La bataille autour de la fiscalité automobile est relancée à La Réunion. Dans un courrier, Huguette Bello, la présidente de Région, a demandé au gouvernement d'accorder aux territoires ultramarins une réduction de 50 % du malus écologique pendant cinq ans. L'idée : donner un peu plus de temps aux ménages pour se convertir à l'électrique dans un territoire ou le coût des véhicules neufs est plus élevé qu'en métropole.
Le malus écologique est une taxe appliquée lors de l'achat (ou la location longue durée ou avec option d’achat) d'un véhicule neuf. Son objectif est de pénaliser les véhicules émettant des quantités élevées de dioxyde de carbone (CO2). Cette taxe progressive est indexée sur le taux d'émission de CO2 au kilomètre.
Selon la Région, le malus écologique aurait des conséquences financières plus importantes pour les Réunionnais, « dont le pouvoir d’achat est déjà durement impacté par la vie chère », comme l'écrit Huguette Bello dans un courrier adressé au ministère des Outre-mer. À La Réunion, le coût de la vie est en moyenne supérieur de 9 % à celui de la France métropolitaine, selon l'Insee.
« Dès lors, les ménages et les professionnels se tournent vers le marché de l’occasion ou conserveront leurs anciens véhicules aboutissant à un parc automobile vieillissant, plus polluant et moins sécurisé », écrit Huguette Bello dans le courrier adressé au ministère des Outre-mer.
La présidente du Conseil régional estime également que l'infrastructure électrique réunionnaise n'est pas encore prête à soutenir le développement de l'électromobilité. Selon Roole data, l'île compte seulement 140 stations de recharge pour 890 000 habitants. À titre de comparaison, le Département du Finistère, dont la population est à peu près équivalente à celle de La Réunion, en compte 520.
Autre hic au développement d'une électromobilité à des coûts maîtrisés : le mix électrique réunionnais est encore largement dépendant d'énergies importées. 40 % de l'électricité consommée par les Réunionnais est produite à base d'huile de colza, un biodiésel qui alimente les générateurs de la centrale EDF de Port-Est.
En cas d'augmentation rapide des voitures électriques en circulation, la centrale pourrait avoir du mal à suivre la demande, entraînant des tensions sur le réseau et des coûts de production plus élevés que dans l'Hexagone. Sans compter la pollution de l'air causée par la combustion de biodiesel par EDF.
La demande d'exonération du malus écologique pendant cinq ans vise justement à remédier à cette situation, selon le Conseil régional de l'île de la Réunion. « L’objectif est que le véhicule électrique réunionnais soit réellement alimenté par de l’énergie produite localement en réduisant la biomasse importée et en maîtrisant mieux les externalités négatives », explique encore Huguette Bello dans son courrier.