25% des jeunes consommateurs de protoxyde d'azote ont eu un accident de circulation après avoir consommé cette substance, aussi connue sous le nom de « gaz hilarant ». Un chiffre alarmant qui pousse les associations et l’État à réagir.
Des effets semblables à ceux de l’alcool ou du cannabis au volant
Utilisé à l’origine en médecine, pour soulager la douleur, et en cuisine, le protoxyde d’azote est de plus en plus détourné à des fins récréatives. Inhalé, il prive temporairement le cerveau d’oxygène, provoquant une brève euphorie et une sensation de flottement.
Si l’euphorie dure à peine une minute, d’autres effets peuvent se faire sentir jusqu’à 45 minutes après la prise comme :
- Des vertiges ;
- Des trous noirs ;
- Une perte de contrôle et de coordination ;
- Un ralentissement des réflexes ;
- Des troubles de la vision (distorsion, vision floue).
Au volant, ces effets sont aussi dangereux que l’alcool ou le cannabis, et augmentent le risque d’accident.
La vente de protoxyde d’azote est interdite aux mineurs depuis 2021. Plusieurs villes (Nice, Cannes, Marseille, Tours, etc.) ont en plus pris des arrêtés pour interdire la détention, l’utilisation, la revente, voire la vente de protoxyde d’azote et l’abandon de cartouches sur la voie publique.
Une méconnaissance qui pousse à la prise de risques
32% des consommateurs pensent que la consommation occasionnelle de protoxyde d'azote ne représente aucun danger, car sa vente est légale et que les effets du « ballon » ne durent que quelques minutes.
La méconnaissance des effets du protoxyde d'azote sur le cerveau a poussé 34% des 16-30 ans à prendre le volant après en avoir consommé. Ces chiffres, publiés en juin dernier dans un baromètre Ipsos pour la Macif soulignent l’urgence d'informer et de sensibiliser sur les effets de ce gaz, en particulier au volant.
Si les moins de 35 ans sont les plus susceptibles d’en consommer, ils sont peu informés des risques. D’après une étude de la Fondation Vinci, 37 % des moins de 35 ans disent ne pas connaître ou ne pas connaître du tout la pratique quand 68 % des Français affirment voir « très précisément de quoi il s’agit ».
Gaz hilarant au volant : que dit la réglementation ?
Jusqu’en août 2026, aucun texte n’interdisait explicitement la consommation de protoxyde d’azote au volant. Les conducteurs pouvaient être verbalisés pour défaut de maîtrise du véhicule ou mise en danger de la vie d’autrui.
La loi RIPOST a changé la donne. Désormais, conduire après avoir consommé du protoxyde d’azote vous expose à :
- 9 000 € d’amende ;
- 3 ans de prison ;
- La rétention de votre permis à titre conservatoire.
La loi RIPOST crée également un délit d’inhalation du protoxyde d’azote, hors cadre médical. Il est puni d’un an d’emprisonnement et de 3 750 € d’amende.
La loi modifie également l’article L224-1 du Code de la route. Il permet actuellement aux gendarmes et aux policiers d’intervenir quand un automobiliste est en état d’ivresse manifeste. Il s’appliquera maintenant aux personnes sous l’emprise manifeste de substances psychoactives.
Ainsi, les forces de l’ordre n’auront pas besoin de pratiquer des tests pour pouvoir constater la conduite sous protoxyde d’azote. Cette disposition vise à combler un vide. Si plusieurs fabricants ont mis au point des tests pour détecter la consommation de gaz hilarant, leur efficacité reste pour le moment contestée et la police et la gendarmerie n’en sont toujours pas équipées.
Enfin, le protoxyde d’azote sera aussi concerné par la nouvelle loi sur l’homicide routier. Le texte prévoit que la consommation de substances psychoactives à des fins détournées ou excessives devienne une circonstance aggravante.
La liste des produits concernés, qui fera l’objet d’un décret, devrait inclure le protoxyde d’azote. Les peines encourues seraient alors alourdies et le conducteur risquerait :
- 10 ans de prison et 150 000 € d’amende en cas d’homicide routier ;
- 5 ans et 75 000 € d’amende en cas de blessures routières ayant entraîné une ITT (incapacité temporaire de travail) de moins de 3 mois ;
- 7 ans de prison et 100 000 € d’amende en cas de blessures routières ayant entraîné une ITT de plus de 3 mois.
La prévention toujours de mise
Face aux dangers que représente le protoxyde d’azote sur la route, la Fondation Vinci lance une campagne de prévention. Depuis le 24 octobre 2025, une vidéo est diffusée sur les réseaux sociaux et sur Internet afin d’alerter sur les effets du gaz hilarant au volant. Le spot s’accompagne d’une campagne d’affichage et d’une action de sensibilisation menée en partenariat avec l’association Protoside sur les aires de repos du groupe.
L’Agence régionale de santé (ARS) mène aussi une campagne de prévention. Baptisée « C’est trop risqué d’en rire », cette action vise à informer les 15-25 ans sur les conséquences du protoxyde d’azote sur leur santé (risques de paralysie, de troubles neurologiques, vasculaires, psychiatriques, etc.).