Depuis l’instauration de la Loi Montagne en 2021, les dispositifs hivernaux sont obligatoires dans certaines zones de France jusqu'au 31 mars. Si les pneus 4 saisons gagnent du terrain, le pneu hiver pur et dur conserve ses fidèles. En France, 10 % des automobilistes ne jurent que par lui pour affronter le froid, ce qui représente 3 millions d’unités sur les 30 millions de montures vendues par an. Mais une fois démontés, que deviennent ces précieuses gommes ?
Le diagnostic et la préparation pour ne pas stocker inutilement
Avant toute chose et après démontage, un examen minutieux s’impose. Inutile de stocker des pneus en fin de vie. Mathieu Petitjean, directeur technique chez Bridgestone, rappelle l’évidence : « Vérifiez la hauteur de gomme restante. Payer un gardiennage ou encombrer son garage pour des pneus qui ne feront qu’un mois à la saison suivante n'a aucun sens. » Au-delà du témoin d'usure (1,6 mm légal), traquez les hernies ou les coupures. Il faut ensuite enlever les gravillons coincés dans les sculptures et nettoyer le pneu. Mikael Aladenise, responsable technique chez Continental France, préconise de passer un simple coup de chiffon humide pour “dessaler” les gommes hivernales. Il met en garde : « Il faut éviter les produits à base de pétrole ou les solvants qui agressent la structure chimique du caoutchouc ». Votre pneu doit être propre, sec et sain avant d'entrer en “hibernation” pendant la saison chaude.
Le marquage pour faciliter le futur remontage
C’est l’erreur classique : se retrouver six mois plus tard avec quatre pneus identiques sans savoir où ils allaient. « Il faut impérativement noter la position d'origine à la craie : AVG pour avant-gauche, ARD pour arrière-droit, etc. », explique le responsable de chez Bridgestone. Ce marquage est clé pour la sécurité. Mikael Aladenise de Continental, de son côté, rappelle la règle d’or : « Lors du remontage, placez toujours les pneus les moins usés (les plus hauts en gomme) à l’arrière ». Pourquoi ? « Parce qu’en cas de manœuvre d’urgence, le conducteur a le contrôle de son train avant via le volant et les freins, mais si le train arrière décroche à cause d'une gomme fatiguée, la voiture devient incontrôlable pour le conducteur lambda ». Un bon marquage permet donc d'anticiper cette permutation sécuritaire indispensable.
Positionnement avec ou sans la jante
La méthode de stockage varie selon que vous possédez un double jeu de roues complètes ou des pneus “nus”. Si vos pneus sont montés sur jantes, la position horizontale est reine. « On les stocke en pile, les uns sur les autres, conseille Mikael Aladenise, en sur-gonflant d'environ 1 bar pour compenser la perte d'air naturelle et éviter l'affaissement ». À l'inverse, si vous ne stockez que les enveloppes sans les jantes, la position verticale est obligatoire. Stéphane Malgouyard, du garage Technigum à Saint-Ouen, est catégorique : « Chez nous, tout est stocké à la verticale sur des racks. » Pour les particuliers, Mickaël Aladenise suggère de poser le pneu à la verticale sur deux tasseaux de bois pour que la gomme ne soit pas en contact avec le sol. Cela permet aussi de leur faire faire un quart de tour chaque mois (si possible) pour éviter la formation de "plats" qui généreraient des vibrations au roulage.
Le voisinage à éviter : ozone, UV, produits chimiques et radiations
Votre pneu est vivant, et il a des ennemis insoupçonnés. « Considérez la gomme comme votre peau : elle ride sous l'effet des UV », illustre Mathieu Petitjean de Bridgestone. Un stockage en plein soleil ou derrière une vitre est donc à proscrire. Mais le danger vient aussi de l'intérieur. Mickaël Aladenise pointe du doigt l'ozone et les radiations : « Évitez la proximité des moteurs électriques, des compresseurs ou des postes à souder. » Ces appareils dégagent de l'ozone qui altère prématurément la souplesse du caoutchouc. De même, les sources de chaleur excessive (plus de 35 °C) comme une chaufferie ou un poêle à granulés sont à bannir. L'idéal ? Un endroit sombre, frais, sec et surtout loin de toute tache d'huile ou d'hydrocarbure, car ces polluants chimiques peuvent ramollir la structure du pneu. Enfin, tous nos interlocuteurs sont catégoriques : il ne faut rien poser sur les pneus quand ils sont stockés. Une pile de pneus sur jante n’est pas une étagère !
Le choix du gardiennage ou le prix de la tranquillité
Pour ceux qui n'ont ni cave, ni box, ou qui ne souhaitent pas manipuler des roues de 20 kilos, les centres auto et garages proposent des solutions de gardiennage. Comptez en général entre 80 et 150 € par saison pour le stockage d’un jeu de quatre pneus, souvent incluant la permutation, le montage et le démontage. Les tarifs varient selon les enseignes et les prestations associées, mais offrent une solution clé en main, avec des conditions de conservation optimales. Enfin, n’oubliez pas la question de l’âge : s’il n’existe pas de date de péremption légale, les manufacturiers s'accordent sur une durée de vie de dix ans maximum et recommandent une vigilance accrue à partir de 3 ans.
Évidemment, les mêmes règles s’appliquent au stockage des pneus été lorsqu’on chausse les pneus hiver à partir de la fin du mois d’octobre.