Votre prochaine voiture neuve sera-t-elle construite avec du plastique recyclé ? C’est en tout cas l’ambition de l’Union européenne. En juin dernier, le Parlement européen a adopté en première lecture un projet de règlement sur le recyclage dans le secteur automobile. Ce texte va imposer à tous les constructeurs automobiles d’incorporer 25% de plastique recyclé dans tous leurs véhicules neufs d’ici dix ans.
Un cinquième de ce plastique devra provenir directement du recyclage de véhicules hors d’usage (VHU) et de pièces automobiles usagées. Sur la base d’études de faisabilité, la Commission européenne se réserve ensuite le droit d’étendre ces obligations de réemploi à d'autres matériaux comme l'acier, l'aluminium, le magnésium ou d'autres matières premières critiques indispensables à la fabrication des voitures.
Des plastiques qui partent dans les incinérateurs
« Actuellement, on a beaucoup de mal à récupérer le plastique des voitures. Il est trop souvent soudé, collé et mélangé à d’autres matériaux. Ça rend le recyclage du plastique des voitures très compliqué », explique Johan Renaud, président de GPA. Cette casse auto basée dans la Drôme traite 25 000 véhicules par an et récupère jusqu'à 1 200 pièces auto par jour.
Actuellement, faute de pouvoir être recyclés, une grande partie des plastiques contenus dans nos voitures partent dans des incinérateurs où ils sont brûlés, en émettant au passage des émissions atmosphériques polluantes et nocives pour la santé (dioxines, furannes, mercure…).
Anticipant la réglementation européenne, certains constructeurs intègrent déjà du plastique recyclé dans leurs modèles. Par exemple, la Renault Scenic E-Tech embarque 17 % de plastiques recyclés et la Renault 5 E-Tech 19,4%. De son côté, Volvo réutilise des rebuts de cadres de fenêtre et de volets roulants pour construire les tableaux de bord de ses véhicules.
20 à 30 pièces récupérées par véhicule hors d'usage
Côté métaux, une bonne partie est actuellement récupérée dans les casses auto, notamment les pièces de carrosserie. En France, un véhicule d’usage est actuellement recyclé à hauteur de 88,3 %, selon l’Ademe. Sur un véhicule hors d'usage, les professionnels parviennent en moyenne à extraire entre 20 à 30 pièces détachées réutilisables.
Le futur règlement européen va aussi renforcer les règles de traçabilité et les contrôles à l'export des vieux véhicules. Chaque année, 3,5 millions de véhicules hors d'usage sortiraient illégalement des circuits européens de recyclage pour être exportés en Europe de l'Est et dans les pays d'Afrique.
Une partie des métaux récupérés servent aussi à refabriquer de nouvelles pièces. « On recycle beaucoup d’aluminium, en renvoyant les jantes chez les fondeurs de métaux », explique Johan Roland. Mais d’autres matériaux peinent encore à être recyclés, comme l’acier. « Pour que nous puissions renvoyer de l’acier réutilisable chez les constructeurs automobiles, ces derniers vont devoir travailler sur la pureté de leurs alliages. Dans les voitures, l'acier est trop souvent mélangé avec du cuivre. Ça rend le tri très difficile », explique Johan Roland.
Les constructeurs poussés à « écoconcevoir » leurs voitures
Le projet de règlement européen va justement inciter les constructeurs européens à davantage « écoconcevoir » leurs véhicules neufs. À l’intérieur de l'habitacle comme au niveau de la carrosserie et du bloc-moteur, les différents éléments et matériaux utilisés devront être facilement identifiables, démontables et séparables pour faciliter le travail des casses auto.
Mais avec la guerre des prix à laquelle se livrent les constructeurs auto, la filière du recyclage se heurte actuellement au phénomène du « gigacasting ». Inaugurée par Tesla pour la fabrication du Model Y, cette technique industrielle vise à remplacer le soudage des pièces par le moulage en aluminium de parties entières du véhicule en un seul tenant dans des presses géantes.
Pour réduire leurs coûts de production, d'autres autres constructeurs s'y sont mis. Ces nouveaux procédés qui compliquent considérablement la récupération de pièces et la récupération des métaux et inquiètent les acteurs de la filière du recyclage. À court terme, Johan Roland craint même que « les constructeurs chinois ne se mettent à empaqueter les packs batterie directement sur les châssis ».