Le cotransportage reprend le principe du covoiturage à un détail près : au lieu de transporter des passagers, le conducteur utilise la place dont il dispose dans sa voiture pour transporter des courses ou des objets.
Avec le cotransportage, l’automobiliste profite d’un déplacement personnel déjà prévu pour acheminer la commande de quelqu’un d’autre, ou pour déplacer un objet volumineux. En échange, il reçoit une participation à ses frais de route.
Depuis une petite dizaine d’années, des plateformes de mise en relation – comme pour le covoiturage – ont vu le jour pour organiser le cotransportage sur des trajets de longue distance comme sur des trajets du quotidien.
La pratique est définie par le Code des transports, comme « l’utilisation en commun, à titre privé, d’un véhicule terrestre à moteur effectuée à titre non onéreux, excepté le partage des frais, pour transporter des colis dans le cadre d’un déplacement qu’un conducteur effectue pour son propre compte ».
Les courses du quotidien livrées près de chez soi
Aller au travail, chercher ses enfants à l’école ou faire ses courses au supermarché : ces déplacements du quotidien peuvent être l’occasion de récupérer les courses d’une autre personne et de les déposer à son domicile.
C’est le modèle développé notamment par Shopopop, Yper et Tut Tut, qui mettent des particuliers en relation avec des magasins et leurs clients. La livraison s’insère dans les trajets habituels du cotransporteur, à proximité de chez lui.
Les plateformes travaillent avec des commerces partenaires. Lorsqu’un client commande en ligne et demande une livraison à domicile, le magasin peut proposer la course aux cotransporteurs disponibles à proximité. L’un d’eux choisit de prendre en charge la commande, la récupère en magasin, puis la dépose chez le client. Selon les enseignes, la livraison collaborative est présentée comme une option que le client peut sélectionner lors de sa commande.
Jusqu’à 200 € de gains par mois
Chez Shopopop, qui indique compter 400 000 cotransporteurs actifs, chaque livraison rapporte 6 € en moyenne. Yper revendique de son côté plus de 300 000 cotransporteurs inscrits, 3 000 commerçants partenaires et une présence dans 7 500 villes. Les sommes reçues par ses cotransporteurs sont de l’ordre de 5 à 6 € par livraison.
Chez Tut Tut, qui compte 700 000 utilisateurs en France et plus de 6 000 partenaires, les livraisons concernent principalement les courses alimentaires, même si la plateforme propose aussi de transporter d’autres achats, comme des articles de bricolage ou du mobilier.
La directrice marketing, Jade Mathieu, indique qu’un cotransporteur inscrit sur Tut Tut effectue en moyenne dix livraisons par mois, payées 5,40 € chacune sur les petits trajets. Cela représente environ 54 € mensuels, à condition de trouver des demandes compatibles avec ses déplacements.
Tut Tut impose un plafond de 200 € par mois par cotransporteur, afin d’éviter l’écueil de la professionnalisation de la pratique.
Des colis et des objets transportés sur de longues distances
D’autres plateformes permettent de profiter d’un trajet entre deux villes pour acheminer un colis ou un objet. Meubles, électroménager, vélos ou scooters : les objets proposés sont parfois volumineux et nécessitent un véhicule adapté, ou du moins, davantage de place que pour quelques sacs de courses.
C’est notamment le modèle de Cocolis, qui met en relation les expéditeurs avec des particuliers déjà en déplacement, mais aussi avec des transporteurs professionnels.
La plateforme revendique plus de 700 000 membres et une économie moyenne de 60 € sur les frais de trajet pour les personnes qui transportent un objet. WayToMe propose également de faire livrer des colis et des meubles par des particuliers. Bring4You se positionne quant à elle sur les objets encombrants et les petits déménagements, en faisant appel à des particuliers comme à des professionnels.
Compenser la hausse du carburant et développer les liens sociaux
La hausse des prix des carburants subie depuis le printemps 2026 semble renforcer l’attrait de cette activité. « On a doublé le nombre d’utilisateurs depuis mars dernier », rapporte Jade Mathieu pour Tut Tut. En échangeant avec les nouveaux venus, elle constate qu’un motif revient souvent : « Compenser la hausse du budget carburant ». À l’heure où chaque plein pèse sur le budget auto, la place libre dans un coffre peut aussi aider à faire baisser la facture.
Mais l’argent n’est pas la seule motivation des cotransporteurs. Jade Mathieu décrit aussi des personnes âgées qui livrent régulièrement les mêmes clients, avec qui elles tissent des liens sociaux. « Ce qui ressort, c’est que c’est un moyen de se rendre utile tout en complétant ses revenus », résume-t-elle. Pour les destinataires, ce service peut faciliter l’accès aux courses, notamment lorsqu’ils vivent loin des commerces, ne disposent pas d’une voiture ou sont dans l'impossibilité de se déplacer.