Pour faire face à l'envolée des prix des carburants, de plus en plus de Français se tournent vers des alternatives à la voiture individuelle. Et lorsque les transports en commun ne sont pas une option, le covoiturage s’impose comme une solution pour réduire les dépenses.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur les plateformes de covoiturage, la fréquentation explose. Chez Karos, les trajets ont bondi de 30 % en mars sur un an. « On observe un usage plus prononcé, c'est-à-dire que l'on avait pas mal de covoitureurs occasionnels qui sont en train de devenir des covoitureurs fréquents », confirme au micro d'Europe 1 Victor Andraud, directeur impact de Karos. Même tendance du côté de BlaBlaCar Daily, qui indiquait jeudi 12 mars au micro de France Inter avoir constaté un doublement des nouveaux inscrits ainsi qu'une augmentation de 40% des places proposées par les conducteurs sur les huit derniers jours.
Derrière ces statistiques, un changement de fond : les usagers ne covoiturent plus seulement ponctuellement pour les vacances ou les longs trajets par exemple. Ils s’inscrivent davantage dans une pratique régulière, notamment pour les trajets domicile-travail.
À Toulon, Dorian Lemoine, 28 ans, a commencé à délaisser sa voiture pour faire du covoiturage après la création de la ligne ZOU ! COVOIT’ en septembre 2025. Enseignant-chercheur à l’université, il utilise l’application pour effectuer ses déplacements professionnels quotidiens en tant que passager. « C’est la première fois que je fais du covoiturage », explique-t-il. Et face à la hausse du prix des carburants, il a nettement intensifié sa pratique ces dernières semaines. D'autant que le service de covoiturage ZOU ! COVOIT' a mis en place une période expérimentale durant laquelle les trajets sont gratuits pour les passagers. Cette expérimentation dure jusqu’au 31 mars 2026. Dorian n’a donc rien déboursé pour ses déplacements récents. Et même sur de courtes distances – environ 5 kilomètres entre La Garde Campus et Toulon –, les économies sont immédiates. « Je faisais au moins un plein à 40 euros par mois. Aujourd’hui, c’est un plein que je ne fais plus, donc j’économise forcément. »
À Lyon, Tania Riquelme-Venet, responsable d’une épicerie solidaire et propriétaire d’une Citroën C1, a adapté sa manière de covoiturer. Conductrice régulière depuis cinq ans, elle privilégie désormais la place passagère pour limiter ses dépenses. « Je payais 60 euros le plein tous les dix jours. Avec la hausse des prix, le plein est à environ 68 euros : c’est devenu un vrai gouffre financier. Je suis désormais davantage passagère que conductrice », confie-t-elle. Grâce au dispositif En Covoit’ Lane, qui propose des trajets gratuits pour les passagers, elle n’a, elle non plus, rien déboursé.
Au-delà de l’aspect financier, les utilisateurs mettent en avant d’autres bénéfices. Pour Dorian, le covoiturage crée du lien social : « Il y a un vrai relationnel avec les conducteurs. Les trajets durent 15 à 20 minutes, et c’est toujours sympathique. » Même perception pour Tania, qui souligne l’intérêt de ne pas voyager seule en voiture. Le covoiturage devient ainsi un espace d’échanges, en plus d’être une solution économique. La dimension écologique joue également un rôle. Moins de voitures sur la route, c’est aussi une réponse aux enjeux environnementaux. « Il ne faut pas oublier que c'est bon pour la planète ! », conclut le jeune chercheur toulonnais.