaître
son nouveau nom sur sa carte d’identité après un mariage.
La démarche doit être réalisée par le propriétaire du
véhicule grâce aux quatre documents fournis par l’installateur : la
facture de pose, le prototype d’installation, le certificat de conformité et
celui des Mines. Elle s’effectue sur Internet sur le site de l’ANTS et elle
vous coûte le montant de la taxe fixe, soit 15 € environ. Vous recevrez alors
directement à votre domicile votre nouvelle carte grise avec l’indication FE
(flexfuel) à la place de ES (essence).
Ne vous soustrayez pas à cette obligation car vous ne seriez
pas assuré en cas d’accident et vous serez recalé au contrôle technique. Et
pensez également à signaler cette modification à votre assurance.
Depuis l’arrêté modificatif du 19 février 2021, les véhicules de 15 CV et plus ainsi que ceux équipés d’un filtre à particules peuvent bénéficier de la pose d’un boîtier E85 homologué.
Il est plus vertueux que l’essence
Convertir sa voiture au superéthanol E85 n'a pas pour unique avantage de vous faire réaliser des économies à la pompe. Ce carburant a également un intérêt sur le plan écologique. Non
pas que les véhicules roulant à l’E85 ne rejettent pas de CO2, mais ils
émettent le CO2 que la plante, qui a permis de produire le carburant, a absorbé
durant sa vie… sans oublier, bien sûr, le CO2 émis par le complément d’essence.
Pour rappel, le carburant E85 contient de 65 % à 85 % de bioéthanol, l’appoint
étant fait avec de l’essence. Au final, un véhicule circulant à l’E85 émet deux
fois moins de dioxyde de carbone que son équivalent essence.
La nature végétale et donc non fossile de ce carburant
engendre également une réduction de 90 % des émissions de particules fines et de
30 % des oxydes d’azote, toujours en comparaison avec le super sans plomb 95.
Un bémol cependant : la production intensive d’éthanol exigeant
de grandes surfaces agricoles, celle-ci pourrait entrer en concurrence avec les
cultures alimentaires. À grande échelle, ce sont les biocarburants de seconde
génération qui sont promis à un bel avenir, ceux issus de la transformation de
la lignocellulose contenue dans les résidus agricoles et forestiers, dans des
plantes dédiées ou de la valorisation de certains déchets industriels.
Vigilance de rigueur avec la compatibilité
D’abord, il est bon de rappeler que seules les voitures
essence peuvent être converties au superéthanol. Dans l’absolu, les modèles
apparus depuis 20 ans sont dits tri-carburant car leurs durits sont calibrées
pour accepter le sans plomb 95, le sans plomb 98 et le superéthanol. Mais avec
le E85, les mauvaises surprises existent et leurs conséquences sont souvent graves.
Pour savoir si votre voiture, en particulier, est compatible, le mieux est de
prendre plusieurs avis auprès du constructeur, d’un installateur de boîtier,
voire de forums consacrés au sujet pour partager l’expérience d’un utilisateur
possédant le même véhicule que vous.
Attention : introduire directement du carburant E85
dans son réservoir, sans adaptation préalable, est une grosse erreur. Il y a de
forte chance que votre voyant d’injection s’allume rapidement pour indiquer que
le mélange absorbé par le moteur est trop pauvre… Avec pour principale conséquence
d’augmenter la température dans les cylindres. Cela peut alors conduire à la
fonte d’un piston ou à la mise hors service d’une bougie… et donc à la casse
moteur, à terme.
Les moteurs connus pour leur problème de fiabilité ne sont
pas adaptés au carburant E85. Avec ou sans boitier, mieux vaut les en
préserver. Des modèles récents sont même réputés pour la fragilité anormale de
leurs injecteurs. Conscients du problème, certains constructeurs ne manquent
pas de stocker ces pièces en grande quantité afin d’anticiper leur remplacement.
Confronter ces pièces au superéthanol augmente donc encore le risque de panne. Chez
les marques allemandes et japonaises, la capacité technique à rouler au
bioéthanol remonte même au milieu des années 1990. Mais les mauvaises
exceptions existent.
Il existe une alternative à l’installation d’un boitier pour
convertir un véhicule au superéthanol E85 : la reprogrammation de la
gestion électronique du moteur. Dès lors qu’elle est réalisée par un
professionnel et qu’elle n’augmente pas la puissance du moteur, cette intervention
commence à être officiellement acceptée par certains assureurs. Moins chère que
l’installation d’un boîtier de conversion, la reprogrammation peut s’avérer plus
efficace. Prudence néanmoins : elle est surtout valable sur les véhicules
récents et présente un risque au niveau de la garantie constructeur.
Une filière bleu, blanc, rouge !
Produit en France, dans une quinzaine d’usines réparties sur
tout le territoire, le bioéthanol est principalement fabriqué à partir de
céréales, comme le blé ou le maïs, mais aussi de betteraves sucrières ou de
divers résidus agricoles comme le pépin de raisin.
La filière bioéthanol emploie 9 000 personnes
en France et participe à l’indépendance énergétique de notre pays.