Comment ce pays est parvenu à frôler les 100 % de ventes de voitures électriques
Alors que la Norvège approche des 100 % de ventes de véhicules électriques, l'Association norvégienne des conducteurs de véhicules électriques décrypte les choix politiques décisifs qui ont transformé le marché : baisses de TVA, péages moins chers pour les voitures électriques et constance politique.
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La Norvège fait exception dans le paysage européen et même mondial : les véhicules électriques y représentent la quasi-totalité des ventes de voitures neuves. Un résultat obtenu en une quinzaine d'années. Pour comprendre les ressorts de cette transformation, nous avons interrogé Unni Berge, responsable de la communication de la Norsk elbilforening, l'association norvégienne des propriétaires de voitures électriques, qui compte 120 000 membres et œuvre à l'électrification du parc automobile depuis 1995.
Quelles ont été les politiques publiques clés qui ont permis à la Norvège de parvenir à une part de 95,9 % de véhicules électriques dans le total des ventes de voitures neuves ?
Unni Berge : « La cohérence a été la clé. Les différents gouvernements ont maintenu la même orientation de fond : grâce au système fiscal, les voitures à zéro émission sont devenues l'option la plus abordable et la plus facile à utiliser. »
Quelle politique a eu le plus grand impact sur l'adoption des véhicules électriques, et pourquoi ?
Unni Berge : « C'est l'ensemble des incitations qui nous a permis d'en arriver là où nous sommes aujourd'hui. Mais si je devais en choisir une seule, ce serait le système fiscal. L'exonération de TVA et de taxe à l'achat pour les voitures électriques a comblé l'écart de prix et a poussé les gens à choisir l'électrique dès qu'ils entraient chez le concessionnaire. »
Bon à savoir
En Norvège, les voitures électriques bénéficient de réductions sur les péages par rapport aux véhicules thermiques qui peuvent aller jusqu'à 70 % du tarif normal.
Les incitations fiscales en Norvège ont été réduites à mesure que les véhicules électriques se sont généralisés. Comment la demande a-t-elle réagi ?
Unni Berge : « La demande est restée forte et le marché est arrivé à maturité. Bien que certaines incitations pour les véhicules électriques aient été réduites, les voitures polluantes continuent de payer davantage de taxes, ce qui fait des véhicules électriques une option plus abordable. Ces incitations ont été supprimées progressivement, de manière lente et prévisible, ce qui a été déterminant. »
Bon à savoir
Depuis 2001, les électromobilistes norvégiens ont bénéficié d'une exonération totale de TVA sur les véhicules électriques. Depuis 2023, la TVA de 25 % s'applique sur la partie du prix dépassant 500 000 couronnes (l'équivalent de 44 314 €). Ce seuil a été abaissé à 300 000 couronnes (26 588 €) au 1ᵉʳ janvier 2026, et le sera de nouveau à 150 000 couronnes en 2027, avant une suppression totale de l'exonération en 2028.
Comment les infrastructures de recharge ont-elles suivi le rythme ?
Unni Berge : « Le soutien public a été important dans les premières années et dans les emplacements les moins rentables. À mesure que le parc de voitures électriques s'est étoffé, la recharge est devenue un marché commercial viable. Mais nous avons encore besoin de davantage de bornes pour les poids lourds, ainsi que d'une recharge abordable pour les personnes qui ne peuvent pas recharger chez elles, en particulier en zone urbaine. »
Il y a dix ans, les gens se demandaient si une voiture électrique pouvait répondre à leurs besoins. Aujourd'hui, ils se demandent quelle voiture électrique répond le mieux à leurs besoins.
Unni Berge, responsable de la communication de la Norsk elbilforening
Y a-t-il eu une résistance du public à un moment donné, et comment a-t-elle été surmontée ?
Unni Berge : « Bien sûr, il y a eu du scepticisme. Les gens s'inquiétaient de l'autonomie, de la recharge, des performances en hiver et du prix. La réponse la plus efficace n'a pas été une campagne de communication, mais l'expérience : de plus en plus de personnes ont acheté des voitures électriques, ont partagé leurs expériences et ont montré que la technologie fonctionnait au quotidien. Il y a dix ans, les gens se demandaient surtout si une voiture électrique pouvait répondre à leurs besoins. Aujourd'hui, la plupart des consommateurs se demandent quelle voiture électrique répond le mieux à leurs besoins. »
Bon à savoir
Contrairement à la France et son leasing social, la Norvège n'a pas mis en place d'aides financières à destination des ménages les plus modestes pour les aider à acquérir un véhicule électrique. Dans le pays scandinave, des chercheurs en sciences sociales comme Robert Næss1↓ pointent une électrification à deux vitesses, qui laisse sur le bord de la route les ménages les plus modestes.
Qu'advient-il des véhicules thermiques plus anciens déjà en circulation ?
Unni Berge : « La stratégie principale de la Norvège a été d'arrêter d'ajouter de nouvelles voitures thermiques au parc automobile, plutôt que de forcer le retrait immédiat des voitures existantes. À mesure que les gens remplacent leur voiture dans le cadre du marché normal, le parc automobile devient progressivement électrique. »
Quels aspects du modèle norvégien sont réellement transposables à d'autres pays européens, et lesquels ne le sont pas ?
Unni Berge : « Les autres pays n'ont pas besoin de copier chaque incitation norvégienne. Ils devraient plutôt s'inspirer de la cohérence, de l'orientation prévisible et du principe selon lequel des émissions plus élevées doivent coûter plus cher. »
En Norvège, quelles sont les prochaines étapes de l'électrification du parc ?
Unni Berge : « Atteindre un marché des voitures neuves presque entièrement électrique est une étape importante, mais pas la ligne d'arrivée. Plus de 60 % des voitures en circulation sont encore thermiques. À l'avenir, nous devrons veiller à ce que, lorsque ces voitures seront mises à la casse, elles soient remplacées par des véhicules électriques. Le transport commercial est aussi un grand chantier pour nous. Les camionnettes et camions électriques restent plus chers, et le marché a besoin d'incitations plus fortes. »